L’Australie interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, c’est le premier pays au monde : raisons et doutes

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

En Australie, il est illégal d’utiliser les réseaux sociaux pour toute personne de moins de 16 ans.. Il s’agit de la première « interdiction » de ce type au monde : une décision sans précédent soigneusement observée par les gouvernements et les régulateurs du monde entier, à laquelle certains adolescents ont déjà eu recours. L’objectif de la loi, entrée en vigueur aujourd’hui, mercredi 10 décembre 2025vise à réduire l’exposition aux contenus préjudiciables chez les jeunes. Le gouvernement de Canberra déclare en effet vouloir atténuer l’impact négatif du «des fonctionnalités de conception de médias sociaux qui encouragent (les jeunes) à passer plus de temps devant les écrans, tout en proposant du contenu susceptible de nuire à leur santé et à leur bien-être». Dans cette étude, nous les analyserons de plus près motivations derrière la législation, qui ne punit pas les mineurs mais impose la charge de vérifier l’âge des utilisateurs sur les plateformes. Nous verrons également quels sont les principaux des doutes sur la faisabilité de la chosecomme ceux liés aux risques pour la vie privée, à la possibilité d’échapper aux contrôles via VPN ou de faux comptes et à la couverture limitée de la mesure.

Parce que l’Australie a interdit les réseaux sociaux aux enfants de moins de 16 ans

Pour comprendre le raisons derrière la loi australienne qui interdit l’utilisation des médias sociaux aux moins de 16 ansnous mentionnons une étude de Essai technologique d’assurance contre l’âge mis en service début 2025 selon lequel 96% des jeunes de 10 à 15 ans ont utilisé les réseaux sociaux et que 7 d’entre eux sur 10 avaient été exposés à des contenus préjudiciables, notamment des contenus misogynes, violents, des contenus faisant la promotion des troubles de l’alimentation, voire du suicide. Dans 1 cas sur 7, des situations dangereuses ont été révélées, comme une sollicitation de la part d’adultes, et au moins 5 utilisateurs sur 10 parmi les participants à l’étude ont été victimes de cyberharcèlement.

Face à un tableau aussi inquiétant, l’exécutif a introduit un seuil d’âge minimum qui, techniquement, ne constitue pas une interdiction pour les mineurs, étant donné qu’il ne prévoit pas de sanctions pour eux ou leurs parents : il s’agit plutôt d’une obligation imposée aux plateformes qui fournissent ces services en ligne à prendre des mesures réalistes pour maintenir les moins de 16 ans hors de leurs écosystèmes. Concernant ces derniers, tous ceux qui satisfont à trois conditions entrent dans le champ d’application de la disposition :

  1. Permettre interactions sociales entre les utilisateurs.
  2. Permettre connexions ou visibilité mutuelle.
  3. Offrir la possibilité de publier du contenu.

C’est le liste des plateformes identifiées comme réseaux sociaux inutilisables des moins de 16 ans par le Commissaire à la sécurité électroniquel’agence gouvernementale australienne indépendante chargée de réglementer la sécurité en ligne :

Sont exclus les services qui ne sont pas principalement basés sur la socialité (par exemple YouTube Kids, Google Classroom ou les applications de messagerie « pures »), mais aussi certaines plateformes clairement sociales, comme LinkedIn (cette dernière exclue, très probablement en raison du fait qu’elle est utilisée principalement par les professionnels et les travailleurs en général). Il faut cependant aussi dire que les plateformes hybrides, celles qui combinent messagerie et fonctions sociales (voir WhatsApp et Telegram) pourraient facilement rentrer dans la définition de « réseau social » étant donné qu’elles ont des fonctions qui penchent vers cette dernière direction (comme l’État). Leur absence sur la « liste noire » du gouvernement australien pourrait créer une frontière interprétative pas toujours claire et parfaitement cohérente.

Des doutes sur la faisabilité de « l’interdiction des médias sociaux » australienne.

Les grandes entreprises technologiques impliquées ont salué la loi australienne avec une certaine hostilité. Certains, comme YouTubeprétendent qu’il ne s’agit pas de véritables « réseaux sociaux » et affirment que la réglementation pourrait pousser les jeunes vers des modes d’utilisation non surveillés, par exemple en se connectant sans compte et en perdant ainsi les filtres de sécurité. D’autres, comme Moitiéont lancé des processus pour désactiver les comptes des adolescents, tout en reconnaissant que l’ensemble de l’écosystème pourrait s’avérer incohérent : les enfants pourraient migrer vers d’autres services qui ne sont pas actuellement sous l’objectif du gouvernement de Canberra, ou créer des comptes via des VPN et des identités alternatives.

Les critiques les plus importantes concernent toutefois confidentialité: Faire respecter efficacement la limite d’âge nécessite d’énormes quantités de données, notamment documents d’identité et informations biométriqueset dans un pays qui a subi d’importantes failles de cybersécurité ces dernières années, le sujet est assez sensible. Le gouvernement, pour défendre sa position, fait valoir que toutes les informations collectées à des fins de vérification de l’âge devront être détruites après vérification, sous peine de sanctions sévères en cas d’utilisation abusive. S

toujours au sujet des sanctions, ont été soulevées des doutes sur l’utilité réelle de ceux infligés aux plateformes en cas de non-conformité. L’ancien dirigeant de Facebook, Stephen Scheelera déclaré que «Il faut environ une heure et 52 minutes à Meta pour réaliser un chiffre d’affaires de 50 millions de dollars australiens.». De ce fait, ce qui peut avoir un effet dissuasif, c’est d’infliger la peine maximale (49,5 millions de dollars australiensl’équivalent d’environ 28,2 millions d’euros) à un tel géant ?

Enfin, il reste le l’essentiel de l’efficacité réelle de la mesure. Les critiques estiment qu’une approche basée uniquement sur la restriction de l’accès ne suffit pas à atténuer les risques et que des programmes éducatifs plus robustes auraient un plus grand impact à long terme.

Quoi qu’il en soit, il sera intéressant de voir comment l’approche utilisée par l’Australie peut influencer d’autres pays. Pour n’en nommer que quelques-uns, le Danemark a annoncé son intention d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ainsi que le Norvège envisage une solution similaire. Nous verrons.