Les 3 victoires manquées les plus sensationnelles de l’histoire du Festival de Sanremo
Participer au Festival de Sanremo est déjà une victoire en soi. Ce n’est pas une consolation banale et triste, mais la vérité. Il est vrai aussi qu’il y a des chansons qui auraient mérité des places plus élevées dans le classement. Injustement pas sur le podium ou, dans certains cas, injustement pas gagnant. Quels sont-ils?
Ceux qui participent au Festival de Sanremo ont un retour considérable (y compris économique). Nous parlons tout d’abord de visibilité. Soyons clairs : en 2025, l’événement a été vu par une moyenne de 12 047 000 téléspectateurs, soit une part de 66,38 % et avec des pics très élevés. Des chiffres impressionnants. Toute une série d’événements sont liés à la participation au Festival de Sanremo : l’album, sa promotion, la tournée, etc. Bref : une machine assez grosse qui bouge (à part « ce ne sont que des chansons »). Après avoir clarifié ce principe nécessaire, il n’en reste pas moins que le Festival de Sanremo est, fondamentalement, un concours.
Avec les différents rongeur annexes. Des fans, mais pas seulement. Des musiciens de l’orchestre (vous vous souvenez quand ils jetaient les partitions en l’air ? C’était en 2010). Mais aussi des critiques musicaux et des journalistes, dont moi-même. Voici trois cas – au cours des 15 dernières années – qui ont fait sensation.
« La Cura Per Me » de Giorgia hors du podium
Le plus récent est bien entendu celui de Giorgia. L’auteur-compositeur-interprète romain – la plus belle voix du panorama musical italien actuel, a-t-on envie de le dire ? – revient sur la scène Ariston avec « La Cura Per Me ». Vous connaissez très bien cette étape. En 1993, il participe pour la première fois au concours (section Jeunesse) et triomphe immédiatement avec « Nasceremo ». Il a ainsi accès à Nuove Proposte où, l’année suivante, il participe avec « E poi ». Elle termine septième. Douche froide. Il se rattrape immédiatement et gagne avec « Come saprei ». En 96, troisième place avec le beau « Strano il mio destiny », tandis qu’en 2001 médaille d’argent avec un autre grand succès : « Di sole e d’azzurro » (première place pour Elisa avec « Luce : tramonti a nord est »). Puis une longue pause jusqu’à son retour en 2023 avec une chanson pas très Sanremo, intitulée « Parole dette male ». Deux ans plus tard, en effet, « La Cura Per Me ».
La chanson – écrite par Giorgia, Blanco et Michele Zocca – est un grand retour (contenue plus tard dans l’album « G »). Une ballade intense, avec un refrain entraînant. Moderne mais qui ne trahit pas l’histoire et le style de Giorgia. Au contraire, il le renouvelle. Aujourd’hui, un an après le Festival, elle fait partie des chansons les plus appréciées de l’événement et, on peut le dire avec certitude, l’une des plus appréciées de tout le répertoire de l’auteur-compositeur-interprète.
Plus de 400 000 exemplaires vendus, 67,5 millions de streams sur Spotify. Une misérable sixième place à Sanremo. « Miser » non pas parce que le positionnement n’est pas bon (sur 30 chansons, pas mal), mais parce qu’il aurait mérité bien plus. Au lieu de cela, Olly a gagné avec « Balorda Nostalgia », une chanson qui – selon les chiffres – a en fait eu un grand succès (ici les exemplaires sont à 600 000, et les streams doublent ceux de « La Cura Per Me »). Une chanson très appréciée notamment des jeunes. Mais je n’étais pas d’accord avec le verdict. Giorgia méritait plus. Si ce n’est la victoire, du moins la médaille d’argent. Et plutôt hors du podium.
« Temps infinis » de Lorenzo Fragola
Un pas en arrière. Festival de Sanremo 2016. Carlo Conti accueille. À ses côtés se trouvent : Gabriel Garko, Madalina Ghenea et Virginia Raffaele. Les 3 premières chansons sur le podium sont : « Un giorno mi dirai » de Stadio, « No degré de séparation » de Francesca Michielin et « Via da qui » de Giovanni Caccamo et Deborah Iurato. Sans rien enlever à Stadio et à sa belle carrière, il y a une chanson qui aurait mérité bien plus (à part celle de Michielin elle-même). Et c’est « Les temps infinis » de Lorenzo Fragola. Né en 1995, vainqueur de la huitième édition de X Factor, Fragola a – parmi ses particularités – une forte sensibilité. Dans « Infinite Volte », tout est apparu. Avec plus de 50 000 exemplaires vendus, la chanson se classe à la 5ème place. Un bon résultat, mais certainement pas tout à fait juste. Une ballade romantique, nostalgique et mélancolique. Absolument « Sanremo », entre autres.
Cette fois aussi : sinon la victoire, du moins le podium aurait dû lui être accordé. Peut-être au lieu de « Partez d’ici » ; non pas que ce ne soit pas un bon morceau, mais il n’avait pas le même caractère que « Infinite Volte ». Depuis ce moment – en raison de vicissitudes personnelles mais aussi du choix du directeur artistique en poste – Fragola n’est plus jamais revenu sur la scène Ariston. Dommage, ça serait bien de pouvoir l’écouter à nouveau là-bas prochainement.

