Quelle quantité de pétrole y a-t-il réellement sous terre ? Comment les réserves sont estimées (et pourquoi tant de chiffres ne correspondent pas)

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Quand il s’agit de réserves de pétrole nous avons tendance à imaginer un nombre taillé dans la pierre, objectif, certifié. En réalité le estimations des réserves pétrolières sont le résultat d’une mélanger complexe entre géologie, ingénierie, mathématiques, économie et, étonnamment, géopolitique.

Le pays qui possède aujourd’hui les plus grandes réserves déclarées au monde n’est pas leArabie Saouditemais le Venezuelaavec environ 303 milliards de barils. C’est pourtant l’un des pays les plus pauvres de la planète. Mais pourquoi ? La réponse réside précisément dans la manière dont ces chiffres sont produits.

Ressources et réserves pétrolières : quelle est la différence

La première distinction fondamentale est celle entre ressources Et réserves. Les ressources sont toutes quantité de pétrole et de gaz qui, selon les modèles géologiques, ils devraient exister sous terre, même ceux qui n’ont pas encore été découverts. Mais les réserves ne sont que celles quantités déjà découvertesphysiquement récupérable avec la technologie actuelle et économiquement viable à exploiter aujourd’hui.

La norme de référence internationale est lo SPE-PRMSLe Système de gestion des ressources pétrolières développé par la Society of Petroleum Engineers. Si le prix du pétrole brut s’effondre, une partie du pétrole classé comme « réserve » cesse de l’être : physiquement il est toujours là, mais son extraction ça n’en vaut plus la peine.

Comment sont calculées les réserves de pétrole ? La méthode volumétrique

La première étape pour estimer un dépôt est de calculer ce qu’on appelle OIP (Original Oil-In-Place) ou OGIP pour le gaz, c’est à dire la quantité totale d’hydrocarbures présent dans le rocher. Nous utilisons le méthode volumétrique: la roche réservoir fonctionne comme une éponge, avec de nombreux pores microscopiques qui abritent le fluide.

Pour calculer le volume dont vous avez besoin cinq paramètres:

  • La zone de dépôt;
  • Le épaisseur nette de la roche utile;
  • porositéc’est-à-dire le pourcentage de vide ;
  • saturationquelle part de ce vide est réellement occupée par le pétrole ;
  • Le facteur de volumequi convertit le volume du fluide en profondeur en ce que nous aurons en surface.

Avoir un OIP élevé ne signifie pas avoir autant de réserves extractibles. Un doit être appliqué à ce numéro facteur de récupérationgénéralement entre 20 et 50 % pour le pétrole, plus élevé pour le gaz. Pour l’estimer, nous utilisons i méthodes dynamiques: bilan matière (analogue à la mesure de l’air sortant d’un ballon), analyse des pertes de charge (principalement utilisée pour les gisements de gaz) et courbe de baisse de production, appliquée dans les dernières étapes de la vie d’un gisement.

Réserves prouvées, probables et possibles : degrés de certitude

Les estimations sont ensuite divisées en catégories en fonction de la probabilité d’extraction. Le réserves prouvées (1P) ont une probabilité d’être tirés au sort au moins 90%le probable (2P) de 50%le possible (3P) de 10%. Depuis 2013, la Russie et les pays de l’ex-URSS utilisent un système parallèle basé sur les catégories A, B1, B2, C1, C2 en fonction de la maturité géologique et de l’évolution, tandis que les catégories D désignent des ressources non encore découvertes.

Combien y a-t-il de réserves de pétrole dans le monde aujourd’hui et pourquoi de nombreuses réserves sont-elles « politiques » ?

Selon le Bulletin statistique annuel de l’OPEP 2025, fin 2024, le réserves mondiales essayé s’élevait à environ 1 567 milliards de barils. Le Oil & Gas Journal estime une valeur légèrement supérieure, autour de 1 770 milliards. Le podium : Venezuela avec 303 milliards, Arabie Saoudite avec 267, L’Iran avec 209. Ils suivent Canada (168)e Irak (145).

Dans les années 1980, après l’introduction du système de quotas de production de l’OPEP en 1982, plusieurs pays membres leurs réserves ont augmenté déclara soudain et de manière sensationnelle : Koweït +40% en 1983, Vénézuela +100% en 1984, Les Émirats arabes unis ont triplé en 1985, l’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite ont suivi en 1988. Au total, les réserves de l’OPEP ont dépassé de 425 à 763 milliards de barils en une décennie, sans découvertes équivalentes.

En 1999, le Canada a reclassé les sables bitumineux de l’Alberta des « ressources » aux « réserves » grâce à des prix plus élevés et des technologies plus matures. Entre 2007 et 2011, le Venezuela a fait de même avec le brut extra-lourd Orinoco, triplant ses réserves, passant de 99 à près de 300 milliards de barils. Par ailleurs, des dizaines de pays du Golfe déclarent depuis des décennies numéros de réserve pratiquement immobilierune stabilité qui, d’un point de vue technique, est statistiquement impossible.

Qui contrôle réellement le nombre de réserves mondiales ?

À propos du 90% des réserves de pétrole la coupe du monde est entre les mains de entreprises d’État (Saudi Aramco, Rosneft, PDVSA, NIOC, ADNOC), qui ils n’ont pas d’obligations de transparence des sociétés cotées en bourse. Aux États-Unis, le Commission des valeurs mobilières et des changes oblige les compagnies pétrolières à déclarer leurs réserves selon des normes publiques très rigoureuses. Les entreprises d’État peuvent toutefois déclarer ce qu’ils veulent sans avoir à justifier les calculs.

Pour cette raison, chaque fois que vous lisez un classement des réserves mondiales, il est important de rappeler que derrière ces chiffres il y a la science, mais il y a aussi beaucoup de politique.