Pourquoi certaines cultures n’utilisent pas les grands nombres ou notre système numérique : le cas des Pirahã

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Nous avons l’habitude de penser que je Nombres sont les mêmes partout et utilisés de la même manière décrire le monde physique: On compte les années, l’argent, les kilomètres, voire les calories et les pas quotidiens. Mais cette familiarité cache un fait surprenant : toutes les cultures n’utilisent pas de grands nombres. En fait, dans certaines sociétés, il n’existe tout simplement pas de nombre supérieur à trois ou quatre. Alors, comment les sociétés fonctionnent-elles sans notre grand nombre ?

Les nombres comme constructions culturelles et non universelles

Dans sociétés industrialiséesles chiffres ressemblent à un langage neutre et universel, presque naturel. Nous sommes en effet habitués à rationaliser toute la réalité qui nous entoure en lui donnant une rigueur logique, à travers géométrie et le mathématiques. Pourtant, l’anthropologie a montré que je systèmes numériques ce ne sont pas simplement des outils techniques, mais constructions culturelles profondément ancré dans les modes de vie.

Déjà Claude Lévi-Strauss a souligné que le Les classifications humaines reflètent des besoins pratiques et symboliques spécifiques. Les nombres, en ce sens, n’apparaissent pas partout avec la même complexité : certaines sociétés ne développent pas de termes pour les grands nombres, non pas parce qu’elles en sont incapables, mais parce qu’elles n’en ont pas besoin.

Ce que signifie vivre sans nombre au-delà du grand nombre : la population Pirahã

L’un des cas les plus discutés est celui de Pirahaune population indigène qui vit dans la forêt amazonienne, dans la région de Amazonie centrale dans Brésil. Le linguiste et anthropologue Daniel Everettqui a vécu avec eux pendant des années et a raconté son expérience dans le livre intitulé Ne dors pas, il y a des serpents (2008) ont noté que leur langue ne contient aucun mot pour des nombres précis au-delà de deux ou trois.

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Il existe plutôt des termes qui peuvent être grossièrement traduits par « un », « deux » et « plusieurs ». Cependant, cela n’empêche pas les Pirahā de vivre, de faire du commerce ou de prendre des décisions : cela révèle plutôt que le Une haute précision numérique n’est pas au cœur de leur organisation sociale. Cette observation a conduit à s’interroger sur une question centrale : la langue influence-t-elle notre façon de penser les chiffres ?

Le psychologue cognitif Pierre Gordon dans ce contexte, a mené des expériences visant à démontrer que, sans mots spécifiques pour les grands nombresles gens peuvent estimer des quantités mais avec – évidemment – ​​moins de précision. Cela ne semble toutefois pas signifier qu’ils ne peuvent pas comprendre la numérologieou le haut multitudemais que la pensée exacte, celle qui distingue par exemple entre 27 et 28 dépend en partie des outils linguistiques disponibles et n’est, finalement, pas nécessaire pour comprendre les multitudes.

Mais quand compter devient nécessaire

présence ou absence de grands nombres cela ne reflète pas une différence niveau de « développement »mais des priorités culturelles, économiques et relationnelles différentes. Mais quand il faut compter, comment faire absence d’une langue spécifique ? La réponse nous vient des exemples remontant à certaines populations du Papouasie-Nouvelle-Guinéelà où ils existent systèmes de comptage basé sur d’autres critères qui ne sont pas le langage verbal, mais le corps.

En ce sens, les différentes parties du corps agissent comme abaque et au cas où comment « carte cognitive partagée » car les différentes parties anatomiques sont utilisées comme « points de référence »culturellement partagé, établi dans une séquence.

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Concrètement, compter, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, ne se limite pas aux doigts, mais se poursuit le long du corps selon un ordre précis : après les doigts, il passe au poignet, à l’avant-bras, au coude, à l’épaule, au cou, au visage puis descend de l’autre côté du corps. Chaque point correspond à une quantité précise.

Cela signifie que le nombre n’est pas représenté par un mot abstrait, tel que « dix-sept »mais d’un position concrète sur le corps. D’un point de vue cognitif, ce système exploite les mémoire non plus verbal, comme notre système, mais spatial et corporell’une des formes les plus anciennes et les plus universelles de la mémoire humaine.

Repenser notre rapport aux chiffres

Ces exemples remettent en question un postulat profond de la modernité : quantifier est une façon universel et nécessaire pour connaître le monde.

Dans sociétés contemporaines en fait tout semble se traduire en chiffres : productivité, valeur, performance, même bien-être personnel, popularité et ainsi de suite. Mais ces « autres possibilités de vie » rappellent que cette obsession de la quantification est historiquement située, et probablement née avec le normalisation de l’horlogedans le Révolution industrielle.

Les cultures qui n’utilisent pas de grands nombres ne représentent pas une forme de manque ou de retard, mais une différentes formes de société et de relations avec le monde.

Sources

Everett DL (2008). « Ne dors pas, il y a des serpents : vie et langage dans la jungle amazonienne »

Gordon P. (2004). « Cognition numérique sans mots : preuves provenant d’Amazonie. » Journal : Science, V. 306 (N. 5695), PP. 496-499.

Chrisomalis S. (2010). « Notation numérique : une histoire comparée »

Owens K. (2018). « Histoire du nombre : preuves de Papouasie-Nouvelle-Guinée et d’Océanie »