« Des progrès substantiels ont été réalisés » : les États-Unis suspendent les droits de douane sur les importations en provenance du Canada

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le président des États-Unis, Donald Trump, a décidé de suspendre pendant trois jours l’entrée en vigueur de nouveaux tarifs douaniers de 50 % sur certains produits canadiens, une mesure annoncée quelques heures avant leur application. Comme indiqué mardi soir, les prélèvements seraient suspendus jusqu’au 21 août, le temps que les deux gouvernements finissent de définir et de documenter les engagements pris lors des dernières négociations.

Depuis Ottawa, le premier ministre Mark Carney a adopté un ton plus prudent. Il a reconnu les progrès des négociations, mais a évité de présenter l’accord comme un pacte définitif. « Des progrès substantiels ont été réalisés, même s’il reste encore un travail important à accomplir », a-t-il déclaré dans un communiqué.

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L’une des questions les plus complexes reste celle du commerce des véhicules. Washington a proposé de réduire les droits de douane appliqués aux automobiles en provenance du Canada de 25 % à 15 %, tandis que le gouvernement Carney cherche à obtenir une réduction plus importante et des exceptions pour les composants fabriqués en Amérique du Nord.

La négociation couvre également d’autres secteurs sensibles. Washington exige des changements dans les conditions d’accès des produits laitiers américains au marché canadien et exige que les provinces canadiennes recommencent à commercialiser des boissons alcoolisées en provenance des États-Unis.

Le bureau du représentant américain au commerce, dirigé par Jamieson Greer, a noté que l’accord comprend un meilleur accès au marché pour les produits américains, des engagements liés à la sécurité économique et une plus grande coordination en matière de commerce numérique.

Cependant, le gouvernement canadien n’a pas confirmé publiquement tous ces points, de sorte que la portée définitive de l’accord éventuel reste encore ouverte.

Un impact d’environ 20 milliards de dollars

Les droits de douane suspendus auraient affecté environ 20 milliards de dollars d’importations canadiennes, soit l’équivalent d’environ 5,5 % des exportations canadiennes vers les États-Unis, selon les estimations citées lors des négociations. La liste des produits potentiellement concernés s’étend des biens industriels et des matériaux de construction aux produits du bois, en passant par le papier, les équipements électroniques et les articles de consommation, y compris les célèbres bâtons de hockey.

Le risque d’escalade était particulièrement important pour Ottawa en raison de sa forte dépendance commerciale à l’égard des États-Unis : environ 72 % de ses exportations de marchandises étaient destinées à cette destination l’année dernière.

Ensemble, les deux pays ont échangé près de 880 milliards de dollars de biens et de services, une ampleur qui explique la pression exercée sur les deux gouvernements pour éviter une rupture commerciale plus large.

Le litige va au-delà des nouveaux privilèges

La confrontation a lieu alors que les États-Unis, le Canada et le Mexique sont confrontés à la révision du Traité entre le Mexique, les États-Unis et le Canada (T-MEC), qui a remplacé l’ancien ALENA.

Pour imposer les nouveaux prélèvements contre le Canada, l’administration Trump a eu recours à l’article 338 du US Tariff Act de 1930, une disposition qui permet d’établir des tarifs allant jusqu’à 50 % lorsque Washington considère qu’un autre pays fait preuve de discrimination à l’égard des entreprises américaines.

Trump a également lié les négociations à l’avenir du pipeline Keystone XL, un projet annulé en 2021 sous la présidence de Joe Biden après des années d’opposition de groupes autochtones et d’organisations environnementales. Le président américain a assuré que l’infrastructure pourrait être ressuscitée, sans toutefois donner de détails sur une éventuelle réactivation.

Le délai étant prolongé jusqu’au 21 août, Washington et Ottawa disposent désormais de trois jours pour transformer les progrès annoncés en engagements concrets. Alors que Trump présente les négociations comme un accord pratiquement conclu, Carney maintient une position plus prudente et souligne qu’il reste encore des problèmes à résoudre. L’issue dépendra de la capacité des deux gouvernements à combler ces différences avant l’expiration de la nouvelle pause tarifaire.