Un rapport du Sénat nous l’explique

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Après l’attaque conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran et le début d’une nouvelle guerre en Moyen-Orientle thème de l’utilisation de bases militaires en Italie et leur utilisation.

Pour mieux comprendre la problématique, il faut d’abord faire une distinction : en Italie il existe quelques Bases militaires de l’OTANqui sont d’usage commun à tous les États membres de l’Alliance atlantique, et de Bases militaires américainesqui sont plutôt réservés aux soldats américains. Mais parfois, c’est difficile de distinguer entre les deux, puisqu’il est possible qu’une infrastructure militaire héberge du personnel italien, américain et de l’OTAN.

Le sujet de leur utilisation n’est cependant pas du tout nouveau : ce n’est pas un hasard si, dès 2007, le Service des Affaires Internationales du Sénat de la République a publié un rapport consacré précisément à gestion des bases américaines sur le territoire italien et les fondements juridiques de leur institution. Bien qu’il s’agisse d’un document datant de près de 20 ans, le texte offre un aperçu des accords bilatéraux qui réglementent encore aujourd’hui l’utilisation des bases militaires, même en cas de conflit armé et dans le plein respect desarticle 11 de la Constitution italienne.

Pourquoi il y a des bases militaires américaines en Italie : les accords fondateurs

Tout d’abord, comme le souligne également le rapport du Sénat, il faut préciser que le territoire sur lequel est située une base militaire il n’est pas considéré comme un territoire étranger, mais c’est un territoire italien. Cela signifie la création de la base n’implique aucun transfert de souveraineté territoriale et que les bases militaires sont des installations italiennes concédées pour être utilisées par l’OTAN ou les États-Unis.

mappa_basi_usa_italia-ispi

Mais pourquoi ces bases militaires ont été créées? Le traité de l’OTAN ne contient pas de dispositions précises concernant les bases militaires, qui doivent donc être réglementées par des accords bilatéraux, c’est-à-dire entre deux pays.

Dans le cas des bases américaines en Italie, le traité fondamental est leAccord bilatéral sur les infrastructures (BIA), stipulé entre l’Italie et les États-Unis le 20 octobre 1954également connu sous le nom de «Accord-cadre», qui fixe, entre autres, le nombre maximum de troupes américaines pouvant être stationnées sur le sol italien et contient des annexes techniques qui décrivent les tâches de chaque base individuelle.

Mais il existe également un autre accord qui réglemente l’utilisation des bases en Italie, à savoir le Protocole d’accord de 1995 entre le ministère de la Défense de la République italienne et le ministère de la Défense des États-Unis d’Amérique (le soi-disant Accord Shell), qui est notamment né d’un traité secret et n’a été rendu public par le gouvernement italien qu’en 1998, après la tragédie du téléphérique du Cermis.

La présence des forces armées des pays de l’OTAN est en revanche réglementée par Convention de Londres de 1951(également connu sous le nom CANAPÉ NÉ) qui le régule statut juridique des militaires des États membres de l’Alliance atlantique présents sur le territoire d’un autre État partie.

Qui décide d’utiliser ou non des bases militaires en cas de conflit armé

Sur la base de ces accords, qui décide d’utiliser ou non des bases militaires pour participer à un conflit armé? Puisque ces derniers font partie du territoire italien, la réponse serait, du moins en théorie : Italie.

Une base militaire (qu’elle soit de l’OTAN ou américaine) devrait en fait être utilisée à des fins strictement défensives uniquementc’est-à-dire dans le cas où l’Italie ou un autre membre de l’Alliance ferait l’objet d’une attaque armée.

Le problème est que, historiquement, les États-Unis ont adopté interprétations approfondies des accords bilatéraux utiliser les bases comme pôles logistiques pour des opérations qui ne sont pas strictement défensives, en profitant de ces avant-postes militaires à l’étranger pour compenser distance géographique des zones stratégiquescomme le Moyen-Orient.

En bref, l’utilisation de bases militaires à des fins autres que celles établies par le Traité ne devrait pas être autorisée mais, dans la pratique, ce principe a souvent été nié : en effet, depuis près de 80 ans, la notion de sécurité s’est élargie et l’OTAN a en effet entrepris une série de missions qui vont bien au-delà de la notion de légitime défense contre une attaque armée.

Un précédent très similaire à ce qui s’est produit ces dernières semaines s’est produit lors de l’invasion américaine de l’Irak en 2003 : à cette occasion, en effet, L’Italie a accordé une utilisation limitée – s’étant déclaré non belligérant – de la base militaire de la caserne Ederle, près de Vicence, qui servait à la départ de certains soldats américains vers l’Irak.

Article 11 de la Constitution et interdiction de l’agression

Le problème est que l’utilisation de bases militaires américaines en Italie pour lancer des attaques contre l’Iran serait en contradiction avec lesart. 11 de la Constitutionqui établit que «L’Italie rejette la guerre comme instrument d’attaque contre la liberté des autres peuples», mais permet à l’État de faire partie des organisations internationales à des fins défensives.

L’OTAN, en fait, est une alliance militaire de défense mutuelle et, par conséquent, n’est pas en conflit avec l’article 11 : le fait est que les bases américaines ne doivent pas être considérées isolément. Cela signifie que ils ne peuvent pas être utilisés à des fins contraires au droit international.

C’est précisément pour cette raison qu’un Les États membres de l’OTAN peuvent empêcher l’utilisation de bases militaires sur son territoire s’il estime que la mission de l’OTAN est contraire au droit internationalétant donné que les bases américaines n’ont pas un statut totalement indépendant de l’Alliance atlantique (mais ont été créées pour remplir certaines tâches de l’organisation).

Qu’est-ce que tout cela signifie ? Cela signifie que, du moins en théorie, le Pacte atlantique (créant l’OTAN) et la Constitution italienne ils ne prévoient pas la possibilité d’utiliser les bases militaires américaines pour des opérations de guerre offensives: Si les États-Unis voulaient utiliser leurs bases militaires en Italie à des fins non défensives, ils devraient demandez-le au gouvernement italien – comme l’a également confirmé le premier ministre Giorgia Meloni – qui pourrait éventuellement consulter le Parlement pour évaluer une éventuelle inconstitutionnalitéprécisément sur la base de l’article 11 de la Constitution.