Des armées « interopérables » et un fonds de 500 milliards : voilà comment l’UE envisage une défense commune

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

« Accroître notre sécurité nécessite une base économique solide. » C’est ce que l’on lit dans le chapitre sur la défense de l’agenda stratégique 2024-2029 approuvé par les dirigeants des 27 États membres, sorte de programme de travail pour les cinq prochaines années de l’UE. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a précisé à combien s’élèverait cette « base solide » : 500 milliards d’euros.

Le chef de l’exécutif a déclaré cela à la table du sommet de l’UE, lors de la chaude journée des nominations. Et cela est apparu aux yeux de tous comme une volonté de réunir des liquidités par anticipation en vue de sa réélection à la tête de l’exécutif bruxellois. La question des ressources est par ailleurs centrale pour mettre en œuvre le projet d’une défense commune de l’Europe qui surmonte les faiblesses actuelles du bloc face aux menaces venant de l’extérieur, notamment de la Russie.

Sur la nécessité d’aborder ces questions critiques, l’accord est (presque) total parmi les 27 : dans le texte de l’agenda stratégique de défense, les déclarations d’intention restent vagues, mais donnent néanmoins une indication sur la direction que pourrait prendre la défense. . ‘UE. « Nous améliorerons l’interopérabilité entre les forces armées européennes – lit-on – Nous améliorerons de toute urgence les conditions nécessaires au développement de l’industrie européenne de la défense en créant un marché européen de la défense mieux intégré et en promouvant les achats conjoints ». À l’avenir, poursuit l’agenda, « nous investirons beaucoup plus et mieux ensemble, nous réduirons nos dépendances stratégiques, nous élargirons nos capacités et nous renforcerons par conséquent la base industrielle et technologique de défense européenne ».

Toutefois, pour réaliser tout cela, outre la volonté politique, il faut de l’argent. Dans le budget communautaire actuel, 11,5 milliards d’euros sont prévus jusqu’en 2027 pour la sécurité et la défense, et près de 11 milliards d’euros pour le Fonds européen de défense. La proposition de Von der Leyen consisterait à multiplier ces fonds par 20. Comment ? Sur la table des discussions se trouve la création d’un fonds basé sur le modèle du plan de relance, c’est-à-dire alimenté par l’émission d’obligations européennes. Von der Leyen, la France et les pays baltes le soutiennent. Mais ce projet se heurte au veto des pays frugaux, à commencer par la Hollande. Dans le texte de l’ordre du jour, il n’y a aucune référence aux obligations, mais dans un autre passage l’engagement d’augmenter les « ressources propres » de l’UE est réitéré, c’est-à-dire les ressources que Bruxelles reçoit directement sans passer par les États membres. Des fonds qui pourraient servir à rembourser les obligations.