Invertébré record, le colossal calmar des grands fonds est le plus gros de la planète

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Nous avons l’habitude d’imaginer les invertébrés comme des créatures petites et insignifiantes – celles que nous rencontrons habituellement dans la vie quotidienne dépassent rarement quelques centimètres. Mais certaines espèces sont effectivement capables d’y parvenir des dimensions impressionnantes, capable de rivaliser — malgré l’absence de squelette interne — avec de nombreux vertébrés. Le calmar colossal (Mesonychoteuthis hamiltoni) – avec un poids pouvant atteindre i 500 kg – habite en effet les profondeurs océaniques et n’a été filmé pour la première fois dans son habitat naturel qu’en mars 2025. Ces dimensions ne peuvent être atteintes que dans les profondeurs de la mer : sur terre, il y a en effet limitations physiquescomme la gravité et la densité de l’oxygène, qui limitent la taille des invertébrés terrestres. Cela n’a pas empêché certains d’entre eux d’atteindre des tailles records.

Le calamar colossal et le calamar géant : les différences

Les plus grandes créatures invertébrées se trouvent dans la mer, et l’existence du plus grand d’entre eux est entourée de mystère et de légendes depuis des siècles. Les deux calmar colossal (Mesonychoteuthis hamiltoni) dont le calmar géant (Architeuthis dux) peut atteindre des longueurs hors tout impressionnantes, entre 10 et 13 mètres (constitué en grande partie de très longs tentacules). Ils ont une anatomie typique des céphalopodes avec un manteau pour le mouvement, des branchies, un bec chitineux, 8 bras et 2 tentacules. Ils présentent cependant des différences en termes de taille.

Le calmar colossal peut peser jusqu’à 500 kg tandis que le calmar géant est légèrement plus petit et atteint jusqu’à 300 kg. Les très rares observations de ce dernier alimentent les rumeurs et les spéculations depuis des décennies. krakenléviathans et autres monstruosités marines.

De telles dimensions ne peuvent être atteintes que dans l’eau. Cela fournit en effet support hydrostatiqueannulant efficacement la gravité : un invertébré sans squelette peut croître de cette manière sans risque d’effondrement structurel. Le corps du calmar, soutenu par une pression extérieure et une architecture musculaire efficace, peut ainsi atteindre des tailles inatteignables sur terre.

Le crabe des cocotiers, le géant terrestre

Hors de l’eau, la situation change radicalement. Sur le continent le plus grand invertébré existant est le bernard-l’ermite à la noix de coco (Birgus latro), un décapode célèbre pour ses griffes très puissantes capables de briser les noix de coco et de grimper aux palmiers. J’atteint 40 cm de long et 1 mètre d’ouverture de jambe, et un poids qui peut dépasser le 4 kg chez les spécimens les plus massifs. Des dimensions remarquables mais loin de celles atteintes par les invertébrés marins. En l’absence de squelette interne, la carapace doit supporter tout le poids de l’animal, mais si elle grandit excessivement, elle devient si lourde que gêner la locomotionce qui rend le compromis entre taille et mouvement n’est plus avantageux.

Parmi les autres invertébrés terrestres record, citons les mille-pattes Scolopendra gigantea (30 cm de long), parmi les insectes le phasme (le genre Phryganistrie dépasse 60 cm de longueur) et le géant weta (genre Déinacridajusqu’à 70 g) et parmi les mollusques, le record revient à l’escargot géant africain (Achatina achatinaplus de 30 cm et 900 g de poids).

Un autre facteur limitant la croissance de la superficie des terres est lié à la respiration. Les arthropodes terrestres n’ont pas de poumons mais s’appuient plutôt sur un système trachéal qui fonctionne par diffusion passive de gaz à travers des ouvertures à la surface du corps. Le rapport surface/volume et l’épaisseur de l’exosquelette rendraient la tâche de plus en plus difficile diffusion de l’oxygène vers les tissus internes à mesure que le corps grandit. Le résultat est un compromis évolutif qui maintient la taille des arthropodes terrestres relativement petite.

Reconstruction arthropleurale

Arthropleura, le colosse du passé

Toutefois, dans des conditions de densité d’oxygène plus élevée, la situation change. Au Carbonifère, lorsque le pourcentage d’oxygène atmosphérique était nettement plus élevé qu’aujourd’hui, la respiration par diffusion trachéale était plus efficace et la gigantisme parmi les invertébrés terrestres, ce n’était pas du tout rare. Dans les forêts d’il y a 300 millions d’années, il y avait en effet leArthropleuraun mille-pattes géant mesurant jusqu’à 2,5 mètres de long et dont le poids est estimé à plus de 50 kg. Grand comme une petite voiturecet animal se nourrit de débris et de petites proies et est lele plus grand invertébré terrestre qui ait jamais existé – aujourd’hui, ces dimensions ne seraient pas possibles compte tenu de la densité actuelle de l’oxygène atmosphérique.