Dans la mer Méditerranée, ils nagent 48 espèces variété de requins : du requin bleu commun au mako très rapide, jusqu’au très rare grand requin blancrécemment protagoniste d’observations exceptionnelles dans nos eaux. Mais où se concentrent exactement ces fascinants prédateurs et comment étudier leurs itinéraires ? Tracer une carte des « zones chaudes » le long des côtes italiennes, du nord de l’Adriatique au canal de Sicile, en passant par la mer Tyrrhénienne, est le grand objectif de requin. Il s’agit d’un projet innovant de science citoyenne, né par des chercheurs de l’Université de Padoue et aujourd’hui soutenu par de nombreux collaborateurs à travers la Méditerranée. La plateforme n’indique pas où se trouvent principalement les requins dans notre mer, mais montre les points où des spécimens spécifiques ont été marqués, puis recapturés ou observés.. L’objectif de cette carte géoréférencée est de reconstituer les parcours de ces animaux (souvent menacés) pour comprendre comment le changement climatique modifie leurs migrations et poser les bases d’une gestion véritablement durable des pêcheries. Pour y parvenir, l’initiative transforme pêcheurs, plongeurs et marins en véritables chercheurs de terrain, s’unissant dans une démarche partagée qui représente, en fait, la seule véritable manière d’étudier leurs comportements et de les protéger.
Les espèces de requins qui vivent en Italie
La Méditerranée, comme le rapporte une étude publiée dans La revue zoologique européennehôte environ 48 espèces de requins sur les quelque 537 présents dans le monde. Une espèce assez commune dans nos mers est le verdâtre (Prionax glauca), un requin à dos bleu profond qui fréquente les eaux libres de toute la Méditerranée et est souvent capturé accidentellement par les pêcheurs. Ensuite, il y a le chien de mer (Mustélus mustélus) qui peuple les fonds marins sableux de l’Adriatique, du détroit de Sicile et de la mer Tyrrhénienne. Le mako (Isurus oxyrinchus) est plutôt le sprinter du groupe : il peut m’atteindre 70km/h et fréquente les eaux libres de l’Adriatique et du canal sicilien. En avril 2026, un spécimen a été filmé en train de percuter un hors-bord au large des côtes de Gallipoli – un comportement que le biologiste marin Andrea Spinelli a défini comme étant simplement exploratoire et non comme une attaque.

En tête de liste en termes d’impact médiatique se trouve évidemment le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) : présent en Méditerranée en très petit nombre, c’est un habitant historique de nos eaux même si les observations documentées sont rares. En juin 2026, pour la première fois, un spécimen adulte a été filmé sous l’eau dans le canal de Sicile par une équipe de plongeurs de la Fondation Healthy Seas, occupés à retirer les filets abandonnés. Un événement sans précédent, qui confirme à quel point ce prédateur fréquente toujours nos mers.

Où les apercevoir en Italie : comment lire la carte
En consultant les données interactives de tshark, apparaissent les zones avec la plus forte concentration de signalements dans nos mers : le nord de l’Adriatique (Vénétie et Émilie-Romagne), le canal de Sicile et la mer Tyrrhénienne (Ligurie). Il existe cependant un détail fondamental pour interpréter correctement cette carte : le portail a été créé principalement pour recueillir des rapports auprès de reprise de requins et de raies préalablement marqués par les chercheurs. Le portail, en effet, indique uniquement les points exacts où les animaux ont été initialement marqués ou capturés ultérieurement. En conséquence, ces chiffres n’indiquent pas simplement où se trouvent la plupart des requins. Pour donner un exemple pratique : en regardant la carte, il pourrait sembler que dans la mer devant Rome, il n’y a aucune trace de requins. En réalité, ce n’est pas le cas, il n’y a tout simplement aucun partenaire actif dans le projet de marquage sur cette partie de la côte.
En effet, les données dépendent étroitement à la fois de la localisation géographique des différents projets de notation scientifique et de laintensité des activités de pêche dans ces mêmes zones, ce qui augmente considérablement les chances d’intercepter un animal marqué.

Sur le site il y a aussi la possibilité de signaler des observations simples. Mais pour l’instant, il existe encore peu de données et l’aspect de loin le plus important pour la recherche reste la section dédiée aux animaux marqués.
Qu’est-ce que tshark et comment il fonctionne : le projet italien de science citoyenne
Imaginez une carte interactive de la Méditerranée où chaque point représente un requin marqué par des chercheurs puis éventuellement revu par des pêcheurs, des plongeurs ou des marins. Chaque rapport ajoute une pièce à un immense puzzle : où vivent ces animaux, où ils migrent et quelles zones ils fréquentent. C’est ce qu’il propose tshark — Suivi des requins pour la conservation.
La plateforme, créée par l’Université de Padoue, est née de l’étroite collaboration entre des instituts de recherche, des ONG et des communautés de pêcheurs de toute la Méditerranée. Dans sa version lancée en 2025, il a reçu le soutien financier du ministère allemand de l’Environnement et compte des partenaires importants tels que le WWF, Angel Shark Project, l’Institut Leibniz pour l’analyse des changements de la biodiversité (LIB), PRIMOS, l’Office de l’Environnement de la Corse, le CSISC, le Centre océanographique des Baléares, l’Université de Patras, iSea et l’Institut croate d’océanographie et de pêche. Il convient de souligner que la section Partenaires est toujours ouverte à de nouvelles collaborations pour tous ceux qui souhaitent rejoindre et développer le projet.
Le fonctionnement est simple : les chercheurs attribuent des dieux aux requins étiquettes en plastique sous la nageoire dorsale. Les étiquettes, qui ressemblent à des spaghettis, ne causent aucun dommage à l’animal. Sur chaque étiquette se trouvent un code d’identification unique et un numéro de téléphone. Lorsqu’un pêcheur ou un plongeur intercepte un animal marqué, il le signale via le portail ou par téléphone et ces données entrent dans un base de données géoréférencée et à la disposition de la communauté scientifique.
Cependant, bien que les données soient consultables, elles ne sont pas entièrement accessibles au public, car les instituts de recherche préfèrent ne pas divulguer clairement les informations sensibles avant une éventuelle publication. Ce que l’on voit, en cliquant sur le cercle sur la carte interactive, n’est qu’une partie des données : pour obtenir des détails complets, il faut contacter directement l’institut de recherche concerné.
Pourquoi est-ce important ? Car en Méditerranée, plus de la moitié des plus de 80 espèces d’élasmobranches (le groupe qui comprend les requins, les raies et les chimères) sont considérées comme menacées. Connaître leurs itinéraires est la base pour gérer les pêcheries de manière durable et pour comprendre comment le changement climatique modifie leurs migrations.
Sources
Tshark Tshark Serena, F., Abella, AJ, Bargnesi, F., Barone, M., Colloca, F., Ferretti, F.,… Moro, S. (2020). Diversité des espèces, taxonomie et répartition des Chondrichtyens en Méditerranée et en mer Noire. Le Journal Zoologique Européen, 87(1), 497-536. https://doi.org/10.1080/24750263.2020.1805518