« Canzonissima » et l’incapacité de Milly Carlucci à s’émanciper
Le problème de « Canzonissima » en est avant tout un : c’est un immense train en marche qui ressemble à bien d’autres déjà vus, toujours par Milly Carlucci. Si la crainte initiale était de dépoussiérer un vieux titre et de faire revivre quelque chose qui fonctionnait à la télévision il y a plus d’un demi-siècle – face à la modernité – le regret, après avoir regardé le programme de Rai 1, est plutôt celui de ne trouver aucun détail ou indice lié à cette émission prestigieuse.
En fait, l’effet réplique prend ici un autre sens, le produit se transformant en un énième spin-off de « Danse avec les stars », en termes de décor, d’écriture et d’esthétique.
La grande limitation de Carlucci, victime d’une involution douloureuse au plus fort de sa carrière, est de ne plus pouvoir concevoir quoi que ce soit qui ne ressemble pas à sa créature la plus aimée, que la présentatrice porte fièrement tatouée sur sa peau.
Ainsi, après avoir terminé « Dancing », pour la période printanière, Camilla Patrizia s’est d’abord essayée à la voie du « Masked Singer », puis du « Talent Catcher ». Jusqu’à ressusciter un titre appartenant au prestigieux musée du petit écran. Avec le risque et le résultat de l’indigner.
Chaque expérience contient les traces des autres. Systématiquement. Des personnages qui réapparaissent cycliquement, des ambiances, des mécanismes. Un éternel déjà-vu qui n’épargne pas « Canzonissima », clairement transformé en « Chanter avec les stars ».
L’étude, les plans, le rôle du jury, la durée épuisante, mais surtout les longs clips qui anticipent les performances individuelles. Tout est récurrent, dans une sorte de parfaite continuation de la méthode « Dancing ». Ainsi, les chanteurs parlent d’eux-mêmes, ouvrent les portes de leur vie privée, braquent les projecteurs sur eux. C’est juste dommage que Carlucci elle-même ait souligné à la veille de l’émission que la diffusion n’est pas une compétition entre les artistes, mais entre les chansons. Une démarche qui justifie la participation intermittente de certains invités, qui n’ont pas la moindre envie de se lancer dans la compétition.
Dans le contexte visuel d’une chaîne locale (malheureusement les suggestions sont celles-là), « Canzonissima » perd donc son sens, son sens, sa raison d’exister. En plus de 200 minutes (hors coupures publicitaires), on assiste à un spectacle qui semble être une perpétuelle réadaptation, même en pleine promotion, l’invité prenant clairement l’apparence d’un « danseur d’un soir ».
Regarder « Canzonissima » pour plus de 60 ans équivaut à se trouver devant un parfait inconnu qui répète avec insistance qu’il était votre ami d’enfant et pour moins de 50 ans, cela signifie être en présence d’un programme qui n’est qu’une simple copie de mille résumés, qui n’a pas le but d’arriver au bout. Et qu’on ne dise pas que cela se retrouve dans l’identification de la plus belle chanson. Plus beau que quoi et surtout pour qui.
« La préparation de ce programme s’est déroulée entre Noël et le 21 mars », a avoué Carlucci à « Tv Talk ». Comme s’il s’agissait d’un alibi et non d’une responsabilité. Car, à la fin du salon, la perception qui a été renvoyée à l’égard d’une marque aussi imposante est celle d’un pis-aller.