Quatre-vingt-dix morts (dont 24 enfants) sont des « escarmouches »
Il n’y a jamais eu de trêve à Gaza. Malgré le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre, Israël n’a jamais cessé de tuer. Les drones ont continué à bourdonner, les bombes ne se sont jamais tues, l’extermination ne s’est pas arrêtée : elle a simplement changé de rythme, est devenue intermittente, moins visible aux yeux du monde distrait par les annonces farfelues de Trump.
La stratégie libanaise
Israël utilise la même stratégie testée au Liban : le « cessez-le-feu » est pour les autres, tandis que Tsahal maintient le « feu ». Depuis la date de l’accord, en seulement 18 jours, l’armée sioniste a frappé au moins 125 fois dans la bande de Gaza, tuant plus de 100 personnes et en blessant cinq fois plus. Le mot « trêve » n’est qu’une arme sémantique, une illusion pour anesthésier les consciences, alors que sur le terrain la mort continue de faire des ravages parmi les civils sans défense.
D’un autre côté, personne ne pouvait s’attendre à ce qu’un gouvernement comme celui de Benjamin Netanyahu respecte réellement l’accord. Le nouveau prétexte pour reprendre les bombardements était les prétendues violations dans la restitution des corps des otages israéliens. Mais à Gaza, 95 % des bâtiments ont été pulvérisés et il faudra jusqu’à 15 ans pour enlever tous les décombres (environ 61 millions de tonnes). Il est donc tout à fait plausible que de nombreux corps ne puissent plus être retrouvés, sachant par ailleurs que plus de soixante-dix mille bombes ont été larguées sur la bande de Gaza, l’équivalent de six explosions atomiques comme celle d’Hiroshima ; chercher la dépouille de quelqu’un dans un tel paysage, c’est creuser le néant. Mais Israël a besoin d’une justification, même la plus fragile, pour continuer à frapper.
Ces derniers jours, le Temps d’Israël – le journal officiel du gouvernement Netanyahu – a révélé que les services de renseignement ont fourni aux médiateurs égyptiens, qatariens et turcs les coordonnées précises des lieux où, selon eux, les otages seraient enterrés. S’il détenait réellement cette information, pourquoi alors a-t-il rasé ces mêmes zones, au risque de tuer ses concitoyens ? N’était-ce pas une opération de libération à Gaza ? La vérité est qu’Israël utilisera tous les prétextes possibles pour « finir le travail ». Netanyahou lui-même l’a dit, sans mâcher ses mots, quelques jours avant la trêve, devant le public à moitié désert de l’ONU. Et par « travail », il entend le nettoyage ethnique du peuple de Gaza.
Ce n’est pas une menace, mais un programme. Avner Avraham, ancien agent du Mossad, l’expliquait avec une clarté troublante dans une interview accordée le 3 octobre au journaliste Israel Ellis : « En fin de compte, après que nous aurons ramené tous les otages, il y aura un accord. Mais il y a autre chose dans cet accord : il n’y a pas d’avenir pour Gaza, elle paiera éternellement le 7 octobre. » Puis il a ajouté une prédiction ou, mieux, un aveu : « Soudain, quelqu’un va lancer des missiles vers Israël. Peut-être que nous les lancerons nous-mêmes de l’intérieur, afin de pouvoir dire : « Oh, il pleut des missiles de Gaza. Alors maintenant, nous pouvons réagir ». Et nous l’annulerons.
Une fausse trêve
Le voici, le plan : une série de demandes (irréalisables) ou d’excuses (astucieusement construites) pour achever la destruction de la bande de Gaza, la vidant de ses habitants. Ne vous y trompez pas : aucune annonce de paix, aucun projet de reconstruction signé par Donald Trump, le roi des ordures, ne pourra changer la fin de cette tragédie. L’avenir de Gaza est déjà écrit depuis un certain temps par les États-Unis et Israël, mais le monde en sera informé petit à petit, pour le rendre plus digeste pour l’opinion publique. Cet avenir n’inclut pas les Palestiniens : ce qui s’est passé la nuit dernière nous le rappelle, lorsqu’un énième bombardement aveugle a fait au moins 90 morts. Vingt-quatre étaient des enfants, mais pour le vice-président américain JD Vance, ce ne sont que des « escarmouches ». Pendant ce temps, dans les grands journaux occidentaux, certains ont encore le courage de parler de « trêve ».