Incroyable épopée : comment une grand-mère iséroise a réussi à cacher deux militaires dans sa grange pendant la Résistance, révélations sur le succès fou des chasseurs alpins

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Quand la résistance rencontre l’audace et l’humain : plongée dans les figures et les parcours atypiques du Vercors et de la région lyonnaise pendant la Seconde Guerre mondiale.

Des vies ordinaires, des choix extraordinaires

Les sentiers du Vercors et les rues de Lyon n’ont pas seulement résonné du bruit des bottes et des rafales, mais aussi des pas discrets, puis décidés, de résistants venus d’horizons bien différents. Prenez Pierre Rangheard, par exemple : né en 1910 à Maizières-lès-Brienne et disparu en 1995 à Lyon, ce militaire de carrière auréolé par la discrétion, n’a jamais vraiment cherché la lumière, préférant le camouflage, au propre comme au figuré. Son engagement dans le réseau CDM (Camouflage du Matériel) dès la création de l’Armée d’armistice, puis au sein du maquis du Vercors à partir du 6 juin 1944, le propulse dans la gestion des compagnies d’équipement et de munitions, un rôle loin de la fanfare mais vital. Organisateur minutieux des dépôts de munitions, il s’implique activement dans les combats contre les troupes allemandes. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une affaire de munitions : il prend part à l’enlèvement de 53 Tirailleurs sénégalais emprisonnés à La Doua, et participe à la Libération de Lyon, rien que ça.

Étudier, fuir, agir : itinéraires croisés de la jeunesse résistante

Les résistants partagent souvent un point commun : leur parcours de vie n’a rien de rectiligne. Claude Falck, né en 1918 au Brésil de parents français, doit son retour en France à une mère déterminée, échappant à un mari violent. De Paris à l’École Polytechnique, ses études brillantes se poursuivent sous la menace de la guerre, puis virent rapidement à la mobilisation : en septembre 1939, il rejoint l’École du Génie puis se retrouve projeté dans la débâcle française de 1940. Courage et sang-froid seront reconnus lors de la destruction d’un pont sous le feu ennemi – ce qui lui vaudra citation et Croix de guerre.

Mais l’heure n’était pas à la simple carrière militaire ! Rapidement, Falck refuse l’inactivité forcée et vise l’utilité. À Grenoble, il rejoint le bouillonnement résistant et, sous couvert d’un emploi technique, bascule dans la clandestinité. Sollicité par Yves Farge et Alain Le Ray, il forme maquisards et procure du matériel. Devenu « Blanchard », il concentre ses missions autour du Vercors, dirigeant la section du génie, instruisant les jeunes, et prenant part aux durs combats du plateau. En juillet 1944, lorsque le massif est encerclé, son groupe tente de s’échapper mais, hélas, tous seront capturés et tués le 24 juillet à Miribel-Lanchâtre, précipitant la douleur de sa famille et des siens. Sa bravoure est reconnue par la Croix de Guerre et, en 2020, la croix de Combattant Volontaire de la Résistance lui est attribuée à titre posthume.

Des parcours qui tracent les sillons de la liberté

Le fil de la résistance, c’est aussi :

  • Des compagnons d’armes issus de milieux variés, de la jeunesse éduquée aux travailleurs immigrés ou fils de syndicalistes, qui tous se retrouvent à l’épreuve de l’action et du danger.
  • Des figures emblématiques comme Jean Veyrat, cheminot de formation, ou des organisateurs s’investissant tant pour la logistique que pour la transmission de valeurs.
  • Un engagement collectif où sauvetages, sabotages, formation et combat s’imbriquent à l’image du groupe franc de Romans ou à travers le rôle crucial de la solidarité entre générations et nationalités.

Conclusion : mémoire de l’audace, devoir de transmission

Ces histoires – qui se croisent, s’ancrent dans la douleur et la victoire, la discrétion et l’héroïsme au quotidien – nous rappellent que le succès des résistants du Vercors, et par-delà, de tous les « chasseurs alpins » et compagnons de l’espoir, tient autant à leur détermination qu’à leur sens de l’improvisation et du réseau. Leur mémoire engage chacun, dans la lumière ou dans l’ombre, à ne jamais sous-estimer la puissance de gestes simples quand ils sont portés par la soif de justice et la solidarité.

Bref, si vous trouvez la bravoure discrète dans le regard d’une grand-mère ou l’assurance d’un jeune ouvrier, ne cherchez pas plus loin : la Résistance, c’était eux. C’est aussi par nous que leur flambeau vivra.