Instituts techniques : l’italien est-il un luxe ?
La révision du calendrier des instituts techniques, défini par le ministère de l’Éducation, a été approuvée cette semaine. Le changement s’inscrit dans les objectifs du Pnrr et vise à actualiser les programmes de ces écoles afin que les enfants soient mieux préparés au monde du travail. Par conséquent, il est présenté comme une modernisation nécessaire pour créer un pont entre l’école et le travail.
On part donc de l’idée qu’un institut technique a pour fonction principale celle d’introduire l’étudiant sur le marché dès la fin de ses études. Cela est en partie vrai, car ces écoles dispensent une préparation technique, qui vous permet d’exercer immédiatement le travail pour lequel vous avez acquis des compétences et des aptitudes spécifiques.
Seul le travail est mis au centre
En même temps, ce sont aussi des écoles qui préparent de futurs ingénieurs, informaticiens, architectes, scientifiques : des jeunes qui s’inscriront ensuite à l’université, où ils devront (au moins, en théorie) démontrer qu’ils possèdent également des compétences linguistiques adéquates et des connaissances de base de culture générale.
Cependant, précisément dans le but de mettre le travail au centre, les horaires ont été revisités et le domaine de l’enseignement général (matières comme l’italien, l’histoire, les mathématiques de base) est réduit, en donnant la priorité aux disciplines techniques et aux laboratoires. Dans certaines régions, seule une heure par semaine est prévue pour la géographie ; dans d’autres, il y aura une heure d’italien de moins, soit trois par semaine.
Pourquoi travail et culture devraient-ils être opposés ?
Il existe donc un contraste entre culture et travail qu’il ne faut pas envisager. Pourquoi se préparer au monde du travail signifierait-il être moins conscient, moins capable de décoder les textes et les sous-textes, moins maître du langage et de l’articulation du raisonnement ? Il n’est pas faux de vouloir préparer les étudiants à rejoindre l’entreprise ; Tout le monde n’est pas obligé d’obtenir un diplôme et travailler immédiatement permet d’être indépendant et d’évoluer.
Cependant, on ne voit pas clairement pourquoi cela devrait être associé à une réduction des matériaux de base. Les heures d’italien devraient être les mêmes partout, avec toutefois certaines différences dans le traitement des contenus : la compétence linguistique doit être garantie à tous les citoyens, car elle est essentielle pour être au monde, travailler ou non. Nous ne faisons que nous plaindre du grave déclin de la capacité des élèves à lire un texte complexe, à le comprendre, ainsi qu’à en produire un ; on répète toujours qu’ils disposent d’un vocabulaire limité, qu’ils ne maîtrisent pas la syntaxe, qu’ils n’en comprennent pas les nuances.
On parle beaucoup d’illettrisme fonctionnel, et puis…
Comment comptez-vous résoudre cette situation si vous considérez l’étude de la langue italienne comme inutile ? Sans cela, il n’est pas possible de maîtriser adéquatement une autre discipline : vous ne comprendrez pas pleinement ce que vous lisez, ce qu’on vous dit de faire, comment les questions sont posées et les tâches qui vous sont assignées, et vous ne pourrez pas vous exprimer pleinement lorsque cela est nécessaire. Il ne s’agit pas de ne pas vouloir d’élèves « ignorants » au sens classiste du terme : on peut bien sortir d’un technicien sans avoir étudié Dante par cœur comme on le fait (ou devrait le faire) dans un lycée classique. Ce n’est pas bien que vous n’ayez pas eu le temps d’étudier toutes les formes textuelles, les stratégies rhétoriques, les subtilités communicatives.
Par ailleurs, le décret prévoit également que certains enseignements seront confiés à des experts issus des entreprises. C’est-à-dire que l’enseignant, spécialement formé pour ce travail, est rejoint par un personnage qui n’a pas du tout les compétences nécessaires pour l’exercer. C’est vraiment inacceptable, car cela implique une nouvelle conception de l’éducation et donc une nouvelle façon de voir le rôle de l’école : non plus un lieu où l’élève est éduqué pour être un citoyen conscient et un adulte capable d’évoluer dans le monde, mais un laboratoire de préparation à la mentalité d’entreprise.
Une vision problématique de la préparation que doivent proposer les écoles
Il est clair que quiconque va travailler dans l’entreprise devra faire face à cette mentalité ; mais pourquoi l’apprendrait-il comme s’il s’agissait d’un élément essentiel de l’éducation citoyenne ? Ce n’est pas le cas : la formation doit être orientée vers le développement global de la personne, grâce à laquelle elle pourra évoluer au sein de l’entreprise et en apprendre la dynamique, ainsi qu’exercer d’autres métiers ou poursuivre ses études.
Les préoccupations des enseignants dans ce sens sont généralement minimisées, les attribuant à une réticence à progresser et à une jalousie à l’égard de leur rôle. Ne conviendrait-il pas plutôt de prendre en considération leur compétence dans les domaines pédagogiques et pédagogiques, et de tenir compte de leur jugement ?