La moto la plus chère de tous les temps vient d’être vendue : un record historique qui bouleverse le marché des deux-roues anciens

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le monde de la collection moto vient de vivre un séisme : la vente d’une Cyclone 1915 pour une somme à faire pâlir n’importe quel portefeuille, ou faire sauter le bouton du jean des collectionneurs ! Pourquoi un tel engouement pour une vieille deux-roues ? Parce que derrière le métal vibre une légende, et que l’histoire réécrit parfois le marché, un million à la fois.

Une vente historique qui pulvérise tous les records

Le 1er février, au cœur de la Mecum de Las Vegas, une Cyclone 1915 a marqué l’Histoire : elle est partie pour 1,32 million de dollars. C’est la moto la plus chère jamais vendue aux enchères, la première à franchir la barre mythique du million. Jusqu’ici, aucune moto n’avait atteint de telles sphères. Cette Cyclone, elle, n’a pas juste franchi le plafond, elle l’a explosé.

À première vue, cette somme a de quoi donner le vertige. Peut-être même l’impression d’un caprice de milliardaire. Mais réduire ce phénomène à une question de grosse monnaie serait manquer l’essentiel. Car la valeur, ici, dépasse la simple addition de chiffres : elle touche à la rareté, à l’ingénierie et à l’histoire. Acquérir une Cyclone, c’est décrocher un morceau de passé qui a changé la trajectoire du futur. La course effrénée vers la vitesse n’aurait sans doute pas eu la même saveur sans elle.

L’audace technique et le destin d’une pionnière

Revenons un peu en arrière, aux balbutiements du 20e siècle ! Andrew Strand fait son entrée chez Hendee Manufacturing Company en 1910, d’abord simple dessinateur affamé d’innovation. Son idée folle ? L’arbre à cames en tête. À l’époque, les motos tenaient plus du bricolage de pionnier que de l’ingénierie de précision, et cette idée relevait presque de l’hérésie mécanique. Pourtant, il parvient à faire valider son projet, qui prend forme sous la tôle d’un V-Twin de 996 cm³ crachant 45 chevaux : un monstre pour l’époque, quand ses rivales plafonnaient à la moitié !

Avec la Cyclone flirtant avec les 160 km/h, les concurrentes les plus vénérées, Harley-Davidson et Indian, semblaient soudain bien timides sous la barre des 100 km/h. Destinée à conquérir les circuits de vitesse, la Cyclone dominait les pistes entre 1913 et 1916, portée par la Joerns Motor Manufacturing Company de Saint Paul, Minnesota. Mais son progrès avait son talon d’Achille : un moteur trop en avance sur les matériaux de son temps, et donc… fragile. Ajoutez la dureté des courses, l’imminence de la guerre et des coûts élevés, et le rêve se dissipe. Trois ans plus tard, la marque s’évanouissait, laissant ses survivantes auréolées d’un mythe irrésistible.

Des pièces rarissimes, restaurées avec amour

Aujourd’hui, il ne subsiste que 14 exemplaires de la Cyclone, dont 5 sont des machines de course. Celle qui a brillé à Las Vegas a bénéficié d’un restauration exceptionnelle par Stephen Wright, sommité du monde de la moto d’époque. Grâce à lui, elle a retrouvé toute sa superbe originelle, ce qui, bien entendu, a propulsé sa valeur dans la stratosphère. Ici, ni la technique, ni la vitesse pure ne priment : c’est la force du récit qui traduit la rareté. On parle d’une époque où les motos rugissaient sur des pistes de bois, où chaque virage fl irtait avec la mort et où le progrès sentait la prise de risque.

  • Le précédent record était tenu par une Harley-Davidson Strap Tank de 1908 : 935 000 dollars (2023)
  • La Vincent Black Lightning de 1951 avait atteint 929 000 dollars (2018)
  • La Cyclone ne s’est pas contentée de dépasser ces chiffres, elle les a réduit en poussière d’aérodrome

Paul d’Orleans, historien et maître d’orchestre du blog The Vintagent, le confirme : la Cyclone dépasse tous les records, qu’ils soient publics ou privés ! Mieux : elle surpasse même la fameuse Captain America Chopper rachetée par Paul Allen (Microsoft) pour 1,3 million, ou la Triple Crown Speedway dorée d’Ivan Mauger, vendue 1,26 million !

Vers un nouvel âge d’or : investissement, assurance et prestige

La vague Cyclone a déferlé sur les autres lots. À la Mecum 2025 :

  • La Crocker Twin de 1938 s’est envolée à 880 000 dollars (un record pour le modèle)
  • La Minneapolis Single de 1914 : 264 000 dollars
  • La De Dion-Bouton Tricycle (1898) : 165 000 dollars, la plus chère de sa catégorie

Oubliez l’idée de sortir ces bijoux pour la balade dominicale ! À ce niveau, ces motos se couvrent de polices d’assurance à cinq chiffres, le moindre aléa étant anticipé comme un coureur lors d’un départ lancé. Il y a peu, les assureurs jugeaient ce marché trop marginal pour investir. Désormais, posséder une pièce unique n’est plus un simple plaisir, c’est afficher la médaille d’honneur de la collection de prestige ! Les contrats spécialisés peaufinés dans leurs moindres détails ont enfin pris tout leur sens.

L’édition Las Vegas 2025 prouve que le segment investisseur prend le pas sur la simple passion. La collection de motos anciennes devient un actif à part entière, tout aussi prisé que l’art ou les bijoux de luxe. Les prix montent, même pour les modèles moins célèbres comme la Williams Clady de 1915, et face à la raréfaction des Harleys, Indians ou Crockers, la concurrence entre collectionneurs grimpe d’un cran. La Cyclone 1915 vient de poser une nouvelle borne, mais d’autres l’attendent déjà sur la ligne de départ…

Un conseil pour finir ? Si vous avez une vieille moto dans le garage, c’est peut-être le moment de jeter un œil… Qui sait, vous tenez peut-être entre vos mains un bout d’Histoire prêt à bouleverser votre destin, ou à tout le moins votre assurance auto !