Des mineurs brutaux et sans remords
«Frère, il est dans le coma, donc il ne parle pas. Je vais débrancher tous les câbles. » « J’espère qu’il mourra. » « Je veux voir si j’ai frappé fort. » « Je ne sais pas si vous pouvez voir la vidéo où nous le scannons. »
Ce sont quelques-unes des déclarations du « gang Corso Como » interceptées par les enquêteurs après que le groupe, composé de trois mineurs et de deux adultes, a poignardé et laissé un étudiant de vingt-deux ans mourant d’envie de lui voler cinquante euros. Il restera probablement handicapé à vie, tandis qu’eux devront payer pour leurs actes.
« Espérons qu’il meure » : violence en meute
Le profond malaise
Un épisode de violence et de manque total d’empathie qui devrait nous amener à réfléchir profondément sur le mal-être et la dérive psycho-émotionnelle des nouvelles générations. Nous sommes confrontés à une action qui n’aurait guère pu être entreprise seule. Ici, la meute a agi comme une entité unique, réduisant ainsi la perception de la responsabilité individuelle. Les adolescents agissent beaucoup par imitation : ils sont constamment à la recherche d’une approbation sociale et d’un sentiment d’appartenance. Ils s’éloignent de leur famille de sang, de leurs parents, et tentent de construire une nouvelle famille basée sur des affinités de caractère et un objectif commun. Ce « Bro », qui signifie évidemment frère, n’est pas un simple intercalaire, mais l’expression d’une profonde complicité, qui ne peut être trahie même par erreur.
Parce que nous, les êtres humains, sommes souvent hypocrites et incohérents lorsqu’il s’agit de défendre nos groupes (qu’ils soient représentés par le genre, l’orientation politique ou même le soutien sportif), alors que nous sommes moins empathiques et compréhensifs envers ceux que nous percevons comme différents de nous. Je ne pense pas que le fait que le garçon attaqué soit un élève de Bocconi soit une coïncidence. Le groupe l’a probablement « regardé » parce qu’il était habillé d’une certaine manière, peut-être parce que (comme dans le cas de la récente attaque survenue dans le quartier de Gae Aulenti) il incarnait à leurs yeux la puissance économique de la ville.
Une excuse pour l’agression
Les cinquante euros volés n’étaient qu’un prétexte pour consommer sa vengeance et exercer son pouvoir qui, dans ce contexte précis, dans ce point précis de Milan et à ce moment précis, n’était pas donné par l’argent, mais par l’agression, la violence et la disponibilité d’une arme. Ce couteau, qui a blessé et presque tué, représente la préméditation d’un acte qui était tout sauf impulsif ou fortuit. Elle exprime la volonté de détruire et de prendre ce qu’on ne peut avoir en suivant la voie canonique. Le mythe du « tout à la fois », de la vie rapide, tant raconté par les jeunes modèles que l’on appelle aujourd’hui, en banalisant leur rôle, les « trappeurs ».
Pour un mineur aux prédispositions antisociales, ce n’est pas de l’art, ce n’est pas une histoire, une fiction : c’est une aspiration, c’est leur monde, leur code moral, celui de la rue. La responsabilité des actes est toujours individuelle et ces enfants paieront donc pour ce qu’ils ont fait ; et à juste titre. Mais dans une perspective préventive, nous devons nous demander où les adultes ont manqué, où ils ont échoué. Nous ne connaissons ni les familles ni les enseignants de ces enfants et, pour cette raison, nous devons être prudents en leur lançant la croix, également parce qu’ils souffriront déjà beaucoup. Cependant, nous pouvons nous poser des questions auxquelles tout éducateur, en conscience, devra répondre. Est-ce que je connais vraiment mon enfant ou mon élève ? Si mon fils ou un de mes élèves se retrouvait dans une situation de forte pression de groupe, comme celle du gang du Corso Como, me le dirait-il ? Trouverait-il en moi un interlocuteur présent et émotionnellement mature, capable de le soutenir ? L’avenir des nouvelles générations dépend aussi de ces questions.