« La nuit » d’Arisa
De retour : Festival de Sanremo 2012. Gianni Morandi anime avec Rocco Papaleo et Ivana Mrazova. Cette fois, la direction artistique est confiée à Gianmarco Mazzi (actuel sous-secrétaire d’État du ministère de la Culture du gouvernement Meloni). Le podium est entièrement féminin : Emma première avec « Non è l’Inferno », Arisa deuxième avec « La note » et Noémi troisième avec « Sono solo parole ». Nous reviendrons très prochainement sur Noémi, car son cas est « particulier ». Mais c’est sur la deuxième place d’Arisa que nous souhaitons nous concentrer. L’artiste lucanien s’en sort bien avec les votes de l’orchestre, moins bien avec le vote télévisé où Emma est inaccessible.
Pour la salle de presse, Noémi doit gagner. Pour le télévote en revanche, c’est Emma (49,63% des voix). Ainsi « Non è l’Inferno » est la chanson gagnante du Festival. Ce n’est pas surprenant étant donné que le chanteur des Pouilles (qui est en fait né à Florence, le saviez-vous ?) avait récemment triomphé à Amisle concours de talents animé par Maria De Filippi dans lequel la connexion avec le public est un ingrédient principal. La chanson est dans le style parfait d’Emma. Écrit par Francesco Silvestre dei Modà, il se concentre sur les difficiles conditions sociales et de travail en Italie. 2 fois platine mais certainement pas une des meilleures chansons d’Emma (il y en a des moins ‘célèbres’ qui sont des petites perles. Un exemple ? « Intervallo », écoutez-le). Mais c’est vraiment dommage pour Arisa. Ce qui, d’ailleurs, se vend davantage avec « La Notte » qui reste – dans son cas oui – l’une de ses plus belles chansons de tous les temps. Il récidivera avec « Controvento » quelques années plus tard (non pas parce que la chanson était meilleure mais parce que rien d’autre ne se démarquait des autres chansons).

Le « cas » Noémi.
Enfin le chapitre Noémi. Roman, née en 1982, son vrai nom est Veronica Scoppelliti. Egalement ancien de X Factor, quelques programmes TV, tournées, à la radio (également en tant que présentateur) et 8 fois au Festival de Sanremo. Elle n’a jamais gagné, même si elle s’en est approchée. En 2012, en effet, Noemi a présenté sur la scène Ariston l’une de ses chansons les plus incisives : « Sono solo parole ». Double platine, l’auteur est Fabrizio Moro (pas exactement le premier à arriver). Deux ans plus tôt, elle était arrivée quatrième avec « Per tutto la vita », une autre merveilleuse chanson de Noemi.
Sa voix puissante, rauque et unique n’a jamais réussi à être reconnue sur la scène du Théâtre Ariston. Pourtant, il a interprété de belles chansons, qui n’ont même pas frôlé le podium. Des exemples ? « N’arrête jamais de me chercher », en 2018. Mais aussi « Si tu tombes amoureux, tu meurs », la belle ballade présentée l’année dernière. Une 13ème place injuste.
Pourquoi alors se place-t-il chaque année dans des positions qui ne lui rendent pas justice ? grande question. J’essaie de résumer. D’une part, il y a un timbre si reconnaissable que, malgré des chansons de qualité, il peut toujours paraître stylistiquement identique. Comme s’il fallait quelque chose de très différent pour remporter la victoire. Bref : l’effet de surprise – après des années de carrière et avec une voix aussi typée – est plus difficile à obtenir. Et puis des concurrents plus forts en matière de vote télé. Quelques données : lors de la dernière soirée de l’année dernière, Noémi était à la neuvième place pour la radio, et aussi pour la salle de presse. Pour le télévote, cependant, le 21.
Au final, les classements restent des classements. Un verdict oui, mais peut-être provisoire, annulé dans les mois suivants. Les véritables succès se mesurent ensuite au fil du temps, dans la capacité à susciter l’enthousiasme même après des années. Pourtant, malgré tout, il reste un peu d’amertume face à ces victoires manquées. Pour ces chansons qui méritaient vraiment plus.

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