Pour comprendre l’ampleur et la fonctionnalité d’un port antique, il ne suffit pas de mesurer ses piles ou la surface du bassin. Telle est la conclusion au centre d’une nouvelle étude publiée dans Antiquitésdans le cadre du projet NAVIRES (Navires accostant dans les ports), qui propose de considérer le port comme un système beaucoup plus vastecomprenant également baies, raser Et zones d’ancrage extérieurs aux structures bâties. L’étude a été dirigée par Emmanuel Nantet, Matthieu Giaime et Michael Lazar, de l’Université israélienne de Haïfa.
L’archéologie portuaire s’est souvent concentrée sur les ouvrages les plus facilement visibles, comme les quais et les jetées. Selon les auteurs, cette perspective risque cependant sous-estimer une partie fondamentale de l’espace utilisé par les navires. Les bateaux pourraient en effet également être amarrés en dehors des bassins protégés, le long des côtes et des baies proches, ou être tirer vers le sol. Le projet propose donc une méthode standardisée basée sur différents paramètres : leextension de plans d’eau utilisables, le densité des amarres, le tirant d’eau des navires et le profondeur disponible. A ces données s’ajoutent les informations obtenues de géoarchéologie (discipline qui traite de l’étude du stratification géologique en relation avec les contextes archéologiques) et de prospection géophysiquenécessaire pour reconstruire le paysage portuaire modifié au fil du temps.

Les cas analysés montrent à quel point cette perspective peut modifier la perception des ports anciens. À Césaréeen Israël, le système portuaire était étendu bien au-delà du bassin construit à l’époque hérodienne (1er siècle avant JC – 1er siècle après JC). À Terracinesur la côte du Latium, le sédimentation a progressivement transformé les zones d’ancrage, rendant peu fiables les reconstructions statiques du port.

À Port-Vendresen France, le répartition des épaves indique une activité de mouillage importante même en dehors du port lui-même. Un autre exemple vient de Mer de Galiléeoù les variations du niveau d’eau permettent d’identifier constructions et redéfinir l’espace réellement utilisable par les bateaux.

Pour reconstituer ces milieux, les archéologues combinent différentes techniques, comme carottage, Enquêtes LiDAR, radar, tomographie électrique, magnétométrie Et levés sonar. L’objectif est de pouvoir comparer différents ports en fonction de leur réelle capacité opérationnelleen considérant non seulement ce qui reste dans la pierre, mais tout le paysage maritime dans lequel les navires se déplaçaient et trouvaient refuge. Ce nouveau type d’approche pourrait redéfinir complètement la discipline duarchéologie navale.