Ainsi, l’UE vise à accélérer le développement de nouvelles technologies militaires

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Des subventions en quatre mois, un accès plus rapide aux tests et à la certification, des connexions directes avec les grands groupes industriels de défense et des procédures d’achats simplifiées. Telles sont les principales innovations du programme Agile, le nouvel instrument de 115 millions d’euros sur lequel Bruxelles vise à améliorer les forces armées des pays membres. Le Parlement européen et le Conseil de l’UE sont parvenus à un accord politique sur le programme, qui doit maintenant être formellement approuvé.

L’objectif est de soutenir les petites et moyennes entreprises, les start-ups et les scale-ups qui développent des technologies de défense innovantes, en réduisant le délai entre un prototype et l’utilisation opérationnelle et en renforçant la capacité de l’industrie européenne à répondre aux nouveaux besoins de sécurité.

Technologies émergentes

L’objectif d’Agile sera d’intercepter les technologies émergentes et disruptives telles que l’intelligence artificielle, l’informatique quantique, la robotique, les capacités cybernétiques et les systèmes spatiaux, qui sont de plus en plus cruciales pour l’efficacité militaire, mais qui trouvent rarement leur place dans les programmes destinés à des capacités industrielles déjà matures. C’est dans cet espace, entre le laboratoire et la production à grande échelle, que les petites entreprises peinent le plus à trouver du soutien, et c’est exactement cet espace qu’Agile tente d’occuper.

« Nous accélérons le passage de l’innovation à la mise en œuvre, tout en renforçant nos PME, en assurant le soutien à l’Ukraine, en renforçant les garanties contre les dépendances stratégiques, en améliorant la sécurité de l’approvisionnement et en assurant une supervision solide pour aider à façonner les futures initiatives de défense de l’UE », a déclaré le socialiste croate Tonino Picula, rapporteur principal de la commission de sécurité et de défense (siège) du Parlement européen.

Un fonds pour accélérer les projets

Le cœur de la réforme est le programme Agile, le Programme pour une innovation agile et rapide dans le secteur de la défense. Il s’agit d’un nouvel instrument financier de 115 millions d’euros destiné à soutenir en particulier les petites et moyennes entreprises qui développent des technologies émergentes ou de rupture.

L’accord confirme que les bénéficiaires prioritaires seront les PME, les start-ups et les scale-ups, y compris celles qui adaptent les technologies créées pour un usage civil à des usages militaires. L’objectif est de combler le fossé entre la phase de développement d’une technologie et son introduction effective dans les capacités de défense des États membres.

Financement non remboursable

Une entreprise qui a développé, par exemple, un système de détection de drones basé sur l’intelligence artificielle ou un logiciel de protection contre les interférences électroniques, peut-être créé pour un usage civil, pourra concourir pour des financements adaptés à sa taille, sans avoir à rivaliser avec les grosses commandes réservées aux géants du secteur.

Le Parlement européen affirme que l’objectif est de « contribuer à combler le fossé entre le développement et la mise en œuvre », c’est-à-dire le tronçon du chemin sur lequel de nombreuses technologies prometteuses restent bloquées faute de fonds ou de canaux pour passer du prototype au produit commercialisable.

Agile fonctionnera par le biais de subventions directes, c’est-à-dire de contributions financières non remboursables que l’entreprise bénéficiaire n’est pas tenue de rembourser, contrairement à d’autres instruments de soutien public basés sur des prêts ou des garanties. Pour une petite entreprise qui investit dans la recherche et le développement, la différence est considérable.

Des temps plus rapides et moins d’obstacles

L’une des principales innovations concerne la rapidité des procédures. Le nouveau programme maintiendra la procédure accélérée proposée par la Commission européenne, avec un délai maximum de quatre mois pour l’attribution des subventions.

« L’Europe ne peut pas se permettre d’être lente quand la menace est rapide. Notre réponse est agile : décaissement rapide des fonds, élimination de la bureaucratie et fermeture de la porte à ceux qui ne partagent pas nos valeurs. L’innovation est la force de l’Europe. Exploitons-la enfin », a déclaré le libéral letton Ivars Ijabs, rapporteur principal de la Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (Itre).

En pratique, une entreprise qui présente un projet adapté pourra obtenir un financement beaucoup plus rapidement que par le biais des programmes européens traditionnels de recherche et d’innovation. L’objectif est de permettre aux entreprises de développer des technologies dans des délais compatibles avec l’évolution des besoins militaires.

Outre le financement, le programme garantira également un accès accéléré aux installations de test, d’expérimentation et de certification, une étape considérée comme cruciale car les tests eux-mêmes représentent souvent l’un des principaux obstacles qui ralentissent l’entrée de nouveaux produits sur le marché.

Plus de contact avec les grands groupes

Une autre nouveauté concerne les relations entre les petites entreprises innovantes et les principaux producteurs européens de systèmes de défense. L’accord comprend des initiatives dédiées visant à mettre en contact les petites entreprises avec les grands groupes industriels du secteur, en encourageant l’intégration de nouvelles technologies dans les chaînes de production existantes.

L’objectif est d’augmenter les chances que les innovations développées grâce aux fonds européens soient effectivement adoptées par l’industrie et transformées en produits utilisables par les forces armées.

Les États définiront également des priorités

Les nouvelles règles prévoient l’implication directe des États membres dans la définition des défis technologiques à relever.

De cette manière, le financement sera orienté vers des solutions qui répondent aux besoins opérationnels concrets des capacités militaires nationales, réduisant ainsi le risque que des projets ayant peu d’impact pratique soient soutenus. Le programme simplifiera également les procédures de passation de marchés pour les produits développés grâce au financement Agile, facilitant ainsi leur acquisition par les administrations publiques.