parce qu’en Italie ce sont encore les mères qui quittent leur travail

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Étudier, travailler, démissionner. Cela semble être la parabole de milliers de femmes italiennes qui, chaque année, sont obligées de quitter leur travail pour se consacrer à leur famille et à leurs enfants. Le rapport annuel sur la validation des démissions et des résolutions consensuelles des mères et pères travailleurs de laInspection Nationale du Travail parle clairement : au cours de la dernière année analysée, 2024, plus de 62 mille personnes ils ont a quitté le travail et parmi eux, jusqu’à 70 % sont des femmes.

L’influence féminine sur les résolutions contractuelles diminue considérablement avec l’âge. Dans les tranches d’âge plus jeunes, l’écart est net : les femmes de moins de 24 ans représentent 84,6% des validations, dans la tranche 24-29 ans 80,4%, entre 29 et 34 ans 74,8%. Ce pourcentage tombe à 32,4% au-delà de 44 ans. Un signal clair qu’ils quittent le marché du travail les femmes en âge de procréer et avec des enfantspas les travailleuses en général.

Pourquoi les mères démissionnent : garde d’enfants versus organisation du travail

Concilier la garde d’enfants avec un emploi rémunéré, cela s’avère impossible. Sur plus de 38 000 sorties totales liées à des difficultés de traitement, le 94% concerne les femmes. Un chiffre qui à lui seul dit tout. Les raisons sont doubles et se renforcent mutuellement : d’une part, le manque de services accessibles, les écoles maternelles étant coûteuses ou difficiles à obtenir ; de l’autre, un monde du travail encore mal équipé, où près de la moitié des démissionnaires citent explicitement l’incompatibilité entre les horaires et les politiques de l’entreprise et les besoins de garde de leurs enfants.

Le résultat est que les femmes sont confrontées à un choix qui ne devrait pas exister : carrière ou famille. Et dans la grande majorité des cas, en l’absence de réelles alternatives, ils choisissent (ou sont contraints de choisir) la seconde.

Le temps partiel comme solution de survie

De nombreuses femmes sont obligées de choisir le temps partiel pour continuer à travailler. Selon le Rapport Cnel-ISTAT 2025 Le travail des femmes entre obstacles et opportunités, sur le nombre total de personnes occupées 31,5% des femmes travaillent à temps partielcontre 8,1 % des hommes. Dans la tranche d’âge 25-54 ans, seuls 6,6 % des hommes travaillent à temps partiel, contre 31,3 % des femmes salariées. Ce pourcentage diminue encore (4,6%) en présence d’enfants, tandis que chez les mères, il augmente de manière significative (36,7%). Cela se reflète ensuite dans l’emploi des femmes qui s’arrête à 53,3%, contre 71,1% pour les hommes puis dans les salaires et retraites.

Combien ça coûte réellement d’avoir un enfant : la pénalité enfant

Le Rapport annuel INPS 2025 offre l’image la plus à jour de ce que la littérature économique appelle pénalité pour enfants, la baisse des revenus et de la présence sur le marché du travail qui affecte les mères après la naissance d’un enfant. Un phénomène qui n’a pas d’équivalent masculin : car je pères le principe inverse s’applique, ce qu’on appelle prime enfantavec des trajectoires de revenus qui s’améliorent après la naissance d’un enfant, quel que soit le nombre d’entre eux.

Pour les mères, la situation est plus complexe et dépend fortement du nombre d’enfants qu’elles ont. Ceux qui n’en ont qu’un parviennent à récupérer pleinement le choc salarial dès la troisième année. Ceux qui en ont deux passent en quatrième année. Quiconque en a trois ou plus, dans la cinquième année à compter de la première naissance, subit encore une pénalité : chaque une nouvelle grossesse ajoute une nouvelle baisse sur la courbe des revenusrendant le chemin de la reprise de plus en plus long et discontinu.

Cela compte aussi l’âge auquel on devient mère. Les moins de 35 ans subissent dans un premier temps une pénalité de revenu moindre et, s’ils restent sur le marché, se rétablissent plus rapidement. Mais leur risque de quitter le travail l’année de leur naissance est presque le double de celui des plus de 35 ans : 25 % contre 12 %. En d’autres termes, pour les femmes plus jeunes, la pénalité s’exprime avant tout en termes de permanence dans le monde du travail et pas seulement en termes de salaire.

