Sous le sapin de Noël, nous voudrions une politique sérieuse
La fin de l’année politique coïncide, par tradition, avec la discussion de la loi de finances pour l’année à venir. C’est – ou du moins ce serait – une belle occasion, offerte par le calendrier, de réfléchir à ce que devrait être l’avenir proche et sur quelle base ceux qui ont la tâche de gouverner le pays doivent décider, à un moment de la vie des gens consacré à l’affection et au repos : un moment propice donc à réfléchir sur des choses importantes, comme est – ou devrait être le débat politique sur les questions stratégiques. En fait, au cours de ces semaines, nous décidons où trouver les ressources nécessaires pour financer la santé, les écoles, le développement économique et industriel, les programmes de soutien à l’enfance, la natalité, la vieillesse et toute autre fragilité, et bien d’autres choses encore.
Les mécanismes habituels de bagarre
En décidant quoi taxer et quoi détaxer, vous décidez quoi encourager ou non, quels secteurs, domaines et activités. Cependant, chaque année, le débat sur la manœuvre budgétaire ressemble tristement au débat politique qui nous accompagne le reste de l’année, et autour de certains détails surgissent les mécanismes habituels de dialectique et de bagarre, sans toutefois aucune possibilité d’une discussion franche, ouverte et constructive au Parlement, étant donné le recours systématique au maxi amendement et au vote de confiance. De cette manière, l’opinion publique reçoit des questions importantes réduites en lambeaux, et une société de moins en moins attentive et généralement peu disposée à discuter de ses propres préjugés passe rapidement au dernier mot-clé lancé dans les gros titres des journaux ou dans l’histoire des réseaux sociaux.
Pourtant, conformément aux thèmes du dernier budget, il aurait suffi que le Parlement en discute de manière ouverte, claire et compréhensible, pour que le débat atteigne la société et la fasse participer véritablement aux orientations politiques sur des questions importantes, qui la concernent réellement, pour aujourd’hui et pour demain. Pensons au débat sur les retraites, et à la proposition – alors rapidement écartée – de rendre les cotisations versées pour le rachat des années d’études moins efficaces en termes de sécurité sociale. Au-delà du mérite de la proposition, la question aurait certainement mérité un débat sérieux, comme métaphore assez significative à la fois des problèmes d’équilibre de la sécurité sociale dans notre pays, d’une part, mais aussi comme emblème d’une crédibilité craquelée du politique, d’autre part.
Changer les termes du débat
En fait, nous nous serions retrouvés face à un État qui demande d’abord de l’argent immédiatement en échange de futurs droits économiques, puis modifie les termes de ces droits, alors que l’argent a déjà été collecté et dépensé, ainsi que ses relations avec le placement international, la paix et la guerre.
Il ne s’agit pas d’une question juridique, mais d’une question extrêmement politique, et elle aurait mérité un débat. De même, il conviendrait d’expliquer la différence entre les proclamations simplistes que l’on peut se permettre lorsqu’on est dans l’opposition et l’effort d’équilibre budgétaire qu’on peut se permettre lorsqu’on est au pouvoir. Ce sont des questions sérieuses, pas de simples sujets de propagande, et la question du réarmement de l’Italie et de l’Europe mérite un débat sérieux, au Parlement et dans la société, dans une période géopolitiquement complètement nouvelle et décidément imprévisible dans son évolution. Nous avons parlé de l’équilibre économique, social et démographique de notre pays, de sa position géopolitique, internationale et des grands dilemmes de la paix et de la guerre, et nous pourrions ajouter d’autres questions, finalement non moins importantes, qui entrent par la grande porte ou par la fenêtre lorsqu’il s’agit de choix budgétaires. Mais finalement, on peut aussi s’arrêter là, le tableau est assez clair.
Problèmes compliqués
Nous parlons d’une époque, la nôtre, où, bras dessus bras dessous, les classes dirigeantes et le peuple semblent se désintéresser de plus en plus des questions graves et compliquées, et évitent soigneusement de les mettre au centre de leurs pensées et de leurs actions. Une fois surmontée la fatigante question de la manœuvre budgétaire, la principale préoccupation du gouvernement sera de remporter le référendum sur la justice, et il en sera de même pour l’opposition. Disons-le clairement : c’est une question essentiellement symbolique, qui a sa propre importance historique, mais qui n’a en réalité que peu à voir avec le modèle de développement d’un pays âgé, appauvri, incapable d’avoir des enfants, de les garder quand il en a, d’attirer ceux qui sont nés ailleurs. Pourtant, vous le verrez, à partir de janvier, nous ne parlerons plus de rien d’autre, car ce référendum est ressenti et vécu comme un test général de consensus sur le gouvernement et ses opposants, et lorsqu’il sera passé, nous parlerons surtout de la loi électorale, que Giorgia Meloni veut modifier pour être « sûre » de gagner, et à laquelle l’opposition s’opposera pour avoir une chance de ne pas perdre.
Toutes les discussions étaient centrées sur la perspective de son propre pouvoir, et rien d’autre. Ce qui reste en nous du sens idéal de la politique nous donne l’espoir qu’à un moment donné les choses changeront et que chaque parti politique reviendra à raconter sa propre vision du monde, son propre modèle de développement, ses propres valeurs, en les comparant à celles des autres, avec réalisme, compétence, dialectique, même très passionnée, pour défier l’indifférence ambiante et l’indifférence rampante. Nous voulons y croire, et nous espérons qu’il s’agit d’une confiance plus adulte que celle que les enfants, heureux d’avoir, accordent encore à la magie généreuse du réveillon de Noël. Et bien sûr, un joyeux Noël du fond du cœur à ceux qui ont lu jusqu’ici.