Le gouvernement pro-européen est tombé en Roumanie

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Une alliance inhabituelle met fin à une expérience politique pro-européenne. Le Parlement roumain a voté une motion de censure à l’égard du gouvernement dirigé par le Premier ministre Ilie Bolojan, approuvant une motion de censure présentée par les sociaux-démocrates et le parti d’extrême droite Alliance pour l’unité des Roumains (Aur), tous deux dans l’opposition. Aujourd’hui, des scénarios d’instabilité politique et géopolitique s’ouvrent pour ce pays d’Europe centrale et orientale.

Le vote du Parlement

La motion a été approuvée mardi 5 mai et a obtenu 281 voix pour, bien au-dessus du seuil requis de 233. Les parlementaires du Parti social-démocrate (PSD) et des forces de l’opposition ont notamment voté pour la chute de l’exécutif. Le gouvernement reste désormais en place avec des pouvoirs limités à l’administration ordinaire jusqu’à la formation d’un nouvel exécutif.

La chute de l’exécutif intervient au terme d’une crise politique ouverte ces dernières semaines, culminant avec le retrait du soutien du PSD, qui avait dénoncé la perte de la majorité parlementaire et de fortes divergences sur la ligne économique du gouvernement. Le gouvernement Bolojan a pris ses fonctions en juin 2025 comme une coalition pro-européenne composée de plusieurs forces politiques : les transfuges du PSD (seule formation de centre-gauche majoritaire), les libéraux conservateurs du Parti national libéral (Pnl), les conservateurs de droite de l’Union pour sauver la Roumanie (USR) et le parti de la minorité hongroise (à droite) l’Union démocratique hongroise de Roumanie (UDMR).

Consultations pour le nouveau Premier ministre

La coalition a progressivement perdu sa cohésion sur des questions clés telles que les réformes budgétaires et la gestion du déficit. Le passage au PSD d’opposition a été décisif, qui a d’abord retiré ses ministres puis a soutenu la motion avec d’autres forces politiques, y compris les ultranationalistes d’Aur. Lors du débat parlementaire, l’opposition a accusé le gouvernement d’avoir aggravé la situation économique, invoquant l’inflation, le ralentissement de la croissance et la réduction du pouvoir d’achat.

Bolojan a rejeté les critiques, qualifiant la motion de « cynique et artificielle », affirmant les mesures prises pour contenir le déficit. Avec l’approbation de la loi parlementaire, le gouvernement reste en fonction uniquement pour les affaires courantes, avec des pouvoirs limités, jusqu’à la formation d’un nouvel exécutif. Selon la Constitution, le président de la République Nicusor Danm devra désormais entamer des consultations avec les partis pour désigner un nouveau candidat au poste de Premier ministre, qui aura pour tâche d’obtenir la confiance du Parlement. Les scénarios restent incertains : les hypothèses incluent la formation d’un nouveau gouvernement de coalition, un exécutif minoritaire ou, en cas d’impasse prolongée, le recours à des élections anticipées, même si cette dernière option reste difficile à mettre en œuvre.