Écoles maternelles : peu de places, coûts prohibitifs et fracture Nord-Sud

Derrière les démissions et les emplois à temps partiel se cache souvent un calcul concret : celui de disponibilité et coût d’une place en crèche, essentiel pour pouvoir continuer à travailler. Et les chiffres montrent que, pour de nombreuses familles, cette place n’existe tout simplement pas. Au cours de l’année scolaire 2023-2024, les écoles maternelles en Italie ont atteint 14 570, pour un total d’environ 378 500 places disponibles. Un résultat encourageant sur le papier, mais avec une précision importante : parmi ces places, seule une sur cinq est proposée par des structures publiques. Le reste est privé, et donc intégralement pris en charge pour les familles qui ne trouvent pas de place dans les crèches municipales.

Le taux de couverture nationale a atteint 31,6%, mais la moyenne cache un net écart territorial : certaines provinces du centre de l’Italie comme Bologne, Ravenne et Pérouse approchent ou dépassent les 50%, tandis que dans le Sud et en Sicile la couverture s’arrête entre 19 et 19,5%. Le même écart que l’on retrouve, sans surprise, dans les taux d’emploi des femmes : plus faible là où les services font défaut. L’objectif européen fixé en 2022 est une couverture de 45 % d’ici 2030, un objectif qui reste lointain pour l’Italie. Ceci est confirmé par la liste d’attente : en 2023-2024, près de 60 % des crèches n’avaient pas suffisamment de places pour satisfaire toutes les demandes.

Congé parental : l’Italie paie peu et les pères ne l’utilisent pas

Du côté des partis, le tableau est celui d’un système encore très déséquilibré. Le Le congé de maternité dure cinq mois à 80% du salaireà la paternité obligatoire on s’arrête 10 jours à 100%, introduit à titre expérimental en 2012 avec une seule journée, progressivement étendu jusqu’au chiffre actuel. Le congé parental optionnel, utilisable par les deux parents jusqu’au 12ème anniversaire de l’enfant dans une limite de 11 mois, a été récemment renforcé : lois de finances 2023 et 2024 ils ont apporté l’allocation à 80% pendant deux mois au cours de la sixième année de vie de l’enfant, mais uniquement pour les salariés du secteur privé.

Toutefois, les chiffres de l’INPS révèlent qui utilise réellement ces outils. Dans le En 2024, plus de 289 000 femmes bénéficiaient d’un congé parental dans le secteur privé, contre 124 000 hommes. Et les mères ont bénéficié en moyenne de 53 jours, soit plus du double des 22 jours des pères. Les réformes ont augmenté le nombre de pères qui y ont recours, mais n’ont pas sensiblement modifié ni la durée ni l’écart entre les sexes.

Justement pour modifier cet équilibre, on a été présenté à la Chambre projet de loi sur l’égalité des congés, qui visait à augmenter le congé paternité de 10 jours à cinq mois, largement obligatoire et payé à 100 %. La Commission du Budget l’a rejeté faute de couverture : le coût estimé était de 3,18 milliards pour la seule année 2026. La question, du moins formellement, n’était pas politique mais comptable. Mais en substance, le rejet a reporté à une date ultérieure le seul instrument structurel capable de redistribuer la charge de soins et de réduire la pénalité professionnelle des mères.

Ce qui est là et ce qui manque : les mesures en place

Le gouvernement Meloni a tenté d’intervenir avec une série d’outils qui se chevauchaient et étaient réécrits chaque année. Le Prime aux mèresintroduit en 2024 sous le nom exonération totale de cotisation jusqu’à 3 000 euros pour les mères de trois enfants en CDI, elle est devenue en 2025 une cotisation unique d’un maximum de 480 euros. Dans le 2026 le montant est passé à 720 eurosmais l’exonération partielle promise de cotisations a été reportée pour la deuxième année consécutive.

La loi de finances 2026 ajoute quelques mesures marginales : priorité au temps partiel pour les personnes ayant trois enfants, congé parental prolongé jusqu’au 14ème anniversaire de l’enfant. Toutefois, cela ne résout pas le problème. L’Italie consacre environ 6 % de ses dépenses sociales à la famille et à l’enfance, contre 11,2 % en Allemagne et 10,3 % en Finlande. Tant que les services feront défaut, tant que le congé de paternité restera symbolique et tant que les politiques seront réécrites année après année sans vision structurelle, le coût de la maternité continuera à supporter presque entièrement les femmes.