ce qu’ils sont et à quel point ils suffisent

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Quand le tensions dans le golfe Persique Lorsque les prix du pétrole brut s’enflamment, la question se pose spontanément : les pays occidentaux ont-ils un plan B ? Existe-t-il des « coffres secrets » en cas d’urgence ? La réponse est oui, ils existent. Ils sont appelés réserves stratégiquesc’est-à-dire les stocks de pétrole brut ou de dérivés pétroliers raffinés détenus par les pays consommateurs en cas de crise énergétique (comme celle que nous vivons actuellement). Mais pour comprendre s’ils peuvent réellement « nous sauver », il faut faire la distinction entre les chiffres des gros titres des journaux et la réalité technique des robinets.

​Que sont les réserves stratégiques et combien y en a-t-il : la pyramide des stocks

Ces derniers jours, nous avons lu que les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiquesl’organisation internationale qui regroupe les pays les plus industrialisés et démocratiques du monde) ont dans le ventre environ 8,2 milliards de barils d’huile. Si l’on considère qu’aujourd’hui dans le monde nous consommons environ 105 millions de barils par jour, c’est un chiffre important, mais attention à ne pas se tromper. Il faut faire la différence entre :

  • Stocks commerciaux (la « base » de la pyramide). La plupart de ces milliards de barils sont du « pétrole d’exploitation ». Il s’agit du pétrole brut que l’on retrouve déjà dans les canalisations, dans les cales des pétroliers ambulants ou dans les cuves des raffineries. Il sert à maintenir l’économie en marche au quotidien et ne peut pas être utilisé pour couvrir une urgence sans arrêter les industries.​
  • Réserves stratégiques (le « sommet » de la pyramide). Le véritable « trésor » des crises énergétiques est d’environ 1,5 à 1,8 milliards de barils. Il s’agit des stocks que les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) sont tenus par la loi de conserver, au moins égaux à 90 jours d’importations nettes.

En moyenne, environ 50% de ces réserves stratégiques est gérée directement par gouvernements (comme le fameux Réserve stratégique de pétrole américain), tandis que l’autre moitié est entre les mains de privé qui sont tenus de ne pas y toucher sauf ordre de l’Etat.

A quoi servent réellement les réserves stratégiques ?

​La logique des réserves n’est pas de remplacer définitivement les importations. ET gagner du temps. Ils servent à donner aux diplomates et aux militaires une marge de manœuvre pour résoudre la crise sans que l’économie mondiale ne s’effondre en 48 heures.

​Le mécanisme a déjà été testé : après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 et lors des récentes tensions en 2026, l’AIE a coordonné des rejets extraordinaires de millions de barils par jour. Est-ce que ça a marché ? Oui, cela a calmé les marchés, mais à un prix : les réserves sont vidées.

Le vrai problème est psychologique : si le Blocus d’Ormuz si cela durait au-delà de 4 à 6 semaines, les marchés commenceraient à calculer le jour où les réserves s’épuiseraient. Résultat? Le prix du pétrole augmenterait encore à 120-130 dollars le barilquelle que soit la quantité de pétrole encore stockée.

Pour l’Italie, le problème est double : la question du gaz naturel

Voilà pour nous le point critique. Les réserves dont nous avons parlé jusqu’à présent concernent pétrole. Mais l’Italie est une nation qui « mange » avant tout gaz naturel.

Le Qatar est l’un de nos partenaires clés : il fournit environ 45% de notre GNL (Gaz Naturel Liquéfié) qui arrive par bateau au regazéificateur de Rovigo. Ce gaz doit nécessairement passer par le détroit d’Ormuz.

​Le paradoxe est le suivant : si Ormuz ferme ses portes, nous pourrions avoir suffisamment de pétrole en stock pour conduire des voitures, mais pas assez d’essence pour faire fonctionner des centrales électriques ou des industries à des coûts viables.​

Alors que le pétrole se déplace relativement facilement, le gaz dépend de navires et de regazéificateurs spécifiques. Si les navires du Qatar manquent à l’appel, il ne suffit pas de « puiser » dans les réserves pétrolières pour résoudre le problème de l’électricité.

Que se passerait-il réellement en cas de blocus prolongé d’Ormuz : les prédictions des experts

Les analystes de groupe de réflexion Brueghel et les principaux experts en géopolitique énergétique s’accordent sur un calendrier :

  • Phase 1 (1-2 semaines). Les prix chutent à cause de la panique, mais l’approvisionnement reste régulier grâce aux navires déjà en mouvement.
  • Phase 2 (2-4 semaines). Intervention coordonnée de l’AIE. Les robinets stratégiques sont ouverts. Le prix se stabilise mais reste élevé.​
  • Phase 3 (à partir de 4 semaines). Si le blocus se poursuit, les stocks stratégiques commenceront à tomber en dessous des niveaux d’alerte. L’économie entre en mode « rationnement » et les coûts de l’énergie deviennent inabordables pour de nombreuses entreprises.Le filet de sécurité n’est plus une option.

En fin de compte, le filet de sécurité existe et est solide, mais il s’agit d’une assurance-vie et non d’un salaire sans fin. Les réserves stratégiques là-bas protéger contre les chocs brefs et violent, mais si la géopolitique mondiale devait fermer définitivement une porte comme Ormuz, aucun stock ne serait assez important pour nous empêcher d’un changement radical de style de vie.