« La veille des examens 3.0 » et la jeunesse de l’intelligence artificielle, du polyamour et du nihilisme
Il y a vingt ans, arrivait au cinéma Notte prima degli exami, la comédie de Fausto Brizzi qui fut un grand succès commercial dans un élan de nostalgie et parmi les premiers à réaliser une évangélisation culturelle dans les années 1980, une pratique qui arrivera en avalanche plus d’une décennie plus tard. Aujourd’hui, 19 mars, « La Nuit des examens 3.0 » arrive en salles. Un renouveau actualisé à l’ère de TikTok et des tiktokers, qui reprennent le casting à commencer par le protagoniste Tommaso Cassissa, et qui tentent de prendre le pouls de la défunte génération Z.
C’est ici que commence le premier réalisateur Tommaso Renzoni (déjà scénariste de Margini, Cortina Express, Elf Me), retrouvant Brizzi lui-même dans l’écriture du film. De l’échantillon du présent fait de scooters électriques, des pokè qui ne sont peut-être que des salades de riz, du polyamour, de l’asexualité. Mais aussi l’éco-anxiété et la terreur existentielle d’un futur qui sent le désastre.
De quoi parle la Nuit avant les examens 3.0
La structure narrative reste presque identique à l’original. A la veille des examens finaux, Giulio (Cassissa), brillant mais arrogant et peu studieux, se retrouve admis avec la conviction que le professeur Castelli, surnommé « la bête » (Sabrina Ferilli), veut le massacrer aux oraux. Une relation ami-ennemi s’établit entre les deux sur les traces de ce qu’étaient Vaporidis-Faletti en 2006, tandis que Giulio et ses camarades de classe inventent entre-temps le retour – grâce à l’intelligence artificielle – d’une ancienne flamme de Castelli dans l’espoir de l’adoucir un peu.
En faveur de cette Nuit des examens 3.0 est donc le fait de vouloir planter le drapeau dans le présent, en restant proche d’une jeunesse reconnaissable et dans laquelle on peut se reconnaître. Entre visages et symboles comportementaux, avec le nouveau juke-box mettant en vedette Olly, Ditonellapiaga (actrice également, choisie peut-être un peu hors cible), The Kolors.
Cependant, nous nous demandons : à quoi ça sert ? Car si la première Nuit avant les examens jouait avec le musée des souvenirs, ce nouveau chapitre le fait un peu trop avec l’affichage des étiquettes. Placer et coller la référence au classement d’une génération sans toutefois évoquer ses crises et ses dérives. Le seul intérêt semble être de se replier à chaque occasion utile dans une éducation affective un peu ennuyeuse, dans une médiation sentimentale aux vertus d’un carrousel Instagram, dans des peurs et des fantasmes cuisinés et mangés.
Cela aurait pu et dû être plus
C’est amusant, pour l’amour de Dieu. Si l’humour de Cassissa ne tient pas très bien à la longue, Adriano Moretti tient bien mieux, dans le rôle du meilleur ami du protagoniste, rôle plus véridique qui trouve ensuite son appui dans la relation hilarante avec la grand-mère (Teresa Piergentili s’évanouit).
Tout le reste est présent. Une liste cochée ligne après ligne, placée là sans jamais y réfléchir au-delà de la seconde nécessaire pour l’énoncer. Une main levée en réponse à l’appel nominal, pas de participation active aux commentaires du groupe. Négativement – et paradoxalement – le recul générationnel apparaît plus efficacement, c’est-à-dire la relation submergée entre Castelli et le père d’une des filles de la classe (Alice Lupparelli pour elle, Gianmarco Tognazzi pour lui), plus pleine d’opportunités perdues et d’espoirs fragiles qui tournent en rond et finissent par trahir le regard de l’ici et maintenant du film – ah, la voilà, la nostalgie qu’omnia vincit. De ce point de vue, l’apparition d’Antonello Venditti va également à contre-courant, forcé dans le film et consommé en une demi-minute suffisamment pour être joué lors de la relance sur les réseaux sociaux.
Renzoni peut alors être condamné à une amende pour certaines erreurs de réalisation, avec lesquelles il invente parfois des plans étranges et inorganiques, sans compter le recours maladroit et éhonté au placement de produit (c’est-à-dire des publicités pour des produits commerciaux « déguisés » dans le film). Et dans Nuit avant les examens 3.0, nous pouvons dire que nous avons à juste titre redirigé notre regard vers le contemporain, après avoir pressenti l’horreur vacui d’une génération en contraction nihiliste. Mais finalement, très peu de mesures sont prises pour y remédier.
Note : 5,5
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