Les abeilles et le champ magnétique terrestre : la découverte de la possible boussole interne chez 74 espèces

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Les abeilles pourraient s’orienter grâce à un véritable « boussole biologique » interne, basé sur de minuscules particules capables de percevoir le Le champ magnétique terrestre. C’est ce que suggère une étude récente publiée dans Avancées scientifiquesqui ajoute un élément essentiel à une histoire qui fascine les scientifiques depuis des décennies. La découverte, qui a eu lieu sur 74 des 96 espèces d’abeilles analysées, pourrait contribuer à expliquer comment ces insectes parviennent à parcourir des distances en vol puis à retourner à la ruche. Le fonctionnement exact de ce « sixième sens » reste cependant encore à élucider.

Qu’est-ce que la magnétoréception ?

Pour nous, les êtres humains, le Le champ magnétique terrestre c’est complètement invisible. Pourtant, pour de nombreux animaux, il représente un point de référence précieux pour s’orienter lors du voyage. Cette capacité est appelée magnétoréceptionou la capacité de percevoir le champ magnétique terrestre et de l’utiliser comme boussole naturelle.

Le champ magnétique terrestre

Parmi les animaux qui semblent posséder cette capacité figurent les oiseaux migrateurs, les tortues marines ou encore le saumon. Pour eux, le champ magnétique terrestre représenterait un point de référence supplémentaire lors du déplacement, en particulier lorsque d’autres signaux, tels que le soleil ou les repères du paysage, ne suffisent pas.

Son fonctionnement reste cependant largement un mystère. L’une des hypothèses les plus répandues est que certains animaux possèdent de minuscules cristaux de magnétiteun minéral composé d’oxyde de fer qui réagit aux champs magnétiques. Ces particules pourraient se comporter comme l’aiguille d’une boussole, s’alignant sur le champ magnétique terrestre et envoyant des informations au système nerveux. Quant aux abeilles, les scientifiques soupçonnent depuis longtemps qu’elles possèdent cette capacité, mais il manquait encore une preuve ce qui indique à quel point ce phénomène est répandu parmi les milliers d’espèces d’abeilles présentes sur la planète.

L’étude : a trouvé des particules magnétiques dans plus des trois quarts des espèces analysées

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont analysé 96 espèces d’abeillesappartenant à différents groupes évolutifs et caractérisés par des habitudes très différentes. En plus des abeilles sociales, comme l’abeille domestique (Apis mellifera) et les bourdons, l’étude, publiée dans la revue Avancées scientifiquescomprenait de nombreuses espèces solitaires et 47 insectes non abeilles comme groupe externe.

Pour vérifier la présence de matériaux magnétiques, les échantillons ont été séchés, réduits en poudre et analysés avec un magnétomètreun instrument extrêmement sensible capable de détecter même des propriétés magnétiques très faibles. Les auteurs ont ainsi pu identifier la présence de particules contenant du fer compatible avec les minéraux magnétiques tels que la magnétite.

Les résultats ont été surprenants : 74 des 96 espèces examinées ils ont montré un réponse magnétique significatif. Plus intéressant encore est le fait que ces particules ont été observées dans des groupes très différentsce qui suggère qu’il ne s’agit pas d’une caractéristique exclusive des abeilles sociales, mais probablement d’un trait beaucoup plus répandu.

L’analyse a également mis en évidence certaines différences. Les espèces plus grandes avaient tendance à avoir un quantité plus élevée de matériau magnétique par rapport aux plus petites, tandis que les abeilles sociales ont généralement montré une réponse magnétique plus intense que les espèces solitaires. Selon les auteurs, cela pourrait être lié à des besoins d’orientation plus importants requis par la vie dans la colonie, même si des études complémentaires seront nécessaires pour confirmer cette hypothèse.

Les abeilles ont-elles vraiment une « boussole interne » ?

Malgré l’enthousiasme suscité par les résultats, les chercheurs eux-mêmes appellent à la prudence. L’étude, en effet, cela ne prouve pas que les abeilles utilisent réellement le champ magnétique terrestre pour s’orienter. Cela démontre seulement que de nombreuses espèces ont des structures compatibles avec un éventuel système de magnétoréception.

La différence peut paraître subtile, mais elle est fondamentale. Trouver particules magnétiques dans un organisme équivaut à découvrir un composant qui pourrait faire partie d’une boussole : cela ne signifie pas automatiquement que cette boussole est utilisée, ni qu’elle est connectée au système nerveux de la manière nécessaire pour fournir des informations sur l’environnement.

Pour clarifier cet aspect, ils seront essentiels nouvelles expériences comportementalesdans lequel les abeilles seront observées tandis que le champ magnétique est artificiellement modifié. Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de comprendre s’ils changent leur façon de s’orienter et dans quelle mesure le magnétisme contribue réellement à leurs mouvements.

Même si de nombreuses questions demeurent, la recherche représente néanmoins une étape importante. La présence de particules magnétiques chez un si grand nombre d’espèces suggère que cette caractéristique a peut-être évolué beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait auparavant et que le sens magnétique pourrait être plus répandu dans le monde des insectes qu’on ne l’imaginait auparavant.

Une fois de plus, les abeilles montrent qu’elles s’en soucient capacités étonnantes et ils nous rappellent combien il reste encore à découvrir sur leur comportement et leur relation avec l’environnement.

Sources

Joseph L Kirschvink, Michael M Walker, Carol E Diebel, Magnétoréception basée sur la magnétite, Current Opinion in Neurobiology, Volume 11, Numéro 4, 2001, Pages 462-467, ISSN 0959-4388 Laura Russo et al. ,Large présence de ferromagnétisme chez les abeilles et relation avec la phylogénie, l’histoire naturelle et la socialité.Sci. Adv.12, eaed7391 (2026). Lohmann KJ, Lohmann CMF. Aller et retour : retour natal par navigation magnétique chez les tortues marines et les saumons. J Exp Biol. 6 février 2019 ; 222 Wiltschko W, Wiltschko R. Orientation magnétique et magnétoréception chez les oiseaux et autres animaux. J Comp Physiol A Neuroethol Sens Neural Behav Physiol. 2005