Parce que la campagne électorale en France est devenue une poudrière

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le président, celui qui a déclenché le séisme électoral, a disparu. Les squelettes dans les placards ont cependant été ressuscités et font toujours peur. Entre agressions, disputes, trahisons et peurs, la campagne électorale française enflamme le cœur du peuple transalpin, appelé à un vote historique le 7 juillet. L’extrême droite de Marine Le Pen et Jordan Bardella se sent plus proche du pouvoir que jamais dans l’histoire de la Ve République, mais la majorité absolue nécessaire pour gouverner sans obstacles apparaît toujours dans la balance. La gauche écologique, rassemblée sous la bannière du Nouveau Front populaire, reste conflictuelle et doit faire face à des accusations d’antisémitisme liées au soutien à la Palestine. Aux craintes d’une France encore plus fragmentée dans ses multiples identités se conjuguent des craintes plus concrètes : récession, nouvelle perte de pouvoir d’achat et isolement international. Les enjeux de cette campagne électorale sont nombreux. Seules les urnes pourront dissoudre certains d’entre eux, d’autres resteront comme des ombres sur les actions du parti qui parviendra à accéder au pouvoir.

La poudrière française

La dernière note noire parvenue à la presse concerne la porte-parole du gouvernement, Prisca Thévenot, qui a déclaré avoir été « agressée » dans la soirée du 3 juillet alors qu’elle posait des affiches électorales avec son équipe dans une circonscription proche de Paris. Thévenot, candidat à sa réélection avec la coalition macroniste Ensemble ! Pour la République, elle est indemne, mais son assistante a été blessée au bras, a-t-elle raconté Le Parisien. Le parquet de Nanterre a annoncé pour l’instant avoir ouvert une enquête pour « violences commises sur un agent public en réunion ». Quatre personnes, dont trois mineurs, ont été placées en garde à vue. Le Premier ministre Gabriel Attal a dénoncé l’attaque contre la porte-parole, estimant que « la violence et l’intimidation n’ont pas leur place dans notre démocratie », mais le risque que la France se transforme en poudrière après le 7 juillet existe. Accepter les résultats des isoloirs ne sera pas facile pour une population divisée et des citoyens qui ne peuvent plus se regarder en face et se parler, comme le raconte Le Monde.

Des squelettes dans le placard

Le sujet le plus épineux pour le Rassemblement national concerne son passé. Comme dans le cas de Fratelli d’Italia, touché par une enquête sur la nostalgie fasciste de certains de ses membres, le parti de Marine Le Pen n’est pas exempt d’épisodes similaires. Le cas frappant est celui d’une femme qui a retiré sa candidature au RN après qu’une photo d’elle portant une casquette d’officier de la Seconde Guerre mondiale soit apparue. Pourtant, l’histoire révélée le 2 juillet par le journal local fait toujours chaud. Ouest de la France sur la candidate du Rassemblement national Annie-Claire Bell, condamnée à la prison en 1995 pour prise d’otages armés. La femme, aujourd’hui septuagénaire, et son mari ont kidnappé le secrétaire général de la commune d’Ernée, en Mayenne, sous la menace d’une arme pendant trois heures. Ils s’en sont tirés avec dix mois de prison.

Les bras tendus et les insultes antisémites ne sont pas des « absurdités »

Selon ce que les gendarmes avaient alors rapporté à l’AFP, la femme aurait même tiré un coup de feu qui n’aurait fait aucune victime. «Je poursuis ma campagne comme si de rien n’était», a déclaré Annie-Claire Bell à BfmTv. Le principal problème du parti de Le Pen reste celui-ci : continuer comme si de rien n’était, en pensant que les cosmétiques de ces dernières années suffisent à effacer des décennies de campagnes de haine et de négationnisme, comme lorsque le père Jean-Marie définissait les chambres à gaz « un détail ». dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ». Même si aujourd’hui celui qui craint le plus le parti d’extrême droite est la population musulmane ou du moins celle d’origine étrangère, menacée par la campagne de Bardella qui la vise constamment grâce également au soutien de l’empire médiatique du milliardaire Vincent Bolloré.

