Sentiment de culpabilité et de honte, pourquoi on les ressent et quelle est à l’origine de ces deux émotions morales

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

honte et le sentiment de culpabilité il y en a deux émotions morales que l’on confond souvent. En fait, dans les deux cas, nous entendons parler avoir violé une norme sociale ou avoir fait quelque chose perçu comme malmais la manière dont ils influencent notre identité et notre comportement est très différente.

Les psychologues, philosophes et historiens étudient depuis longtemps ces émotions, car elles jouent un rôle rôle fondamental dans la vie sociale: ils nous aident à comprendre de quoi il s’agit acceptablepour maintenir rapports et pour réguler le nôtre comportements.

Cependant, si le sentiment de culpabilité est principalement lié à responsabilité d’un actela honte concerne le pperception de soi et comment nous pensons être vus par les autres.

Qu’est-ce que la honte et ce qu’elle cache : quand l’identité est en jeu

D’un point de vue psychologique, le honte c’est une émotion qui implique une identité personnelle. Lorsque nous ressentons de la honte, nous ne pensons pas seulement que nous avons fait quelque chose de mal : nous percevons que quelque chose ne va pas chez nous.

psychologue June Tangeyl’un des chercheurs les plus reconnus spécialisés dans les émotions morales, souligne précisément cette différence : dans la honte, le le jugement concerne soi-même (« Je suis une personne inadéquate »), alors que dans le sens de la culpabilité, il s’agit du comportement (« J’ai fait quelque chose de mal »). C’est aussi pour cette raison que la honte s’accompagne souvent de réactions physiologiques et des comportements très caractéristiques : rougir, baisser le regard, éviter le contact visuel ou vouloir disparaître de la situation.

Sentiment de culpabilité : sens des responsabilités et désir de se faire pardonner

Le sentiment de culpabilitéau contraire, est davantage orienté vers l’action et ses conséquences. Quand on se sent coupable nous reconnaissons que nous avons violé une règle ou avoir causé des dégâtsmais nous ne remettons pas nécessairement en question notre valeur en tant que personne.

Cette distinction a des effets importants sur le comportement. En fait, le sentiment de culpabilité a tendance à générer stratégies de réparation: demander Excusez-moicorrigez une erreur ou essayez d’y remédier. C’est pour cette raison que de nombreux psychologues le considèrent comme unémotion socialement utilecar il favorise la responsabilité et la coopération.

Comment les émotions ont façonné différentes sociétés

Ces émotions ne sont pas seulement des phénomènes psychologiques individuels : elles ont aussi un dimension culturelle. LE’anthropologiste Ruth Benoît proposé la distinction entre « cultures de la honte » Et « cultures de culpabilité » décrire différentes manières de réguler le comportement social.

Dans ce qu’on appelle cultures de la honte le contrôle moral est fortement lié à réputation et aux yeux de la communauté. Perdre la face ou être jugé négativement par les autres représente un sanction sociale très forte. Au lieu de cela dans le société de culpabilité le comportement est réglé avant tout par normes intériorisées et sens de la responsabilité personnelle et la conscience individuelle.

Un exemple souvent cité concerne la Japonoù les notions de « réputation sociale » et de « perte de dignité » ont historiquement joué un rôle central dans la régulation des comportements, ce qui en fait un parfait exemple de société de la honte. Au contraire, bon nombre des Sociétés occidentalesinfluencé par la culture chrétienne et le droit des Lumières, a mis davantage l’accent sur la culpabilité individuelle. Même le entreprise italienne fait partie de ce groupe.

En fin de compte, la honte et la culpabilité ne sont pas de simples émotions négatives. Ceux-ci jouent en effet un rôle fonction fondamentale dans la vie collective. Ils contribuent à réguler les comportements, à maintenir des normes partagées et à préserver les relations sociales.

Honte et culpabilité : le sens et les connexions neuronales dont elles dérivent

D’un point de vue neuroscientifique, la honte et la culpabilité appartiennent à ce qu’on appelle émotions conscientesc’est-à-dire des émotions qui nécessitent la capacité de réfléchir sur soi-même et d’imaginer le point de vue des autres. Des études de neuroimagerie suggérons que les deux activent circuits d’empathie et d’évaluation moralemais avec quelques différences substantielles.

honteen fait, tend à impliquer davantage de domaines associés au traitement desimage de soi et à perception du jugement social; tandis que le sentiment de culpabilité elle est plus souvent associée aux régions impliquées dansempathie et dans la compréhension de conséquences de ses actions sur les autres.

Les deux termes héritent déjà de cette différence sémantique du latin. En fait, le terme honte dérive du nom latin véracundiequi indiquait le modestie et respect envers les autres. Dans le’Rome antiquevéracundie elle était considérée comme une vertu sociale : elle impliquait la capacité de contrôler son comportement pour ne pas perdre sa dignité devant la communauté.

Le mot culpabilitécependant, dérive du nom latin blâmerqui indiquait le responsabilité pour une erreur ou un dommage causé. Dans ce cas, la référence est plus juridique et morale : l’accent n’est pas mis sur la réputation sociale, mais sur l’acte et ses conséquences.

Sources

Tangney JP et Dearing RL (2002). « Honte et culpabilité »

Tangney JP et Mashek D. (2007). « Émotions morales et comportement moral »

Benoît R. (1946). « Le chrysanthème et l’épée »

Élias N. (1939). « Le processus de civilisation »