Vannacci, le vieux qui avance et la démonstration que le politiquement correct n’a servi à rien
L’autre soir sur Cine34 il y avait « Inspecteur Lo Gatto ». Culte de la comédie italienne des années 80, celle qui ne s’est pas épargnée dans les dialogues, entre « zocc*** », « fr*** », divers et possibles. Des expressions qui à l’époque étaient considérées comme plus du jargon qu’insultantes, n’en déplaise à la censure, sans parler de la polémique à une époque loin des médias sociaux. Des épithètes offensantes, sans aucun doute, mais dans les films, tout était là et sans chichi. Dans celui-ci avec Lino Banfi dans le rôle d’un inspecteur maladroit enquêtant sur la disparition d’une femme à Favignana, par exemple, le thème de la fluidité apparaît plus d’une fois, avec un sauveteur fougueux « des bois et de la côte » qui n’épargne aucune avance même au protagoniste et aux femmes qui se courtisent et s’abandonnent à la passion pour ensuite prendre le petit déjeuner avec leur mari le lendemain matin. C’était en 1986.
Quarante ans plus tard, même si certains thèmes ont gagné une place nécessaire – au risque de paraître parfois un peu forcé – le langage a complètement changé, du cinéma à la télévision, mais aussi dans les journaux. Et Dieu merci. Les médias se sont transformés en « bons professeurs » pour promouvoir l’inclusion et éliminer les stigmates sociaux tels que l’homosexualité, la santé mentale, le handicap, l’embonpoint et tout ce qui a toujours été qualifié de « différent », même simplement du point de vue des normes esthétiques. L’équité, la positivité corporelle et même la positivité de l’âge sont arrivées, car si le surpoids est une bonne chose, même les personnes âgées vont bien. Tout va bien.
Le fameux politiquement correct, qui nous a conduit à marcher sur des œufs pour ne déplaire à personne – ou pire, pour ne pas nous laisser faucher par une quelconque catégorie qui pourrait se sentir offensée et discriminée, en se sacrifiant à l’opinion publique – était pourtant nécessaire. Un passe-partout progressiste et libéral qui a transformé la société, pour le meilleur ou pour le pire. Ou du moins, c’est ce que cela semblait.
Le phénomène Vannacci
Éteignez simplement le téléviseur et regardez par la fenêtre pour remarquer le court-circuit. Alors que l’on s’efforce de peser chaque syllabe pour ne pas violer les nouveaux canons de l’inclusivité, la réalité sociale prend en fait une direction opposée, incarnée aujourd’hui par le succès éclatant de Roberto Vannacci. Le fondateur du parti d’extrême droite Avenir national – qui tient particulièrement à souligner son titre de général – ne se limite pas à proposer des positions conservatrices, mais théorise un véritable bond en arrière de plusieurs décennies, rassemblant un consensus qui n’est plus une frange isolée, mais un phénomène de masse qui devrait effrayer non seulement les dirigeants politiques à la veille d’une campagne électorale enflammée.
Ses dernières déclarations sur la volonté explicite d’annuler l’avortement – le qualifiant de « non-droit » -, d’abolir les unions civiles, jusqu’à introduire dans les lycées un enseignement militaire (autre que l’éducation sexuelle et affective, mais après tout, qu’attendre de quelqu’un qui prétend que « les gays ne sont pas normaux ? »), ont suscité des réactions d’indignation dans les milieux progressistes mais aussi un assentiment effrayant. Comment est-il possible – se demande-t-on – que la société n’ait pas évolué ? Visiblement pas suffisant pour endiguer certaines régurgitations.
Transférer uniquement avec des mots
La vérité est que le « phénomène Vannacci » met à nu l’échec historique du politiquement correct compris comme bouclier idéologique. Cela a apporté quelque chose de bien – pour l’amour de Dieu – mais ce n’était pas suffisant. Nous avons passé des années à trier les mots, à imposer des politiques formelles d’inclusion, estimant qu’interdire un mot discriminatoire suffisait à éradiquer les préjugés enracinés chez de nombreux citoyens italiens. Au lieu de cela, il faut s’attaquer à la remigration, aux droits civiques, au « patriarcat méditerranéen » (cit).
Le consensus autour de certaines thèses obscurantistes démontre que ce changement n’était qu’une façade. La société n’est pas devenue soudainement plus ouverte, elle a simplement appris à utiliser les bons filtres pour éviter d’être sanctionnée par les nouveaux arbitres des coutumes. Sous les cendres d’une tolérance imposée par décret moral couvait toujours le même ressentiment, prêt à exploser dès que quelqu’un offrait un soutien politique à ces pulsions nostalgiques. Et le climat de haine de cette période historique en est le parfait complice. En pratique, nous n’avons avancé qu’en paroles, au vrai sens du terme.