Bref, c’est quoi ce film « Les Hauts de Hurlevent » dont tout le monde parle
« Les Hauts de Hurlevent » est candidat pour être l’un des titres qui laisseront une trace en 2026. Emerald Fennell nous livre sa propre version, très libre et très particulière, du célèbre roman d’Emily Brontë, élaborant ses thèmes et ses significations de manière radicale et audacieuse. Le résultat final est un drame d’époque qui élève et détruit les canons classiques du genre.
« Les Hauts de Hurlevent » – L’intrigue
« Les Hauts de Hurlevent » commence par une pendaison. Donc juste pour clarifier. La petite Catherine, fille du colérique et alcoolique M. Earnshow (Martin Clunes), l’assiste et, après la mort de son petit frère, a placé la jeune Nelly (Hong Chau) à ses côtés comme semi-tutrice. Quelques jours plus tard, le père surprend tout le monde en introduisant un vagabond dans le manoir désolé, l’adoptant ainsi. Catherine lui donnera le nom : Heathcliff. Les deux deviennent indissociables, enfermés dans ce petit univers, cette lande anglaise du début du XIXe siècle que Fennell dépeint comme un mélange de réalisme historique et de fantaisie gothique aux couleurs fortes, voire très fortes. Les années passent et Catherine (Margot Robbie) et Heathcliff (Jacob Elordi) commencent à se regarder différemment, surtout lui, traité comme une bête de somme par le propriétaire de la maison. Mais lorsque les riches, ou plutôt très riches, Edward (Shazad Latif) et Isabella Linton (Alison Oliver) arrivent en voisins, ce petit monde dans lequel ils étaient enfermés s’effondre, avec des conséquences qui vont complètement changer le cours de leur vie. Les fleuves de leurs existences sont voués à se croiser à nouveau, entre désir, douleur, passion et vengeance.
A sa sortie en 1845, le roman de Brontë ne connut pas au départ un grand succès. En effet, les critiques l’ont qualifié d’œuvre immorale et scandaleuse. Mais au fil du temps, il est devenu l’un des grands chefs-d’œuvre de la littérature anglaise, symbole du génie de l’auteur, symbole d’une déclinaison différente des topoï du romantisme. Emerald Fennell, après avoir fait sensation avec son « Saltburn », précédé du génial « A Promising Woman », revient une fois de plus sur l’obsession, le classisme, les désirs indicibles et les femmes. Cela prend quelque chose du roman original, beaucoup ou un peu, cela dépend de la façon dont vous le regardez, mais Fennell ne peut certainement pas être accusée de respect et de fidélité excessifs, car elle s’arme des belles photographies de Linus Sandgren, des costumes de Jacqueline Durran, des décors d’Helen Scott et nous entraîne dans un lieu-non-lieu. C’est l’Angleterre de la boue, de la pourriture, de la saleté et de la décadence, mais aussi de la beauté, de la nature puissante, des palais de Cendrillon. Paradoxalement, c’est justement le conte de Rodopi qui vient le plus à l’esprit, avec ses couleurs pastel, ce contraste entre l’avant et l’après un sort, qui a pourtant des tons d’angoisse.
Un duo fiévreux, sensuel et désespéré
« Les Hauts de Hurlevent » a le ton, les dialogues, l’âme du drame d’époque, mais tout cela est utilisé par Fennell pour détruire son caractère sacré, sa noblesse. Ce qui, après tout, était aussi ce que Brontë faisait déjà à son époque, derrière le vernis d’un mélodrame amoureux banal. Jacob Elordi travaille très bien au-dessous et au-dessus des lignes, décrivant la transformation presque vampirique de son Heathcliff. Le vrai prince charmant était ce métayer sale, généreux et sensible, détruit par un rejet, qui revenait sous les traits d’un homme du monde, charmant et résolu, mais avec une âme pourrie par un désir de vengeance, de possession et de domination qui conduisait bientôt à la pathologie. On parle beaucoup de masculinité toxique, « Wuthering Heights » nous montre son côté éternel, fascinant, désiré par un monde féminin que la réalisatrice n’absout pas du tout. Margot Robbie est peut-être arrivée un peu trop tard dans ce rôle, mais sa présence scénique et sa verve se déchaînent dans toute leur puissance, alternant entre larmes et sourires, vérité et mensonges. Faible, inconstant, aussi égoïste que sa moitié avec qui il organise un magnifique duel de séduction, il apprend à ses dépens combien il faut de courage en amour.
« Wuthering Heights » dure peut-être dix minutes de trop, mais malgré cela, grâce également à un casting de soutien parfaitement guidé, il parvient à donner un sens à chaque irrévérence et changement que Fennell apporte au texte original. Moins de personnages, moins d’événements, mais surtout une sexualité beaucoup plus évidente, charnelle, bien que enveloppée non pas de naturel, mais d’un sentiment de culpabilité, d’illicite, de contre-nature. Personne n’est innocent, personne n’est le seul coupable dans cette tragédie où entre aussi avec force la manipulation, la violence de genre, la vieille société patriarcale, qui pourtant a semé son mal dans la moderne, dans la conception des deux sexes. Heathcliff et Catherine sont deux clichés qui circulent encore parmi nous aujourd’hui, glorifiés par ce récit que Fennell détruit minute après minute. Une fin déchirante, belle parce qu’elle est capable de tout ramener au dénominateur commun, au besoin de retrouver la pureté des sentiments comme l’altruisme, la générosité, la clarté, plutôt que la performance ou la compétition obsessionnelle. Sans aucun doute son meilleur film, et il est probable qu’il pourra fièrement s’exprimer lors de la prochaine édition des Oscars.
Note : 8
indéfini