Suffit-il d’une contrariété avec son chef ou d’une rupture un peu houleuse pour crier au pervers narcissique ? Eh bien, non ! Il est temps de démêler le vrai du faux sur ces personnages manipulateurs, grâce à l’éclairage de la psychothérapeute Sylvie Tenenbaum. Spoiler : il s’agit d’une espèce rare… mais terriblement toxique !
Qui sont vraiment les pervers narcissiques ?
Avant de soupçonner tout le quartier ou la moitié du service RH, remettons les pendules à l’heure. Selon Sylvie Tenenbaum, si l’on parle beaucoup des pervers narcissiques (PN), ces personnes représentent en réalité « une toute petite fraction de la population ». Pas la peine donc de voir des PN sous chaque canapé ou derrière chaque collègue de bureau.
Malgré leur rareté, leur pouvoir de nuisance est colossal. La psychothérapeute n’y va pas par quatre chemins : le PN est l’archétype de la personnalité psychologiquement nuisible. Son but ? Détruire sa victime, nier son identité, la faire souffrir. Gloups, ambiance…
Deux visages, une même toxicité
La science et l’observation clinique permettent de distinguer deux grandes catégories de PN :
- Le pervers narcissique avantageux : Il se donne en spectacle, aime briller, se nourrit des regards et de l’admiration des autres. Séducteur invétéré, il ne jure que par le devant de la scène. C’est l’ami ou le collègue qui raffole d’être le centre de toutes les discussions.
- Le pervers narcissique phalloïde : Beaucoup plus discret, limite fantôme. Solitaire, il manipule en douce. Sa spécialité : la maltraitance insidieuse, qui agit dans l’ombre, là où personne ne la voit arriver.
Mais quelle que soit la catégorie, leur objectif reste invariable : faire du mal à leur victime. Sylvie Tenenbaum précise la panoplie d’armes : harcèlement moral, manipulation, mensonge, violence verbale (et parfois physique si on ose leur tenir tête), humiliation… La liste est à faire pâlir n’importe quelle encyclopédie du mal-être.
Signes, conséquences et clarification indispensable
Petit à petit, la victime se retrouve isolée : plus de ressources financières, plus de téléphone, plus de famille, ni d’amis ou de collègues. À force, elle se sent « bête, nulle, inutile ». Bref, le PN sème la destruction psychologique et enferme sa proie dans une relation toxique, la maintenant en position de faiblesse.
Ne confondons pas tout ! Tenenbaum insiste :
- Le narcissique aime juste être admiré, sans volonté spécifique de nuire.
- Le méchant est nuisible à tout le monde, le PN cible une victime précise.
Autre réalité : le pervers narcissique peut être aussi bien un homme qu’une femme (il n’y a pas d’exclusivité !), mais jamais un enfant : seuls les adultes sont concernés par ce profil psychologique. Et la victime n’est pas forcément en couple avec lui : la domination malsaine peut s’exercer dans une relation amicale, familiale, au travail… bref, là où le PN trouve à assoir sa toute-puissance, comme l’a montré Marie-France Hirigoyen.
PN, nature ou culture ? Et que faire face à lui ?
La naissance d’un PN est loin d’être limpide. Plusieurs hypothèses sont avancées : d’un côté, il peut s’agir de séquelles de maltraitances psychiques, physiques ou sexuelles pendant l’enfance ; de l’autre, certains seraient les produits d’un « enfant roi », élevé dans la toute-puissance, sans règle ni cadre.
La question la plus cruciale reste : que faire si on croise la route d’un PN ? La réponse de Sylvie Tenenbaum est sans appel : « La seule réaction possible, c’est la fuite. » On ne raisonne pas un PN, on ne le soigne pas, on ne le pousse pas vers un thérapeute. Aucune envie de changer, aucune possibilité de remise en question : en bon loup, il ne se transformera pas en agneau, même sous la menace d’un bâton de berger.
Si le doute s’immisce, si l’on subit insultes, critiques répétées, moqueries, isolement, violence… il faut prendre la poudre d’escampette. N’attendez pas de preuves irréfutables avant de penser à votre bien-être psychique. Et si la situation vous fragilise, n’hésitez pas à consulter un spécialiste de la santé mentale.
À noter, il existe une justice poétique : lorsque la victime parvient à partir, le PN s’écroule, déstabilisé, vaincu ! Sa raison d’être était de broyer sa proie : sans souffre-douleur, il s’évapore comme un mauvais rêve.
Pour les curieux qui voudraient voir ces dynamiques toxiques à l’œuvre, Sylvie Tenenbaum recommande les films Mon roi (de Maïwenn, 2015) et L’enfer (de Claude Chabrol, 1994).
En somme : gardez l’œil ouvert, mais la tête froide. Le vrai PN reste rare, mais il fait des ravages. La fuite et l’accompagnement sont vos meilleurs alliés pour préserver votre intégrité et vous reconstruire loin de toute emprise psychologique !