Libre circulation des militaires en Europe : qu’est-ce que le nouveau Schengen militaire

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Libre circulation non seulement des biens et des personnes, mais aussi des véhicules à chenilles. Les menaces sécuritaires sans précédent auxquelles le Vieux Continent est confronté ces dernières années poussent l’Union européenne à revoir ses stratégies militaires, en pensant à un « Schengen militaire ».

En quoi consiste l’initiative « Schengen militaire » ?

Sept ans après le lancement du plan d’action pour la mobilité militaire en Europe par la Commission Juncker en 2018, la Commission von der Leyen relance l’initiative dans le but de créer un véritable « Schengen militaire » d’ici 2027. L’objectif du plan, comme l’a précisé la haute représentante pour la politique étrangère de l’UE, vise à faciliter le déplacement de soldats et d’équipements de défense entre un État membre à l’autre.

Le paquet présenté le 19 novembre à Bruxelles comprend une nouvelle réglementation sur la mobilité militaire et une communication commune entre les institutions. Pour que cela soit réalisable, l’exécutif européen propose de supprimer les barrières réglementaires, en introduisant des règles harmonisées au niveau de l’UE, afin de surmonter la fragmentation actuelle constituée de lourdes procédures bureaucratiques qui limitent les mouvements militaires transfrontaliers. Le paquet prévoit en effet une limite de « trois jours » pour les autorisations nécessaires au passage des troupes et du matériel militaire aux frontières. Aux yeux de Kallas, un système dans lequel certains pays exigent « un préavis de 45 jours avant que les troupes d’autres pays puissent traverser leur territoire pour des exercices » n’est désormais pas viable.

Pour atteindre cet objectif, la Commission propose la création d’un cadre d’urgence, le nouveau système européen de réponse renforcée à la mobilité militaire (EMERS). L’installation est conçue pour accélérer les procédures et garantir un accès prioritaire aux infrastructures clés, en soutien aux forces armées engagées dans des opérations au sein de l’UE ou de l’OTAN. Parallèlement, l’initiative vise à renforcer la résilience des infrastructures de transport, à travers la modernisation des principaux corridors de mobilité militaire européens selon les normes du double usage et la protection des infrastructures stratégiques avec une nouvelle « boîte à outils » de résilience. L’objectif est de garantir que l’Europe puisse déplacer rapidement des troupes et du matériel en cas de crise, réduisant ainsi la vulnérabilité des réseaux logistiques clés aux menaces conventionnelles et hybrides.

D’où viendra l’argent pour financer le projet ?

Sur le plan du financement, Kallas a souligné l’engagement de l’UE : la proposition pour le prochain cadre financier pluriannuel comprend 177 milliards d’euros alloués aux infrastructures de transport à double usage, conçues pour faciliter la mobilité civile et militaire. À cela s’ajoute l’engagement de dépenses égales à 1,5 pour cent du PIB des alliés de l’OTAN pour des investissements liés à la sécurité. « Il est crucial d’investir dans les infrastructures », a réitéré Kallas, soulignant que la modernisation des corridors stratégiques n’est pas seulement une question logistique, mais un élément fondamental de la résilience et de l’autonomie stratégique de l’Europe.

Pour améliorer la mobilité militaire sur le vieux continent, des investissements de « 100 milliards » d’euros seront nécessaires pour restructurer « 500 points chauds » identifiés comme des goulots d’étranglement qui entravent la circulation des troupes et des véhicules en Europe. Des investissements qui seront achevés d’ici la fin de cette décennie. Une action immédiate est donc nécessaire. La Commission va maintenant présenter le règlement sur la mobilité militaire au Conseil et au Parlement européen pour adoption, selon la procédure législative ordinaire.



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