Le blocus du détroit d’Ormuz menace l’agriculture : impact sur les engrais

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le Détroit d’Ormuz ce n’est pas seulement crucial pour le commerce des combustibles fossiles : environ un tiers des commerce mondial d’engrais par voie maritime passe par cette route : nous parlons d’un millions de tonnes par mois de matières premières essentiel pour l’agriculture moderne : ammoniac, urée, phosphates et soufre. Ces produits sont transportés presque exclusivement par voie maritime : en effet, il n’existe pas d’infrastructures terrestres alternatives à grande échelle pouvant remplacer rapidement le passage par le détroit. Une réduction prolongée des matières premières nécessaires à la production des engrais – et du gaz naturel nécessaire à leur production – peut entraîner des risques alimentaires pour plusieurs économies mondiales déjà fragiles de ce point de vue, comme le Brésil, l’Inde et certains pays africains.

Le problème ne concerne pas seulement les matières premières, mais aussi la production

Les engrais sont des produits fondamentaux pour la production alimentaire : ceux azoté, par exemple, ils sont essentiels pour des cultures comme le blé, le maïs et le riz, car ils fournissent azotel’un des nutriments essentiels à la croissance des plantes. Sans un approvisionnement adéquat, les rendements peuvent diminuer même de 30-50% en fonction des cultures. Ce n’est pas un hasard si environ un tiers des coûts de production agricole sont liés aux engrais. Sans cette dernière, les rendements chutent, générant des effets directs sur la disponibilité alimentaire. Le lien entre Ormuz et engrais elle est encore plus étroite lorsqu’on considère l’origine de ces produits. En fait à propos du 45% de la production mondiale de urée, l’un des engrais les plus utilisés dans le secteur agricole provient de la région Golfe Persique.

Un point clé à clarifier est que de nombreux engrais, notamment azotés, sont dérivés de gaz naturel: le gaz sert donc à la fois de matière première et de source de énergie produire ammoniac. Cela signifie que toute tension énergétique se reflète automatiquement dans la disponibilité des engrais. Le golfe Persique est l’un des principaux centres de production de matières premières essentielles à l’agriculture moderne : ammoniac, urée, phosphates et soufre.

Mais le problème ne concerne pas seulement le transport : il concerne également production. Le blocus du détroit empêche non seulement les exportations, mais aussiaccès aux matières premières nécessaire pour produire des engrais. Dans certains pays, comme l’Égypte, la réduction des approvisionnements en gaz a déjà affecté les usines d’urée, tandis qu’en Asie du Sud – Inde, Bangladesh et Pakistan – plusieurs entreprises ont dû ralentir ou arrêter leur production en raison du manque d’actifs énergétiques.

Les conséquences du blocus : hausse des prix et marchés sous pression

Les premières conséquences d’une fermeture ou d’une limitation sévère du trafic maritime se font déjà sentir dans les prix. Le prix de l’urée a augmenté d’environ 30%, atteignant des sommets supérieurs à 600 dollars par tonne. Sur certains marchés, les augmentations ont dépassé 40 %.

Ces augmentations de prix ne sont pas seulement un problème de marché, mais génèrent un effet domino à travers le monde. chaîne d’approvisionnement agroalimentaire : en fait, lorsque les engrais deviennent plus chers ou rares, les agriculteurs ont tendance à en réduire leur utilisation. À moyen terme, cela pourrait se traduire par des rendements inférieurs et des prix alimentaires plus élevés. Selon le Carnegie Endowment for International Peace, la réduction de l’approvisionnement en engrais peut affecter directement la production agricole et donc lainflation alimentaire. Un point clé qui rend cette crise particulièrement critique est l‘élément temps. Les engrais ne peuvent être utilisés à aucun moment de l’année, mais doivent être appliqués à une période précise, celle de semis. En Europe et dans de nombreuses autres zones agricoles, agriculteurs ils achètent ces produits entre mars et avril pour les utiliser dans les mois qui suivent immédiatement.

Si à ce stade les engrais n’arrivent pas ou deviennent trop chers, les dégâts ne sont pas récupérables. Les agriculteurs sont obligés de réduire les surfaces cultivées ou d’abandonner certaines récoltes. Les conséquences commencent à se faire sentir sur le moyen-long termedans les mois suivants, lorsque les récoltes sont plus pauvres. Même en cas de réouverture rapide du détroit d’Ormuz, le retour à la normale prendrait du temps. Là production, transport et distribution les apports d’engrais ne démarrent pas immédiatement et ce retard suffirait à compromettre toute une campagne agricole.

Dépendances mondiales et risques pour la sécurité alimentaire

Un autre élément critique concerne la dépendance géographique de certains pays, comme l’Inde et le Brésil, qui importent une part importante d’engrais du Moyen-Orient et sont donc particulièrement exposés aux conséquences d’un blocage total ou partiel des approvisionnements. Même beaucoup économies africaines, déjà fragiles du point de vue alimentaire, elles risquent de subir de graves répercussions. Dans certains cas, la crise ne concerne pas seulement les transports : le manque de gaz naturel oblige à fermer les usines locales de production d’engrais.

Suite à cette nouvelle et à la hausse des prix, certains gouvernements commencent à prendre des mesures pour protéger leurs économies de cette crise. Là Chinepar exemple, a décidé de puiser dans ses réserves stratégiques d’engrais pour éviter les pénuries pendant la saison des semis. Il s’agit d’une mesure extraordinaire qui montre que la crise ne se limite pas aux marchés, mais qu’elle les influence déjà. politiques agricoles nationales. Des interventions urgentes sont également en cours d’évaluation en Europe : Commission européenne a ouvert la possibilité de suspendre temporairement les devoirs surimportation d’ammoniac et d’uréedans le but de réduire les coûts pour les agriculteurs d’environ 60 millions d’euros. Il s’agit cependant d’une mesure provisoire, destinée à atténuer les effets immédiats, en attendant des solutions structurelles qui sont encore en cours de définition.