Accord du Mercosur, l’Italie pour et la France contre : quels changements pour l’agriculture européenne

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

La France est déterminée à voter contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, le marché commun sud-américain dont sont membres l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Le tournant décisif de Giorgia Meloni en signant en faveur de l’accord promu par Ursula von der Leyen ne suffit pas à faire changer de position Emmanuel Macron. Lors d’un appel téléphonique avec le président de la Commission européenne, le dirigeant français s’est dit prêt à ne pas soutenir l’accord de libre-échange lors du vote du 9 janvier lors de la réunion des ambassadeurs des pays de l’UE (Coreper).

Macron : « La signature de l’accord n’est pas la fin de l’histoire »

C’est Macron lui-même, alors avec un post sur X, qui a fait connaître sa position sur l’accord. Pour le dirigeant français, il faut « constater le rejet politique unanime de l’accord, comme le montrent clairement les récents débats à l’Assemblée nationale et au Sénat ». « L’étape de la signature de l’accord – prévient Macron – ne représente pas la fin de l’histoire. Je continuerai à lutter pour la mise en œuvre pleine et concrète des engagements obtenus de la Commission européenne et pour protéger nos agriculteurs ».

La France renforce l’opposition à l’accord, déjà composée de l’Irlande, de la Pologne et de la Hongrie, qui craignent de possibles dommages à leurs secteurs agricoles respectifs. Toutefois, l’opposition de Paris, Dublin et Varsovie ne devrait pas empêcher la Commission européenne d’obtenir le feu vert de la majorité des Etats membres lors du vote de demain à Bruxelles. Pour être approuvé à la majorité qualifiée, l’accord doit obtenir le soutien d’au moins 15 pays représentant au moins 65% de la population européenne. Si l’approbation arrive, la signature du traité est attendue le 12 janvier lorsque la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devrait se rendre au Paraguay pour clôturer définitivement les négociations.

Que prévoit l’accord UE-Mercosur

L’accord UE-Mercosur, qui a alimenté les protestations des agriculteurs européens, prévoit d’augmenter les exportations européennes de voitures, de machines et de produits chimiques vers l’Amérique latine. En échange, les puissances agricoles d’Amérique du Sud bénéficieront d’un meilleur accès aux marchés européens pour leurs produits alimentaires. L’accord vise également à faciliter les investissements des entreprises européennes en Amérique du Sud, et vice versa. Mais outre la dimension économique, l’accord a une valeur politique importante : il représente un outil pour renforcer les relations diplomatiques entre l’Union européenne et les pays d’Amérique du Sud, à une époque où de nombreux gouvernements de la région regardent la Chine avec un intérêt croissant.

Le changement de rythme de l’Italie

Selon des rumeurs journalistiques, le gouvernement italien aurait obtenu les garanties demandées pour le secteur agricole et sur d’éventuelles ressources supplémentaires du budget de l’UE. L’Italie donnerait ainsi son feu vert à la réunion des ambassadeurs de l’UE prévue le 9 janvier en vue de la signature du traité prévu à l’ordre du jour du 12 janvier.

L’UE alloue 45 milliards aux agriculteurs pour pousser Meloni à voter en faveur du Mercosur

Le Premier ministre Meloni a salué la proposition de von der Leyen de garantir, dans le prochain budget pluriannuel, la possibilité d’utiliser des ressources supplémentaires pour les agriculteurs dès 2028, au lieu d’attendre la révision à mi-parcours. Cela représente environ 45 milliards d’euros mobilisables immédiatement pour soutenir les agriculteurs.