Arrêtez le "viande végétarienne" et aux feintes "chaînes d’approvisionnement courtes": dans l’UE, les steaks et les côtelettes proviennent uniquement d’animaux

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Renforcer le pouvoir de négociation des agriculteurs, stabiliser leurs revenus et rendre plus transparentes les relations tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. C’est l’objectif de la révision du cadre réglementaire connu sous l’acronyme OCM (organisation commune de marché), en discussion à Bruxelles.

Le Parlement européen et le Conseil de l’UE sont parvenus à un accord sur de nouvelles dispositions qui introduisent des contrats écrits obligatoires entre agriculteurs et acheteurs, renforcent le rôle des organisations de producteurs dans les négociations collectives, définissent les conditions d’utilisation de termes tels que « équitable » ou « chaîne d’approvisionnement courte » sur les étiquettes des produits et réservent les dénominations liées à la viande aux seuls produits d’origine animale.

L’accord, qui devra être formellement approuvé par les deux institutions avant d’entrer en vigueur, répond aux protestations et aux difficultés accumulées par le secteur agricole ces dernières années et intègre certaines des recommandations issues du dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture européenne. Globalement, les nouvelles règles visent à garantir que les prix payés aux agriculteurs tiennent également compte des coûts de production réels, contribuant ainsi à réduire les déséquilibres de pouvoir dans la chaîne alimentaire.

Victoire pour les agriculteurs

« L’accord trouvé représente une grande victoire pour nos agriculteurs. Les contrats garantis leur assureront un rôle équitable dans la chaîne de valeur, tandis que l’obligation de recourir à un mécanisme de médiation protégera leurs revenus en cas de litige avec leur principal acheteur », a déclaré la rapporteuse du texte pour la Chambre, la populaire française Céline Imart.

La nécessité d’une telle révision découle du constat que, dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, le pouvoir de négociation est réparti de manière très asymétrique. Les agriculteurs, souvent petits et fragmentés, se retrouvent face à des interlocuteurs – transformateurs, grossistes, grande distribution – qui disposent d’un pouvoir de négociation bien plus important. Il en résulte que les prix pratiqués à l’origine ne reflètent pas nécessairement les coûts réels de production et que les revenus agricoles sont chroniquement inférieurs à la moyenne des autres secteurs économiques.

Les contrats écrits en règle générale

L’une des principales interventions concerne les contrats entre agriculteurs et acheteurs, qui deviennent généralement obligatoires sous forme écrite. Jusqu’à présent, les contrats écrits entre agriculteurs et acheteurs n’étaient prévus que dans certains secteurs spécifiques, tels que les produits laitiers, et ne constituaient pas une exigence générale.

Avec le nouvel accord, elles deviennent la règle pour tout le monde et auront des conséquences importantes. Un contrat écrit nécessite de définir à l’avance les conditions de la transaction (prix, quantité, délais de livraison, modes de paiement, etc.), réduisant ainsi la possibilité que l’acheteur impose des conditions moins favorables par la suite, lorsque le produit a déjà été récolté et que l’agriculteur n’a pas d’alternative.

Les contrats doivent également inclure une clause de révision, qui permet d’ajuster les conditions au fil du temps pour tenir compte des changements du marché, des fluctuations des coûts de production et des conditions économiques générales. En pratique, si le prix de l’énergie ou des engrais augmente de manière significative, le contrat peut prévoir une révision qui aide le producteur à ne pas perdre trop d’argent.

Indicateurs de prix

Le mécanisme des indicateurs de prix est étroitement lié à la question contractuelle. Les États membres seront obligés de définir et de publier des indicateurs en ligne qui serviront de référence dans les négociations contractuelles. Concrètement, il s’agit de données sur les coûts moyens de production, les prix du marché et l’évolution des matières premières, qui permettent aux deux parties d’ancrer la négociation sur des éléments objectifs et vérifiables, plutôt que de laisser le prix final être déterminé exclusivement par le pouvoir de négociation de l’acheteur.

Plus de force pour les organisations de producteurs

Un autre pilier de la réforme concerne le renforcement des organisations de producteurs, c’est-à-dire des associations reconnues d’agriculteurs qui travaillent ensemble pour commercialiser les produits, planifier la production ou négocier avec les acheteurs.

Les nouvelles règles simplifient les procédures de reconnaissance juridique de ces organisations et renforcent leur rôle dans la négociation collective. Il est notamment précisé que les acheteurs doivent négocier avec l’organisation dans son ensemble et ne pas contacter directement les producteurs individuels qui en font partie, évitant ainsi de contourner le processus collectif.

L’idée sous-jacente est de rééquilibrer les rapports de force entre les agriculteurs et les opérateurs de la grande distribution ou de l’industrie agroalimentaire. Lorsque les producteurs négocient individuellement, leur pouvoir de négociation est limité. En agissant collectivement à travers une organisation reconnue, ils peuvent plutôt discuter de conditions plus favorables et plus stables.

Des règles plus claires pour les labels et le marketing

L’accord introduit également des règles plus précises sur l’utilisation de certaines mentions sur les étiquettes et la communication commerciale des produits agricoles.

Des termes tels que « équitable » ou « équitable », par exemple, ne peuvent être utilisés que si des critères spécifiques établis par la loi sont respectés. Ces critères peuvent inclure la contribution du produit au développement des communautés rurales ou le soutien aux organisations paysannes. L’objectif est d’éviter que ces expressions soient utilisées de manière générique ou trompeuse.

De même, l’indication « circuit court » ne peut être utilisée que pour des produits fabriqués dans l’Union européenne avec un nombre limité d’intermédiaires entre l’agriculteur et le consommateur final, ou lorsque la distance ou le temps de transport reste court.

Fini la « viande » synthétique.

Le sujet le plus débattu est probablement celui relatif à la viande. L’accord introduit une définition légale de la viande comme « parties comestibles d’animaux » et réserve expressément une liste détaillée de noms à la seule utilisation des produits carnés : non seulement « steak » ou « chop », mais aussi des termes plus techniques tels que faux-filet, T-bone, poitrine, filet, surlonge et bien d’autres. Ces noms ne peuvent pas être utilisés pour des produits qui ne contiennent pas de viande, y compris les produits fabriqués à partir de cellules cultivées en laboratoire – viande dite « synthétique » ou « cultivée ».

« Cet accord représente un succès indéniable pour nos agriculteurs. En réservant l’usage des termes « steak » et « foie » aux produits de nos agriculteurs et en engageant les colégislateurs à élargir la liste lors des négociations dans le cadre de la réforme de la politique agricole commune, le Parlement a fait un pas en avant décisif », a affirmé Imart, selon qui « en outre, l’inclusion explicite dans le texte de l’interdiction de l’utilisation de l’appellation « viande » pour toute viande cultivée en laboratoire ou produit à base de cellules constitue une étape décisive pour nos agriculteurs et pour la conservation du patrimoine agricole et alimentaire que nous défendons ».