Sanremo 2026, les bulletins de la deuxième soirée : Achille Lauro vaut tout l’épisode
La deuxième soirée de Sanremo est certainement plus mémorable que la précédente, qui – en termes de moments inoubliables – a dû compter uniquement sur Mme Gianna, 105 ans, capable de crier de manière inattendue depuis la scène Ariston « A bas les fascistes », annihilant tout désir présumé de festival « melonien ». Le mérite, cette fois, revient plutôt à un « jeune homme inconscient », à savoir Achille Lauro, et à une solide certitude, à savoir Lillo Petrolo : deux co-animateurs particulièrement adaptés à leurs rôles.
Pour le reste, l’épisode reste marqué par la rigueur formelle du style de Carlo Conti, qui continue de s’appuyer sur la fière liturgie plutôt que sur les extra-programmes animés de ceux qui l’ont précédé. « D’accord, Carlo, mais n’allez pas si vite », dit le tout aussi pertinent Vincenzo De Lucia, comédien et invité régulier de cette édition, en essayant de ralentir le rythme. « Je comprends que tu t’en fous, que c’est ton dernier festival, que tu vas ensuite passer le paquet à cet autre gars. », poursuit-il ensuite en s’en prenant à Stefano De Martino, le nouvel hôte potentiel pour 2027…
L’hommage d’Achille Lauro à Crans Montana vaut toute la soirée
L’hommage d’Achille Lauro aux victimes de Crans Montana est mémorable. Il y a deux mois, Erica Barosi, mère d’Achille Barosi, avait choisi « Perdutamente », parmi les plus belles chansons de l’auteur-compositeur-interprète romain, pour saluer le cercueil de son fils, jeune victime de l’incendie du réveillon du Nouvel An. Il le fallait, bien sûr. Mais surtout adéquat : pour l’occasion, la chanson est réadaptée avec un arrangement monumental, composé d’un chœur d’une vingtaine d’éléments et de la soprano Valentina Gargano. Avec eux, évidemment, aussi la voix de Lauro, qui entre en scène en deuxième position et se met ensuite à fond dans la performance, réussissant à ne pas se livrer à des piétismes. Le reste est fait par la maîtrise de la mise en scène de Maurizio Pagnussat, des lumières de Mario Catapano et de la scénographie de Riccardo Bocchini. C’est ici que, pour la première fois dans cette édition, Sanremo retrouve sa dimension d’événement, jusqu’ici négligée. Et c’est ici que la sobriété du style de Conti s’avère plus efficace que jamais.
Lauro, l’artiste révélation de ces dix dernières années
Pas de pitié, disait-on, de la part de Lauro. Celui qui, au cours des huit dernières années – celles du passage d’icône pour enfants à star de la pop générale – s’est sans aucun doute imposé comme l’artiste le plus mature de la dernière décennie de la musique italienne : sa musique a une figure ; son art de la performance a atteint une transversalité crédible, capable de le faire ressortir à la fois dans un twist et dans un hommage émouvant comme celui de ce soir. «Je veux dire quelque chose d’important», dit-il à la fin de la représentation. « La musique a pour mission de nous accompagner dans la vie. Si cette chose pouvait réconforter ne serait-ce qu’une seule personne, pour nous, c’était un devoir. »
Perdumente » chanté comme ça n’est pas qu’une chanson, c’est un message qui va droit au ventre ❤️🩹
Achille Lauro a transformé ce soir la scène de Sanremo en pure émotion.
Refroidissement 🤍Ovation debout bien méritée ✨💫#Sanremo2026#AchilleLauro pic.twitter.com/5LqeX47emu
— 𝐿𝑢𝑐𝑟𝑒𝑧𝑖𝑎 🌺🌹 (@Lucrezia_mont) 25 février 2026
Rien de nouveau du côté de Pilar Fogliati
Rien de nouveau cependant du côté de Pilar Fogliati : la jeune actrice, invitée à juste titre en raison de ses multiples talents d’actrice et de réalisatrice, vise la seconde main sûre. C’est-à-dire les imitations de dialectes romains qui l’ont rendue virale sur les réseaux sociaux il y a dix ans, qu’elle a ensuite reproposée dans sa série télévisée « Romantiques » sur Netflix et qu’elle apporte désormais – aussi ! – sur la scène Ariston. Dans le rôle de la jeune aristocrate romaine Uvetta Budini Di Raso, par exemple, elle s’adresse à Conti et Pausini : « Mais est-ce que vous faites cela comme un travail ? Autrement dit, recevez-vous de l’argent pour faire cette chose ? Les gens qui travaillent ont beaucoup de chance, car ils savent quoi faire. » Puis il passe à la jeune fille romaine « très excitée ». Mais, au-delà du répertoire galvaudé, la question est : est-ce que ça vous a fait rire en dehors du périphérique ?
Heureusement que Lillo est là
Lillo est jusqu’à présent l’invité humoriste le plus titré de cette édition. Il arrive et met en scène un scénario impeccablement structuré. Il se moque d’abord un peu des clichés du festival : « Bienvenue dans ce cadre splendide du Théâtre Ariston », dit-il en ajoutant d’autres phrases classiques (ce qui a quelque chose de futuriste dans le festival des liturgies, on ne peut plus traditionnel). Puis il se moque de la tradition des « monologues douloureux », en souvenir des anciennes fêtes d’Amadeus. Il enchaîne enfin avec son répertoire de ballets comiques irrésistibles, et ceux-là ne se lassent pas.
Le (mince) hommage à Ornella Vanoni
Vient ensuite l’heure de l’hommage à Ornella Vanoni. Camilla Ardenzi, petite-fille de l’artiste emblématique décédé en novembre et elle-même chanteuse ambitieuse, interprète l’une des chansons les plus célèbres de sa grand-mère : « Eternità ». Il chante ensuite le dernier refrain avec la grand-mère Ornella, qui réapparaît sur scène à travers des images d’archives. Un hommage simple mais émouvant : sobre, juste. Si seulement il n’y avait pas ce fait désagréable qu’il soit diffusé à une heure moins vingt du matin : une icône comme Vanoni aurait mérité une tranche horaire forte avec une audience plus large. Et peut-être quelques minutes – et quelques chansons – supplémentaires.
« Une mère en or ». Carlo Conti risque une gaffe avec Francesca Lollobrigida
Si cela avait été le festival de Sanremo 2023, c’est-à-dire en pleine « quatrième vague féministe », la phrase adressée par Carlo Conti à Francesca Lollobrigida n’aurait pas pu passer. En accueillant la championne olympique (deux médailles d’or en patinage de vitesse), l’animateur la définit comme « une mère en or ». Bref : le réflexe habituel d’identifier la femme dans son rôle de mère avant son rôle professionnel. Mais le patineur, d’un slalom, le sauve. « La meilleure sensation, c’était de voir mon fils dans les tribunes », confirme-t-elle, loin d’être agacée. Et encore : « Avoir mon fils dans les tribunes, c’était la plus grande émotion. » Amadeus aurait été lynché pour bien moins cher. Mais ce n’était pas là une fête melonienne et conservatrice, diraient certains…