Six ans après la pandémie de Covid-19 et la réponse de l’Union européenne à une urgence sans précédent, l’une des leçons les plus importantes pour l’Europe reste la même, notamment en matière de santé : les grandes stratégies communes ne fonctionnent que lorsqu’elles parviennent à se traduire par des interventions concrètes dans les territoires.
Alors que d’un côté l’Union européenne a coordonné l’achat de vaccins pour garantir l’égalité des chances d’accès pour les 27 États membres, de l’autre ce sont les administrations régionales et locales, ainsi que le personnel soignant, qui ont rendu possible la plus grande campagne de vaccination de l’histoire européenne.
C’est à partir de cette prise de conscience que peut prendre forme une réflexion plus large sur l’avenir des systèmes de santé européens. La santé n’est pas seulement une compétence sectorielle, mais une composante essentielle de la cohésion économique, sociale et territoriale de l’Union.
Garantir l’accès aux soins, renforcer les capacités de réponse d’urgence et promouvoir l’innovation en santé, c’est réduire les écarts entre les territoires et améliorer la qualité de vie des citoyens.
Et c’est pour cette raison que – bien que la santé soit une compétence nationale – la politique européenne de cohésion peut jouer un rôle de plus en plus central.
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La santé dans les territoires
« La Commission européenne a acheté des vaccins pour tous les pays de l’Union, mais qui a réellement réalisé les vaccinations ? Le personnel au niveau local et régional », précise Birgitta Sacredeus, présidente du groupe interrégional pour la santé et le bien-être du Comité européen des régions (l’assemblée des représentants locaux et régionaux de l’Union européenne).
Le lien entre les politiques européennes et les besoins territoriaux est l’un des points cruciaux de toute cette problématique qui interroge de près le fonctionnement des instruments financiers de l’UE.
La politique de cohésion ne peut qu’être la première à trouver un point de contact et devenir, même dans le secteur de la santé, « un levier pour transformer les objectifs stratégiques en investissements concrets dans les territoires », en soutenant les infrastructures, l’innovation, la numérisation et les services de santé de proximité.
Comme l’explique Sacredeus, grâce aux fonds de la politique de cohésion, il est possible de « traduire les priorités européennes en résultats tangibles ».
De la modernisation des hôpitaux à la digitalisation des services de santé, du renforcement de la médecine de proximité à la formation du personnel, les financements bruxellois peuvent contribuer à rendre les systèmes de santé plus efficaces et plus inclusifs.
Le défi reste toujours de renforcer davantage ce lien et de garantir que les politiques de santé ne soient pas définies exclusivement au niveau national, mais par le biais d’un dialogue constant avec les régions et les institutions européennes qui peuvent financer les réponses aux besoins des citoyens.
Réduire les écarts et les inégalités
À Bruxelles, on est conscient que les inégalités en matière de santé reflètent de profondes différences territoriales au sein de l’Union européenne.
« Nous devons réaliser que la santé est une priorité du développement territorial et pas seulement une dépense », avertit Piotr Całbecki, président de la Commission des ressources naturelles (Nat) du Comité européen des régions, qui attire l’attention sur la nécessité de considérer ce secteur comme une composante stratégique du bien-être local.
Une vision qui répond directement aux objectifs de la politique européenne de cohésion.
Améliorer l’accès aux services de santé, c’est intervenir sur les conditions qui déterminent la qualité de vie, l’emploi, la productivité et la compétitivité des territoires.
Całbecki explique comment les inégalités entre régions peuvent même avoir des effets concrets sur l’espérance de vie des citoyens.
« Si quelqu’un est né à Bruxelles, son espérance de vie est statistiquement supérieure de cinq ans à celle d’un enfant né quelques dizaines de kilomètres plus loin. »
Il n’existe pas de solutions uniformes pour relever ces défis. Les conditions épidémiologiques, démographiques et socio-économiques varient considérablement d’une région à l’autre et nécessitent des réponses spécifiques et différenciées.
C’est précisément ici que le niveau régional devient crucial – tant dans la planification des investissements que dans l’organisation des services – en profitant également du partage de compétences et de bonnes pratiques au-delà des frontières nationales rendu possible par les instruments européens de coopération territoriale.
L’objectif final reste de renforcer la capacité des systèmes de santé locaux à répondre aux besoins des citoyens.
Une coopération transfrontalière qui construit l’intégration européenne de bas en haut
Un pacte de cohésion pour la santé
Si la pandémie a montré la nécessité d’une réponse européenne coordonnée, il existe à Bruxelles une conviction de plus en plus répandue selon laquelle l’avenir des soins de santé passe inévitablement par une plus grande valorisation des territoires.
C’est ce qu’a répété l’eurodéputée Elena Nevado del Campo (Parti populaire européen), membre des commissions parlementaires pour la santé publique (Sant) et pour le développement régional (Regi) : « Sans politique de cohésion, nous ne pourrions jamais réduire les inégalités ».
Une grande partie des infrastructures de santé, des centres de recherche et des services territoriaux de l’UE ont été créés grâce à des fonds européens, qui montrent concrètement chaque jour combien la politique de cohésion représente une condition indispensable pour construire des systèmes de santé plus justes.
C’est là qu’intervient la proposition d’un « Pacte de cohésion pour la santé », c’est-à-dire une approche qui vise à « mieux intégrer les politiques de santé et les politiques de développement territorial », reconnaissant aux régions un « rôle central » dans la planification et la mise en œuvre des interventions, explique l’eurodéputé espagnol.
La cohésion ne finance pas seulement les travaux publics, mais contribue également à soutenir l’innovation, la recherche, la numérisation et la coopération transfrontalière.
Des éléments de plus en plus stratégiques pour relever les grands défis de la santé européenne, du vieillissement de la population à la pénurie de personnel soignant, jusqu’à la préparation aux urgences futures.
Car les inégalités de santé sont avant tout des inégalités territoriales. Et renforcer la capacité des régions à garantir des services de qualité, c’est contribuer à la cohésion de l’ensemble de l’Union européenne.
Un défi que le Covid-19 a mis en évidence et auquel les futurs investissements européens devront faire face avec une attention croissante aux territoires.