La mer en Italie est 1° plus chaude qu’il y a 25 ans : données sur les températures méditerranéennes

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Chaque été, la même phrase revient sur la plage : « La mer est plus chaude cette année, ce n’était pas comme ça autrefois ». C’est une perception largement répandue, mais est-ce aussi une réalité ? La réponse courte est oui : données CNR, ENEA, INGV et le programme européen Copernic montrent que les mers italiennes, y compris la mer Tyrrhénienne et l’Adriatique, se sont réchauffées de manière mesurable. Mais avant de voir dans quelle mesure, il convient de comprendre sur quelles données nous raisonnons.

De quelles données disposons-nous sur la température de la mer et comment est-elle mesurée ?

Les informations sur la température de nos mers proviennent de trois familles de données complémentaires :

  • le premier est le données satellite du Copernicus Marine Servicequi couvre quotidiennement toute la Méditerranée depuis 1982 : plus de quarante ans d’observations homogènes, idéales pour des tendances à long terme ;
  • la seconde est la mesure directe en mer: sur la mer Tyrrhénienne, le projet MACMAP de l’ENEA et de l’INGV enregistre depuis 1999 la température le long de la route Gênes-Palerme, non seulement en surface mais dans toute la colonne d’eau (ENEA, INGV) ;
  • le troisième est le réseau de bouées et surveillance côtièredont l’indicateur officiel ISPRA et le projet Greenpeace Mare Caldo dans les aires marines protégées.

Il faut le dire honnêtement : une série directe de cinquante ans sur la seule mer Tyrrhénienne n’existe pas, les mesures en mer démarrent à partir de 1999 et le satellite à partir de 1982.

La température de surface (SST) est mesurée de trois manières complémentaires. Les satellites ils lisent la « peau » de la mer avec des capteurs infrarouges, la nuit pour éviter les reflets du soleil (Copernicus Marine Service). Les bouées fixes ils mesurent sur place et calibrent les satellites. Les sondes jetables XBT, lancées depuis des ferries réguliers sur la mer Tyrrhénienne depuis le 20 septembre 1999, enregistrent la température jusqu’à des centaines de mètres de profondeur : plus de 3 000 sondes en une centaine de campagnes, toujours sur le même itinéraire (ENEA). C’est cette continuité qui nous permet de distinguer une tendance réelle du bruit saisonnier normal, et de répondre à la question générale par des chiffres et non par des sensations.

À quel point la Méditerranée, la Tyrrhénienne et l’Adriatique se sont réchauffées

Sur l’image satellite, toute la Méditerranée s’est réchauffée à la surface de 0,041°C par an entre 1982 et 2018 (Pisano et al. 2020, données CMEMS), avec un gradient de 0,036°C dans le bassin ouest à 0,048°C dans le bassin est. Sur la mer Tyrrhénienne, des mesures directes indiquent plus de 1°C en 25 ans (ENEA, INGV), avec un bond de plus de 0,4°C entre 2013 et 2016, une phase quasi stationnaire et une nouvelle croissance à partir de 2021 pour atteindre un maximum en septembre 2023.

La Méditerranée est un point chaud climatique: il se réchauffe environ 20 % plus vite que la moyenne mondiale (MedECC) et, dans certaines eaux profondes, jusqu’à dix fois plus vite que l’océan ouvert (ISMAR-CNR). En 2024, le bassin a atteint la moyenne annuelle la plus élevée jamais enregistrée, 21,16°C (CNR-ENEA, Copernicus).

La mer Tyrrhénienne a une moyenne de surface récente autour de 19°C (ISPRA), tandis que l’Adriatique, basse et semi-fermée, passe d’une moyenne estivale historique de 24-25°C à des pointes proches de 30°C dans les phases les plus chaudes, avec une tendance, comme dans la mer Ligure, au-dessus de 0,08°C par an (ISPRA).

La mer ne se réchauffe pas de manière linéairemais par à-coups, avec des canicules marines : des périodes où la température reste bien au-dessus des normales pendant des jours ou des semaines. Dans le’été 2025 une grande partie de la Méditerranée tombait dans la catégorie « extrêmement chaude », avec des anomalies de +3/+4°C (Copernicus), et à Asinara un pic de +3,5°C a été enregistré en une vague de 41 jours (Greenpeace, projet Mare Caldo). 2025 a été la quatrième année consécutive de record pour les mers européennes (ECMWF), et le 2026 a déjà établi le record mondial absolu pour les mers et les océans (Copernicus), avec des anomalies jusqu’à environ +6°C entre le sud de la France et l’ouest de l’Italie fin juin (Greenpeace, projet Mare Caldo).

Que signifie une eau de mer plus chaude (sans alarmisme)

Une mer plus chaude n’est pas une piscine chauffée gratuitement. Il s’évapore davantageet pour chaque degré supplémentaire l’air retient environ 7% d’humidité en plus (relation Clausus-Clapeyron) : plus de nuits tropicales et plus d’énergie pour les tempêtes d’automne, avec des pluies potentiellement plus violentes.

Sous la surface, la chaleur stresse les gorgones et les coraux et favorise l’arrivée d’espèces tropicales (Greenpeace). Sans dramatiser : il ne s’agit pas d’un seul disque, mais du fait que la mer perd sa capacité à retrouver son équilibreen commençant chaque été à partir d’une base plus chaude.