Comment la France est à un pas de la chute du gouvernement Barnier

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

La guillotine de l’Assemblée nationale pourrait bientôt tomber sur Michel Barnier. La France se retrouverait sans Premier ministre, ni loi de finances pour 2025, le président français Emmanuel Macron ne pouvant pas convoquer d’élections avant juillet de l’année prochaine. Si ce n’est pas le chaos, nous sommes proches. Ce qui devrait condamner celui qui a été choisi il y a trois mois à peine pour diriger le parti transalpin, c’est une « étrange » alliance entre l’extrême droite du Rassemblement national de Marine Le Pen et les différentes âmes du Nouveau Front populaire, allant des Verts à la gauche radicale. Le vote de censure est prévu le 4 décembre à 20 heures.

En attendant, les macronistes et la droite ont pour tâche de réparer les dégâts et de chercher une solution, pour éviter de mettre fin à un gouvernement qui n’est décidément pas né sous une bonne étoile. Mais contrairement aux Italiens, leurs cousins ​​d’outre-Alpes ne sont pas habitués aux compromis et aux gouvernements techniques. Alors que l’Allemagne est déjà en train de mourir, tant politiquement qu’économiquement, une crise à Paris affaiblirait encore davantage l’axe franco-allemand sur lequel est fondée l’Union européenne. Quelques heures après le vote-verdict, revenons ensemble sur les protagonistes et les étapes qui conduiront le plus probablement à la chute de Barnier.

Qui veut faire tomber le gouvernement Barnier en France

Le gouvernement le plus court de l’histoire de France (trois mois seulement), enterré par un vote de censure comme on n’en avait pas vu en France depuis 1962, date de la chute de Georges Pompidou. Le sort du Premier ministre Michel Barnier semble scellé, mais le pays ne semble pas prêt à l’incertitude. Le déficit est spectaculaire (+6% par rapport au PIB), mais la plupart des partis ont rejeté une manœuvre comportant de nombreuses coupes et peu de mesures qui pourrait être revendue à un électorat profondément divisé en juillet. Le Rassemblement national et les partis réunis au sein de la coalition du Nouveau Front populaire (socialistes, verts et gauche radicale de La France Insoumise) ont préparé la crise.

Marine Le Pen a ainsi l’économie française (et européenne) entre ses mains.

Dès le début, le Premier ministre a été soutenu par une majorité fragile, menée par les libéraux du centre, qui font référence à Macron, et la droite. N’ayant pas suffisamment de voix à l’Assemblée nationale, la béquille hypothétique de Barnier aurait dû être l’extrême droite, mais les lépénistes ont retiré leur soutien tacite lors du premier vote délicat (celui du budget). De l’autre, les âmes de gauche veulent censurer Barnier pour « punir » le choix de Macron de ne pas leur avoir confié la direction du pays, bien qu’elle soit la coalition avec le plus grand nombre de députés.

Motions de censure en France

Il y aura deux motions de censure. L’un présenté par le Rassemblement national, l’autre par La France Insoumise, la gauche la plus radicale dirigée par Jean Luc Mélenchon. Les députés d’extrême droite ont déclaré qu’ils étaient prêts à voter pour la motion de gauche, et non l’inverse. Le RN peut compter sur 124 élus, la France Insoumise sur 71. Pour être votée, la motion de censure nécessite 95 élus supplémentaires car une majorité absolue est nécessaire. Mélenchon mise sur l’adhésion de ses alliés : socialistes et verts, mais c’est dans leurs rangs que Barnier espère une défection. Pour semer le doute chez ceux qui devraient le condamner, le premier ministre a tenté la voie médiatique, avec une longue interview diffusée dans la soirée du 3 décembre.

Le dernier appel de Barnier pour éviter la chute du gouvernement

Dix millions de téléspectateurs. C’est le chiffre dévoilé par l’Auditel français à propos de l’interview en direct de Barnier, diffusée à la fois sur la chaîne privée TF1 que sur le public France2. Lors de sa dernière tentative pour rassembler des soutiens, Barnier a demandé à l’opposition une « démonstration de responsabilité ». Il s’est ensuite adressé à Marine Le Pen, coupable d’avoir affaibli sa volonté de le soutenir. « Nous ne marchandons pas », a déclaré le Premier ministre, affirmant que le leader d’extrême droite était entré dans « une sorte de jeu haussier ». Enfin un avertissement.

Avec le vote de censure et l’échec de l’approbation du budget, « environ 18 millions de Français verront leur impôt sur le revenu augmenter », a déclaré M. Barnier. Il sera difficile de convaincre Le Pen avec ces mots. Aux prises avec de sérieux problèmes juridiques, selon les analystes politiques, la direction du RN tente de distraire son électorat avec le vote de censure, qui peine à digérer un gouvernement qui exige des sacrifices notamment de la part des retraités. Le noyau dur de son électorat doit être bercé différemment.

L’ombre d’Emmanuel Macron sur le gouvernement

Dans l’ombre des manœuvres politiques reste Emmanuel Macron, en visite d’État en Arabie Saoudite. Il a accusé les députés d’extrême droite, ceux sur lesquels il comptait, de « cynisme insupportable ». On sait dans les couloirs de l’Elysée qu’il cherche déjà un successeur à Barnier. Différents noms circulent : l’ancien premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve, le centriste François Bayrou ou encore le ministre de la défense Sébastien Lecornu.

« Emmanuel Macron doit revenir sur terre et assumer la responsabilité du chaos politique qu’il a créé, il doit le reconnaître, admettre la dissolution initiale qui nous a conduit à cette situation politique, et admettre que le gouvernement qu’il a formé s’est appuyé sur le soutien du gouvernement. « Le Rassemblement national, ça tombe », a-t-il accusé sur Twitter. BfmTV Manon Aubry, députée européenne de La France Insoumise. « Le problème sous-jacent, c’est Emmanuel Macron lui-même », a soutenu l’homme politique qui dirige le groupe La Gauche à Bruxelles.

Bruxelles tremble pour une France sans gouvernement

Selon les juristes interrogés par Le Mondela défiance équivaut à une chute du gouvernement et à la nécessité de nommer un nouveau Premier ministre. La dernière fois, il a fallu environ trois mois à Macron pour désigner Barnier. Les analystes estiment que dans cette situation de crise, la France continuera à avancer, récupérant la manœuvre de l’année dernière, ce qui équivaut cependant à confirmer son déficit excessif selon les paramètres de Bruxelles. Malgré le risque d’effondrement du gouvernement, les marchés boursiers européens ont ouvert en hausse le 4 décembre, comme si le vote de censure avait été ignoré.

Celui qui ne pourra l’ignorer, c’est Bruxelles. L’Allemagne votera pour un nouveau gouvernement en février, la France pas avant juillet. Privée de références tant à Berlin qu’à Paris, Ursula von der Leyen, qui vient d’être reconfirmée à la tête de l’Union européenne, n’a pas de référent « classique » vers qui se tourner. Il reste deux dirigeants aux antipodes : Giorgia Meloni en Italie et le socialiste Pedro Sanchez en Espagne. Les décisions que l’Europe doit prendre risquent donc de se retrouver dans un bourbier.