Un véritable « paradis » pour l’extraction du lithium. La Serbie est une terre riche en ce minéral précieux et vient de signer un accord important avec l’Union européenne pour son extraction. Le projet, qui a fait l’objet d’âpres controverses dans ce pays des Balkans, vise à garantir que l’industrie automobile européenne dispose d’une ressource indispensable pour la transition des moteurs à combustion vers les moteurs électriques. La participation à ces accords de représentants de la politique et de l’industrie allemandes montre clairement que les puissantes entreprises allemandes ont agi très tôt pour s’emparer d’une part substantielle de cette ressource.
L’intérêt de l’industrie allemande
Le partenariat sur les « matériaux critiques » entre l’Union européenne et la Serbie a été signé à Belgrade, en présence du chancelier allemand Olaf Scholz. La signature intervient une semaine seulement après une décision de justice serbe, qui a ouvert la voie à la reprise d’un projet controversé d’exploitation minière du lithium. La présence du leader social-démocrate est liée au fort intérêt de l’industrie automobile allemande pour ce métal indispensable à la production de batteries pour voitures électriques. Alors que la vente des véhicules thermiques sera interdite dans l’UE à partir de 2035, il est essentiel pour les entreprises du secteur de s’approvisionner en ce matériau afin de réduire leur dépendance massive à l’égard des constructeurs chinois, qui dominent le marché des batteries.
Matières premières critiques, le gouvernement se concentre sur l’extraction et le recyclage : ce que prévoit le décret
Le « Mémorandum d’accord sur les matières premières et la chaîne d’approvisionnement pour les batteries et les véhicules électriques » sera signé lors d’un « Sommet sur les matériaux critiques », a annoncé le bureau du vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic. L’objectif de l’exécutif européen est de garantir que cette matière première « reste sur le sol européen », a déclaré devant la presse le président serbe Aleksandar Vucic. Lors du sommet, la chancelière allemande sera accompagnée « de représentants de Mercedes-Benz » et de représentants de diverses banques européennes, a révélé Vucic.
Manifestations des écologistes contre l’exploitation minière
Des réserves de lithium, parmi les plus importantes d’Europe, ont été découvertes en 2004 dans l’ouest de la Serbie, dans la région de Jadar. Selon le géant minier anglo-australien Rio Tinto, qui gère le projet, ils pourraient produire 58 000 tonnes de carbonate de lithium par an. Un chiffre qui permettrait d’alimenter environ 1,1 million de véhicules, soit 17 % de la production européenne de véhicules électriques. Le projet minier a alimenté de nombreuses controverses politiques.
Les opposants contestent le fort impact sur l’environnement dans une région majoritairement agricole. Les protestations qui en ont résulté ont mis la pression sur le gouvernement serbe, qui a décidé de suspendre le projet en 2022. Deux ans plus tard, le 11 juillet, la Cour constitutionnelle a jugé que la décision adoptée par l’exécutif serbe n’était pas « conforme à la Constitution ». La semaine dernière, le gouvernement a annoncé la mise en œuvre de l’arrêt de la Cour, autorisant la reprise des opérations.
Le contexte politique de l’adhésion à l’UE
La Serbie est l’un des pays des Balkans qui a entamé depuis des années le processus d’adhésion à l’Union européenne, même si certaines positions pro-russes de Vucic et les différends sur les territoires du nord du Kosovo et de la Bosnie-Herzégovine ont jusqu’à présent retardé l’achèvement du processus d’adhésion à l’Union européenne. le processus d’élargissement de l’UE. La signature de l’accord doit être lue à la lumière de la volonté de s’aligner sur les demandes de Bruxelles et d’accélérer un processus d’adhésion de dix ans.
Vucic a récemment déclaré que les opérations pourraient commencer vers 2028, à condition d’obtenir des garanties sur la protection de l’environnement. Il a par ailleurs annoncé la signature d’une « lettre d’intention » qui prévoit l’installation de capacités industrielles en Serbie, assurant que Belgrade n’autorisera pas l’exportation de plus de « 12-13% » de cette précieuse matière première. Le reste pourrait être exporté « sous forme de cathodes ou de batteries produites en Serbie », a-t-il ajouté.