L’Otello d’Edoardo Leo en dialecte romain est un pari réussi
Edoardo Leo relit Othello de Shakespeare, en le plaçant dans le monde de la pègre romaine et en le traduisant dans un dialecte qui exalte la férocité du récit et la folie d’une passion malade, dans son nouveau film « Je ne suis pas ce que je suis », arrivée en salles jeudi 14 novembre. Dans cette tragédie de la possession, le réalisateur se taille le rôle clé de Iago et confie celui du « Maure » à Jawad Moraqib. La jeune et amoureuse Desdemona est interprétée par Ambrosia Caldarelli, Antonia Truppo joue le rôle d’Emilia, la femme de Iago, Matteo Olivetti est Michele, Michael Schermi est Roderigo et Vittorio Viviani est le Dogge.
Ils ne sont pas ce qu’ils sont, l’intrigue
L’action commence dans une prison, où un homme âgé est sorti de sa cellule et escorté jusqu’à la bibliothèque. Ici, l’attendent un journaliste et un vidéaste, prêts à réaliser une longue interview dans laquelle l’homme raconte son passé violent et tous les détails du crime qui l’a condamné à la prison. L’homme commence alors à retracer ces jours, fatals pour lui, 20 ans plus tôt, où il faisait partie d’une association criminelle de la capitale dédiée à l’usure, au trafic de drogue, etc. Iago, c’est le nom du sinistre protagoniste, est furieux parce que son patron, Othello, en a promu un autre, un certain Michele, à un rôle de plus grande responsabilité à sa place.
A partir de ce moment, Iago n’a plus d’autre objectif que de se venger et d’écarter le Maure pour avoir l’espace qu’il pense mériter. L’occasion se présente lorsque le patron envoie Iago, Othello, leurs épouses Desdemona et Emilia, ainsi que Michele, pour superviser le trafic de drogue sur la côte, où leur activité est menacée par l’avancée des clans turcs.
Le groupe se retrouve donc loin de la base romaine et des yeux vigilants de l’organisation, dans un Anzio perpétuellement balayé par le vent et sous un ciel de plomb, et c’est dans ce contexte que Iago met en scène sa vengeance diabolique, utilisant l’amour d’Othello pour sa femme. , et complote et manipule jusqu’à rendre son rival fou de jalousie non motivée et le pousser à détruire tout le sens de sa vie.
Ils ne sont pas ce qu’ils sont, une expérience réussie
Sur le papier, l’idée d’une version d’Othello en dialecte romain, se déroulant dans le monde du crime, peut sembler un risque insensé, une tentative extrême de surfer sur la passion désormais endémique du crime, de préférence aussi réaliste que possible, et de l’histoire de la vie criminelle de la rue, où l’italien est un code inconnu et où seule la langue du sang est parlée. Au lieu de cela, Edoardo Leo nie toute peur et réalise une opération très ambitieuse mais aussi assez réussie, avec une version de la tragédie de la jalousie et de la possession qui dépouille sa forme et fait ressortir jusqu’à la dernière goutte toute la férocité d’une histoire dans laquelle l’Humain la pitié, chez la plupart des personnages, n’existe pas.
Dans un Anzio hors saison, vidé, au ciel de fonte, dans lequel la mer est perpétuellement agitée comme les âmes des protagonistes, se nourrissent les machinations d’Iago qui trahit, ment, manœuvre, manipule tout le monde pour son but final. et ils grandissent dans l’ombre d’un environnement qui vit dans l’obscurité du contexte social, et creusent les profondeurs des âmes sans peur mais aussi sans paix. La seule lumière dans cette nuit perpétuelle irradie des deux femmes : la naïve Desdémone et l’exploitée Emilia, dont le dévouement envers son amie devient une arme au service du plan diabolique de son mari.
Ce qu’il y a de plus réussi dans le film, c’est son idée la plus audacieuse : l’éloignement provoqué par la proposition fidèle de la tragédie de Shakespeare, non seulement situation par situation, mais aussi vers par vers, dans un dialecte rude et anguleux, à des années-lumière du son et du lyrisme de la langue du barde. Un choix qui dépouille ce texte immortel, faisant ressortir toute sa férocité, alors que les événements atteignent leur paroxysme et que la folie d’Othello explose, démontrant la dérive et les tragédies auxquelles conduit un amour toxique compris comme possession, qui se transforme facilement en damnation. Une expérience audacieuse, mais qui a mieux réussi que prévu.
Note : 6,5