Accusations d’antisémitisme à gauche

Aujourd’hui dans l’Hexagone, ce que les juifs français semblent craindre le plus, c’est le nouvel antisémitisme, ressuscité après l’attaque du Hamas du 7 octobre et la guerre dans la bande de Gaza menée par l’État d’Israël. Comme il le dit Le Figaro, de nombreux Juifs « ont sombré dans le désarroi », se sentant pris dans ce scrutin entre la droite dure de l’extrême droite et le roc d’une gauche pro-palestinienne. Le Collectif Golem, un groupe de Juifs de gauche, a spécifiquement appelé le Nouveau Front populaire à « s’attaquer directement » à la lutte contre l’antisémitisme et à prendre des mesures concrètes pour lutter contre les discriminations, les actes qualifiés d’antisémites se multipliant 2023. En réponse, les dirigeants de la formation de gauche ont dénoncé une « campagne de diffamation », qui vise à « discréditer » la nouvelle formation rouge-verte et à diviser la gauche. Trop peu pour demander à l’électorat juif de voter uni contre l’extrême droite. Une demande bien moins évidente aujourd’hui que dans un passé récent.

Le gouffre économique

La question du pouvoir d’achat et de la croissance économique reste parmi les principales préoccupations des Français. Selon la dernière édition du Baromètre économique, les plus grandes craintes se concentrent sur les recettes économiques proposées par la gauche, notamment en matière de réduction du déficit budgétaire. Les électeurs sont moins négatifs à l’égard des propositions de Macron, mais seulement 17% se montrent optimistes quant à ses actions en cas de victoire. Le programme d’extrême droite de Bardella est ce qui effraie le plus les économistes. « Avec le NFP, nous risquons d’être rappelés à l’ordre par l’UE et les marchés. Ce serait humiliant et coûteux, pas tragique », ont-ils déclaré à Les Échos certains économistes, proches du parti de Macron. Mais les pires scénarios sont liés, selon les experts, à une montée de l’extrême droite : baisse de l’attractivité du pays, difficultés de production dans certains secteurs en raison de l’expulsion de travailleurs sans papiers et récession liée au séisme électoral.

Nouveaux visages à la télé, vieille garde aux commandes

Cette campagne électorale a vu émerger quelques personnalités politiques, plus ou moins jeunes, sur la scène française. Aux débats télévisés ont participé Jordan Bardella (28 ans), candidat au poste de premier ministre du Rassemblement national, et Gabriel Attal, né en 1989 et actuel premier ministre et représentant d’Ensemble!. A leurs côtés se trouve Manuel Bompard (né en 1986), choisi par le Nouveau Front populaire pour incarner le visage de la gauche unie, même si le candidat au poste de Premier ministre n’a pas encore été défini en cas de victoire. A eux s’ajoute la figure émergente de Marine Tondelier (37 ans), l’écologiste qui, avec la diplomatie des mots, a su réparer les fractures de la gauche, au moins pour ce tour électoral.

La France aux urnes : ce qu’il faut savoir sur des élections qui pourraient tout changer

En coulisses, cependant, de vieilles connaissances de la politique française restent présentes et vigilantes. Emmanuel Macron, qui suscite l’hostilité dans une grande partie du pays, a préféré disparaître de la campagne électorale, mais a déjà annoncé qu’il resterait président de la République quels que soient les résultats. Marine Le Pen a récompensé la jeune Bardella, mais les clés du parti sont bien entre ses mains et, en cas de victoire, elle pourrait se présenter à nouveau à l’élection présidentielle de 2027. Jean-Luc Mélenchon s’est retiré, pour apaiser les frictions entre sa France Insoumise et les autres composantes de gauche du Nouveau Front Populaire. Même dans son cas, il est peu probable qu’il se retire réellement en cas de victoire de la gauche le 7 juillet.