« Les boutons sont meilleurs » : pourquoi Mercedes fait marche arrière sur le tout-écran, selon son responsable logiciel

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Qui a dit que le progrès consistait forcément à tout digitaliser ? Chez Mercedes, on remet justement les pendules à zéro (ou plutôt les boutons sur les tableaux de bord) ! Après avoir tout misé sur l’épure tactile, les mythiques boutons physiques font leur grand retour, menés par une conviction bien étayée : les boutons sont… meilleurs. On vous explique pourquoi, selon le responsable logiciel de la marque, la guerre du tout-écran connaît sa première grande défaite.

Le règne du tactile… et ses limites

Pendant des années, la tendance était claire : plus il y avait d’écrans, plus la voiture paraissait technologique. Mercedes ne faisait pas exception à la règle. Avec le système MBUX Hyperscreen, la marque allemande avait impressionné tout son monde. Imaginez une dalle colossale de 1,41 mètre qui s’étale sur tout le tableau de bord : la promesse était belle – tout passait sur l’écran, du réglage de la climatisation à la navigation. Adieu, les vieilles touches, place aux menus numériques sophistiqués.

Si cette approche était adoptée par de nombreux concurrents, elle a fini par montrer ses limites. Les boutons physiques ont été relégués au second plan, parfois même rayés de la carte. Mais à trop vouloir centraliser la commande, l’ergonomie peut y perdre… et le conducteur aussi.

Le retour des boutons : sécurité et bon sens

Avec l’arrivée des nouveaux GLC et CLA Shooting Brake, Mercedes change son fusil d’épaule (pas besoin de permis de chasse, rassurez-vous). Le constructeur redessine ses volants pour réintégrer des molettes, roulettes et, sacrés boutons physiques ! Ce revirement n’est pas le fruit de la nostalgie, mais d’un constat pragmatique. Magnus Östberg, responsable logiciel du groupe, l’assure : « les boutons sont meilleurs ».

Derrière l’aveu, ce sont les données d’usage qui parlent. La meilleure recette serait, selon lui, le mélange des deux mondes : interfaces tactiles pour la sophistication numérique, commandes physiques pour ce qui compte vraiment. Cette hybridation offre le meilleur compromis entre sécurité et ergonomie.

La sécurité, justement, est un argument de poids. Euro NCAP, l’organisme phare en matière de sécurité automobile, demande désormais que des commandes physiques soient conservées pour les fonctions de base (clignotants, ventilation…) si une voiture veut prétendre à la fameuse note maximale de cinq étoiles. Mercedes n’est donc pas simplement en train de céder à la mode rétro ; elle écoute aussi les exigences structurelles du secteur.

Adapter l’interface à la diversité des marchés

Le choix des boutons n’est pas universel. Mercedes adapte sa stratégie à la réalité de ses clients. En Europe, la majorité aurait une préférence marquée pour la présence de commandes physiques. Pour les marchés asiatiques cependant, le goût va clairement aux écrans et au contrôle vocal, question de culture ou d’habitude technophile.

Les futurs SUV de Mercedes pourraient donc embarquer davantage de commandes physiques, profitant de leur habitacle spacieux et des demandes spécifiques de la clientèle locale. Ce n’est plus du copier-coller mondial, c’est du sur-mesure automobile !

  • Boutons et molettes mieux acceptés en Europe
  • Préférence pour le tactile et le vocal en Asie
  • Évolution qui s’inscrit dans une adaptation globale aux attentes et usages

Un mouvement généralisé, mais des positions qui divergent

Mercedes, pionnière dans cette contre-tendance ? Pas vraiment seule, en tout cas. Volkswagen a, lui aussi, commencé à réintroduire des boutons mécaniques après la déferlante tactile. À Munich, fini les boutons capacitifs : la marque a dévoilé un nouveau design qui remet les vraies commandes à l’honneur, salué après des critiques parfois cinglantes sur le tout-écran jugé difficile à manier.

La mode des boutons, pourtant, ne fait pas l’unanimité. Mazda, par exemple, prend le contrepied. Après des années à privilégier les petits écrans et les boutons traditionnels, la marque japonaise confie aujourd’hui les commandes essentielles de son CX-5 2025 à une large dalle tactile centrale. Comme quoi tout le monde ne rame pas dans le même sens !

Malgré cette grande valse, les écrans ne vont pas disparaître pour autant. Gordon Wagener, patron du design chez Mercedes, le martèle : le logiciel demeure essentiel et la référence, dans l’esprit de la marque, reste Apple côté expérience utilisateur. Autrement dit, Mercedes garde ses écrans Hyperscreen imposants, tout en y greffant des boutons pour les fonctions les plus utilisées.

En résumé, le futur de la voiture connectée sera hybride ou ne sera pas. Le bouton, loin d’être un dinosaure, prouve qu’il sait évoluer et séduire dans le cockpit du XXIe siècle. La prochaine fois que vous enclencherez le chauffage sans quitter la route des yeux, pensez-y : un simple bouton peut être la touche finale… de la sécurité !