Un tunnel oublié sous la ville de Québec redécouvert après 100 ans de silence

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Sous les rues pavées du Vieux-Québec, un tunnel oublié depuis plus d’un siècle vient d’être redécouvert par hasard lors de travaux de réfection des égouts.
Ce passage souterrain, long de plusieurs dizaines de mètres, aurait été construit à la fin du XIXe siècle puis scellé dans les années 1920, avant de disparaître totalement de la mémoire collective.
Sa découverte fascine les historiens et intrigue les autorités municipales, qui envisagent désormais d’en étudier l’origine exacte et son état de conservation.

« On a d’abord cru à un ancien conduit technique, mais les murs en pierre taillée et les voûtes sont typiques d’un ouvrage historique », explique Jean-Philippe Morin, ingénieur municipal présent lors de la découverte.
« C’est un vrai morceau de l’histoire de Québec, intact sous nos pieds. »

Un vestige intact sous le Vieux-Québec

Le tunnel a été mis au jour à près de 9 mètres sous la surface, alors que des équipes travaillaient sur une conduite principale d’eau potable.
L’accès, dissimulé derrière un mur de briques, n’avait manifestement pas été ouvert depuis près de 100 ans. À l’intérieur, les ouvriers ont trouvé des rails métalliques rouillés, des lanternes à huile et plusieurs caisses en bois effondrées, suggérant qu’il s’agissait d’un passage logistique ou de contrebande.

Selon les premiers relevés, il pourrait relier deux anciens entrepôts portuaires situés près du fleuve Saint-Laurent, aujourd’hui transformés en bâtiments résidentiels et commerciaux.

« Ce genre de structure était fréquent à la fin du XIXe siècle, mais très peu ont survécu », indique Marie-Claude Renaud, historienne du patrimoine à l’Université Laval.
« Le fait qu’il ait été scellé si tôt l’a probablement protégé de l’humidité et de l’effondrement. »

Ce que l’on sait déjà du tunnel

Les premières analyses donnent un aperçu étonnant de cet ouvrage oublié, qui semble avoir été construit avec des moyens considérables pour l’époque.

Élément observéDétail relevé
LocalisationQuartier du Vieux-Québec, près du port
Profondeur estimée9 mètres sous la surface
Longueur explorée74 mètres (sur un tracé supposé de 150 m)
Largeur moyenne2,5 mètres
MatériauxPierre calcaire taillée, voûtes en brique
Objets trouvésLanternes à huile, rails rouillés, caisses de bois
Date probable de constructionEntre 1880 et 1895

Les experts avancent plusieurs hypothèses : ancien passage de contrebande d’alcool durant la Prohibition, galerie logistique entre les entrepôts et le port, ou encore abri civil militaire aménagé pendant les tensions de la Première Guerre mondiale.

Des précautions extrêmes pour l’exploration

Les autorités de la Ville de Québec ont interdit l’accès au public et mis en place une équipe pluridisciplinaire composée d’archéologues, d’ingénieurs et de pompiers spécialisés en espaces confinés.
L’air du tunnel est encore respirable, mais la structure doit être sécurisée avant toute exploration complète, car certaines parties du plafond montrent des fissures et des infiltrations d’eau anciennes.

Les précautions prises par la Ville :

  • Analyse de la stabilité du plafond et des murs en pierre
  • Contrôle de la qualité de l’air (présence de gaz ou spores)
  • Installation de soutènements temporaires
  • Relevés 3D complets du tracé existant
  • Scellage sécurisé des extrémités pendant l’étude

La Ville a précisé qu’aucune décision n’a encore été prise concernant une ouverture éventuelle au public ou une valorisation touristique, mais plusieurs élus ont déjà évoqué l’idée d’un futur parcours historique souterrain.

Un secret qui dormait sous les pas des habitants

Pour les habitants du quartier, cette découverte inattendue est un choc autant qu’une fierté, car aucun document connu ne mentionnait ce tunnel avant aujourd’hui.
Plusieurs familles âgées interrogées affirment n’en avoir jamais entendu parler, même dans les récits transmis de génération en génération.

« C’est fascinant de penser que j’ai marché au-dessus de ça toute ma vie sans le savoir », sourit Lucie Tremblay, résidente du Vieux-Québec depuis 40 ans.
« Cela montre que cette ville garde encore des secrets enfouis sous ses pavés. »