La région de Fukushima au Japon, complètement évacuée après la catastrophe nucléaire, a montré parmi les diverses transformations également un phénomène de naissances de hybrides porc-sanglier. Une étude génétique publiée en janvier dernier a examiné le processus hybridation parmi les porcs échappés des fermes et les sangliers, dans la zone abandonnée depuis plus d’une décennie après le tsunami de11 mars 2011. L’étude a été publiée dans un numéro spécial du Journal of Forest Research, entièrement consacré à effets à long terme de la radioactivité et le dépeuplement des forêts qui couvrent environ 70 % de la zone contaminée de Fukushima. Le cas de l’hybridation ce n’était en aucun cas dû à une pollution radioactivemais exclusivement de l’absence de l’homme. Les zones abandonnées suite à des événements catastrophiques, comme Fukushima ou Tchernobyl, subissent des changements et, dans de nombreux cas, l’absence prolongée de pressions anthropiques favorise une augmentation de la diversité animale et végétale. Ces lieux deviennent de véritables « laboratoires naturels » pour différents domaines de recherche : territoires contaminés par agents radioactifs et dépourvues de présence humaine depuis des années, elles ont attiré l’attention de chercheurs de diverses disciplines et ont permis d’étudier pendant des années l’évolution de nombreux phénomènes naturels.
La naissance des hybrides porc-sanglier à Fukushima : que s’est-il passé et ce que dit l’étude
Le 11 mars 2011, après le tremblement de terre de magnitude 9,0 au large du Japon et le tsunami qui a gravement endommagé la centrale nucléaire de Fukushima, une large zone a été immédiatement évacuée, environ 164 000 personnes ont été expulsées et de nombreux domaines sont restés interdit à l’homme pendant des années. En août 2011, la zone d’évacuation couvrait une superficie d’environ 1 800 km2 et ce n’est qu’à partir de 2017 que cette zone a été réduite. L’abandon des entreprises agricoles et l’expansion conséquente des milieux forestiers ont permis à évasion de porcs domestiques (Sus scrofa domestique) de l’élevage et de la colonisation de nouvelles zones par les sangliers (Sus scrofa leucomystax) et puis la rencontre du sauvage avec le domestique.
Les chercheurs ont examiné le génotype d’hybrides de plusieurs générations, contribuant ainsi à clarifier la façon dont les populations animales évoluent dans des environnements dépourvus de présence humaine. En particulier, ils ont analysé la part de ADN mitocontrial (hérité par les enfants exclusivement par la mère) chez plusieurs individus hybrides, 191 sangliers et 10 porcs, pour évaluer la degré d’introgression du génome porcin dans les populations de sangliers, c’est-à-dire le degré de transfert des gènes du porc dans l’ADN du sanglierd’une génération à l’autre.
Les effets du croisement sur l’ADN du sanglier
Les croisements répétés de porcs et de verrats ont donné naissance à plusieurs générations de individus hybrides fertiles. Les résultats de l’étude ont montré qu’il était présent chez de nombreux sangliers ADN mitochondrial porcinsigne que dans de nombreux cas, des porces femelles avaient été croisées avec des sangliers mâles, ce qui avait donné lieu à des hybrides avec un une plus grande prolificité et avec capacité à se reproduire toute l’annéecaractéristiques typiques des porcs domestiques.
Grâce à ce mécanisme, les porcs qui s’échappaient des élevages et croisaient la route des sangliers favorisaient leexplosion démographique de ce dernier. L’étude a également révélé que la fréquence de reproduction plus élevée entraînait une succession très rapide de générations en l’espace de quelques années, mais que d’une génération à l’autre, les portions d’ADN du porc diminuaient assez rapidement. Toutefois, les mâles hybrides s’accouplent principalement avec verrats femelles puresqui n’ont généralement des cycles de reproduction qu’une fois par an, c’est pourquoi il y a eu une réduction de la partie porcine de l’ADN.
Qu’est-ce que l’hybridation entre espèces et pourquoi le cas de Fukushima intéresse les biologistes
UN hybride c’est un individu généré par l’accouplement de deux espèces différentes : dans certains cas, l’hybride est stérile, dans d’autres il est fertile et peut donc se croiser efficacement avec des individus de l’une ou l’autre espèce. L’un des exemples les plus courants est celui mule, généré en traversant un âne (Equus africanus asinus) avec une jument (Equus caballus), mais des phénomènes d’hybridation peuvent se produire dans la nature lorsque deux espèces entrent en contact pendant effet des modifications environnementales. Les espèces exotiques introduites volontairement ou accidentellement par l’homme ou les espèces qui migrent spontanément sous la pression du changement climatique peuvent générer des hybrides qui, dans de nombreux cas, menacent la conservation de la biodiversité.
LE’hybridation entre sauvage et domestique c’est un problème encore plus grave et fréquent, provoqué par l’expansion des activités humaines et la proximité entre milieux anthropisés et milieux naturels. Cette étude démontre d’abord que, lorsqu’un environnement est dépourvu de présence humaine et les pressions anthropiques, les dynamiques évolutives changent rapidement et la faune tend à se recoloniser et à réoccuper les milieux naturels. L’autre information intéressante est justement le « dilution » des gènes du porc au fil du temps, ce qui, grâce au rétrocroisement d’hybrides, conduit à nouveau à la prédominance de la composante génétique sauvage du sanglier. Les hypothèses sur l’évolution de l’hybridation dans le temps, du moins dans le cas du croisement de porcs avec des sangliers, qui ont émergé du cas de Fukushima, seront très utiles aux biologistes qui s’intéressent également aux gestion de la faune et planifier des interventions ciblées.