Pour obtenir un second mandat de présidente de la Commission européenne, la « reine du Berlaymont » pourrait se trouver contrainte de choisir entre l’une des deux reines de la politique italienne, la Première ministre Giorgia Meloni ou la leader du PD Elly Schlein. C’est ce qui est ressorti du premier cycle (officiel) de négociations avec les groupes parlementaires mené par Ursula von der Leyen, cherchant la confiance de la Chambre européenne après avoir obtenu le feu vert des États membres pour diriger à nouveau le Berlaymont, le siège de la Commission à Bruxelles.
Le vote de Meloni
Sur les 27 dirigeants européens, seuls deux ont voté contre sa nomination : Viktor Orban et le Premier ministre italien. Contrairement au Premier ministre hongrois, qui a voté contre, Meloni a choisi la voie médiane de l’abstention : une manière de négocier avec von der Leyen jusqu’à la dernière minute le portefeuille exécutif de l’UE à attribuer à l’Italie, en s’appuyant sur le grand groupe de députés FdI qui sont arrivés à Strasbourg et qui dans deux semaines participeront au vote qui devra confirmer ou non le deuxième mandat de la politique allemande.
Pour gagner en confiance, von der Leyen doit obtenir au moins 361 sièges. Même si sur le papier il est soutenu par une alliance (Parti populaire PPE, socialistes de Renew et libéraux S&D) qui compte au total environ 400 députés européens, plusieurs membres de la majorité ne le soutiendront pas. Selon les calculs qui circulent à Bruxelles, il y aurait une cinquantaine de tireurs d’élite, et donc l’actuel président de la Commission disposerait d’environ 350 voix assurées. Ce qui ne suffit pas pour une reconfirmation.
Le dilemme de Von der Leyen
C’est ainsi qu’a commencé la chasse au soutien extérieur, comme cela s’était déjà produit il y a cinq ans : von der Leyen a expliqué qu’il ne cherchait pas le soutien de groupes d’opposition entiers, mais qu’il discutait avec des délégations nationales individuelles. Parmi ceux-ci, celui de la FdI possède un poids spécifique important grâce à ses 24 députés. Selon le boulier du Parlement européen, un pacte avec Meloni pourrait déclencher le seuil fatidique de l’élection à la présidence. Mais le conditionnel est indispensable.
Oui, car depuis des semaines, le Parti démocrate indique clairement que son éventuel soutien à von der Leyen est conditionné à l’absence de tout accord avec les conservateurs de l’ECR, menés par le premier ministre italien. Pour la dirigeante allemande, « faire des achats au sein de l’ECR serait un jeu dangereux car elle pourrait peut-être gagner vingt-cinq députés de la délégation italienne (FdI, ndlr) mais en perdre ensuite vingt du S&D », c’est-à-dire du Parti démocrate, a expliqué le coprésident du groupe des Verts à la Chambre européenne, Bas Eickhout. Les chiffres ne sont pas très précis (la FdI compte 24 parlementaires, tandis que le Parti démocrate en a 21), mais le raisonnement donne une idée du dilemme auquel est confrontée von der Leyen.
Les objectifs de Tajani
Les Verts eux-mêmes ont indiqué leur volonté de soutenir l’actuel président avec l’ensemble de leur groupe (54 députés, dont quatre italiens). Mais le soutien extérieur des écologistes pourrait ne pas être digéré par plusieurs membres du PPE, le parti de von der Leyen, augmentant la part déjà élevée des tireurs d’élite. Parmi eux, il pourrait y avoir aussi les députés européens de Forza Italia qui, par la voix du ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, font pression sur les Allemands pour qu’ils étendent la majorité, sinon à l’ensemble du ECR, du moins à Meloni. L’activisme de Tajani est certes lié à des raisons de loyauté envers le gouvernement, mais il y a aussi la question du commissaire italien : en échange de sa médiation, Tajani pourrait pouvoir imposer à ce poste une personnalité proche des partisans de Forza Italia.
Après tout, une chose similaire s’est produite il y a cinq ans, lorsque le Parti démocrate (fort de par son rôle au sein de la majorité européenne et membre minoritaire du gouvernement dirigé par le M5) a « aidé » le Premier ministre de l’époque, Giuseppe Conte, à obtenir un portefeuille important en 2007. le premier exécutif von der Leyen, celui de commissaire à l’Économie. En échange, Conte a nommé Paolo Gentiloni pour le poste.