Meloni, Schlein et les autres : des coups aveugles pendant que le monde brûle
Disons que nous nous sommes fait illusion, et que le discours du Premier ministre le matin au Sénat nous avait fait penser à l’ouverture d’un possible dialogue entre la majorité et l’opposition, au moins sur un sujet aussi délicat que la guerre. Une de ces choses sur lesquelles on s’attend à ce que le Palais parle d’une seule voix, quelques heures après l’explosion d’un missile dans une base militaire italienne en Irak, et tout le monde a eu de la chance que personne ne soit mort, sinon l’imbécile aurait été encore pire.
Plus qu’à Téhéran, la guerre est à Rome
« Je vous attendrai au Palazzo Chigi », avait dit sans détour le Premier ministre en s’adressant aux bancs des sénateurs à sa gauche. Six ou sept heures plus tard, le ton avait déjà changé. Dans la réponse donnée à la Chambre avant le dîner, Giorgia Meloni a déniché la hache de guerre et a attaqué sans trop de considération. « Vous louchez, vous n’êtes indigné que par les bombes que lâchent les présidents républicains et non démocrates. »
Avant et après le discours du Premier ministre, la majorité des leaders et leaders de l’opposition avaient utilisé la même méthode. Battu par des aveugles, et pas même l’ombre de la paix. Pire qu’à Téhéran, avec des proportions convenables. Tous fous et bellicistes, tous insensibles au climat d’inquiétude qui règne parmi les gens ordinaires ? Est-il possible que personne, dans les salles sacrées, ne fasse preuve d’un surplus d’attention ? Pourquoi à certains moments la politique avance-t-elle comme un train au point de paraître autoréférentielle ?
Ne nous laissons pas distraire par l’Iran : voici les véritables fronts ouverts pour le gouvernement Meloni
La réponse est à la fois complexe et simple et tient à certains instincts primordiaux de la politique et, en fin de compte, de la vie, en premier lieu celui de la survie, la plus authentique de toutes les espèces. Ce que nous vivons est en fait une étape fondamentale pour la poursuite de la législature et pas seulement cela, disons un tournant qui peut, pour le meilleur ou pour le pire, influencer les dix prochaines années de la vie du pays. Nous parlons évidemment du référendum du 22 mars, et ce quel que soit le sort de la réforme Nordio, dont les résultats sont certes importants, mais pas autant que le gâchis politique qu’entraînerait une victoire du Oui ou du Non. Le résultat des urnes jettera en effet une ombre lourde sur les élections politiques du printemps 2027. Tous les prétendants l’ont bien compris et, même s’ils semblent avoir affaire à autre chose, à savoir la guerre, depuis au moins quinze jours, ils calibrent chacune de leurs déclarations pour tenter de ramener la victoire.
La guerre dehors, la confrontation à l’intérieur
Un tel contexte de mouvements et de contre-attaques, de suspicions croisées et d’embûches placées entre les pieds des adversaires est évidemment le pire pour faire fleurir un dialogue et une discussion véritablement constructifs. Les intérêts de l’un entrent inévitablement en conflit avec ceux de l’autre. L’offre du Premier ministre, arrivée douze jours après le début de la crise, a rendu l’opposition méfiante quant à son rôle instrumental ; au contraire, le Pd, le M5S et l’Avs ont compris qu’ils ne pouvaient pas faire défiler de bonnes personnes au Palais Chigi devant Meloni, qu’ils accusent, dans une perspective anti-réforme, de vouloir renverser l’ordre démocratique en plaçant les procureurs sous l’exécutif.
Alors d’un côté a commencé le jeu du matchmaking, celui où l’on essaie de rejeter la faute sur l’autre pour ce qu’on ne veut pas faire, de l’autre les coups ont commencé, ou ont recommencé. Rien de nouveau, pourrait-on dire : cela s’est toujours produit lors de campagnes électorales aux enjeux aussi élevés. Seulement cette fois, c’est un peu plus spécial, parce qu’en fait, il y a des missiles iraniens qui tombent sur la tête de nos enfants, parce qu’en une semaine le prix du carburant est monté en flèche, et puis, en allumant la télé, on aimerait tout voir sauf Schlein et Meloni se disputer sur le sort du CSM ou de la Haute Cour. Indifférence? Simplification? Superficialisme ? Peut-être. Mais parfois, c’est à la surface des choses que réside leur vérité la plus profonde.