Remettre en question la monogamie
Les hommes atteignent le sommet de leur désir sexuel vers l’âge de quarante ans et, tout au long de leur vie, ont un désir nettement plus élevé que les femmes. En fait, les personnes de 60 ans éprouvent le même niveau de désir que les personnes de 20 ans. C’est ce qui ressort d’une récente recherche menée en Estonie, qui a suscité des débats dans le monde entier car elle met à mal certaines de nos certitudes. Tout d’abord, c’est un fait contre-intuitif. En fait, on a toujours supposé que le pic du désir sexuel coïncidait avec le niveau maximum de fécondité. Et en effet, du moins en ce qui concerne les femmes, cela semble être vrai, étant donné que leur désir culminant se situe vers l’âge de vingt ans. Pour les hommes, cependant, le désir sexuel semble suivre un chemin largement déconnecté du potentiel reproductif.
Trahison avant et après 30 ans
On le sait, après trente ans, les hommes commencent également à voir leur niveau de fécondité diminuer, mais leur désir continue d’augmenter de manière significative. Les données relatives à la recherche estonienne ne sont pas entièrement nouvelles pour ceux qui, comme moi, étudient la sexualité masculine et féminine depuis des années. Il existe plusieurs études qui soutiennent des résultats similaires et, parmi celles-ci, il y a aussi celles relatives à la tricherie. Les femmes semblent tricher en moyenne plus que les hommes, ou du moins autant que les hommes, seulement dans la tranche d’âge comprise entre 20 et 30 ans ; Mais pour le reste de sa vie, l’homme trahira bien davantage, surtout dans la phase que nous appelons la vieillesse. On pourrait émettre l’hypothèse que cela ne dépend pas exclusivement des différents niveaux de désir sexuel, mais aussi d’autres facteurs. Par exemple, à cause de la plus grande pression sociale que subissent les hommes pour être sexuellement actifs, alors que les femmes subissent souvent l’attente opposée, celle d’être plus sélectives et modestes.
Une opération différente
On pourrait aussi affirmer que la plus grande propension masculine à trahir dépend d’un niveau inférieur de moralité émotionnelle et relationnelle. Cependant, dans ce cas, cela n’expliquerait pas pourquoi, chez les jeunes, les hommes et les femmes trichent sensiblement à la même fréquence. L’hypothèse la plus plausible reste alors celle-ci : les hommes et les femmes fonctionnent différemment sur le plan sexuel, net des influences socioculturelles, qui ont certes un rôle important, mais peut-être pas aussi déterminant qu’on le croit. Cet élément remet encore en question la construction du couple monogame, déjà en grave crise dans cette période historique. Le niveau différent de désir entre les hommes et les femmes génère un élément supplémentaire d’instabilité qui s’ajoute aux autres facteurs de genre qui rendent les relations hétérosexuelles complexes et qui contribuent à la montée de « l’hétéropessimisme », un terme inventé pour décrire la frustration mutuelle que les hommes et les femmes éprouvent dans la construction d’un couple. Cela ne doit cependant pas nous amener à commettre l’erreur de considérer le couple monogame, s’il est vécu dans un sens éthique et donc sans trahison, comme une simple construction culturelle ou, comme certains le définissent, comme une pratique « contre nature ».
Plan sexuel et plan amoureux
La vérité est que le couple monogame n’est pas seulement imposé par les attentes sociales, mais est souvent choisi parce qu’une plus grande valeur est attribuée, par rapport à la seule satisfaction sexuelle, à d’autres besoins, notamment ceux de nature émotionnelle et sociale, qui alimentent le désir d’une relation exclusive sur le plan sentimental. En fait, si les êtres humains peuvent être instinctivement enclins à la pluralité sur le plan sexuel, on ne peut pas en dire autant sur le plan romantique. Enfin, n’oublions pas que nos choix sont toujours déterminés par une multiplicité de facteurs : expliquer des phénomènes complexes par l’identification d’une cause unique risque de banaliser la réalité et, à terme, de la transformer en mensonge.