Une nouvelle étude sur la panique et le calme nous en dit plus sur la réponse du cerveau à la peur

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Une nouvelle étude publiée dans Psychiatrie Moléculaire faire la lumière sur une découverte liée à un processus appelé apprentissage défensif adaptatifun mécanisme qui nous permet de ne pas vivre constamment en alerte. Lorsque le cerveau perçoit un dangerréagit dans quelques instants : il peut immobiliser (la congélation classique), s’échapper ou attaque. Ces réponses automatiques sont essentielles pour survie. Mais que se passe-t-il si le danger ne se matérialise jamais ? Et si, par exemple, une ombre menaçante apparaissait plusieurs fois sans jamais se transformer en véritable prédateur ? Dans ces cas-là, continuer à réagir comme si la menace était réelle serait une gaspillage d’énergie et des ressources. Le cerveau doit apprendre à distinguer le « danger réel » du danger apparent, en adaptant ses réponses. La nouvelle étude met en lumière le « directeur » de ce processus : une minuscule zone du cerveau appelée noyau interpédonculaire (IPN)situé dans le mésencéphale, une région profonde et ancienne du cerveau. Cette structure, jusqu’à présent peu connue, joue un rôle central dans la modulation du peur et pour décider quand arrêter de les avoir.

Les stratégies du cerveau face à la peur

Le réponses défensives ils ne sont pas tous pareils : ils dépendent duintensité et de prévisibilité de la menace. Lorsqu’un danger apparaît soudain et incontrôlable, des réactions instinctives telles que la fuite ou l’immobilisation prédominent. Toutefois, si le cerveau reconnaît que la menace est prévisible et non réellement dangereuse, des circuits entrent en jeu qui favorisent le calme et la curiosité. LE’IPN est au centre de cet équilibre : si son activité reste élevée, il la maintient état d’alerte et bloque l’exploration ; si elle diminue, cela permet au cerveau de passer de la peur à l’évaluationfavorisant l’adaptation. De cette manière, l’organisme non seulement se défend, mais apprend également à gérer les émotions liées à la peur, en développant une forme de résilience.

Entraîner le cerveau à ne pas se cacher du danger : la nouvelle étude sur des souris

Pour comprendre comment se produit cette adaptation, les chercheurs ont mené une expérience sur sourissimulant une situation dangereuse. Une ombre sombre en expansion était projetée d’en haut, une stimulus visuel imminent qui imite l’approche d’un prédateur. Au première expositionles souris ont réagi s’immobiliser ou à la recherche d’un abri. Cependant, après trois jours expériences consécutives, leur comportement a changé : ils sont restés cachés moins de temps et ont consacré plus de temps àexploration. C’était la preuve d’un apprentissage adaptatif: le cerveau avait « compris » que cette menace ne représentait pas un réel danger.

panique et calme

En analysant l’activité deIPN (déjà connu pour son implication dans les processus d’anxiété et de stress) via photométrie à fibreune technique qui permet d’observer l’activité neuronale en temps réel, les chercheurs ont découvert qu’une population spécifique de neurones était activée lors des premières expositions à l’ombre du prédateur. Mais au fil des jours, leur activité a diminué parallèlement à la réduction des comportements craintifs. Quand ces neurones sont arrivés artificiellement inhibéles souris ont presque complètement cessé de se cacher ; les garder actifs les empêchait plutôt d’apprendre que la menace était inoffensive. L’IPN se comporte donc comme un régulateur de la peurcapable d’amplifier ou d’atténuer la réponse défensive et de guider le cerveau vers l’adaptation

Deux circuits, deux fonctions

Les scientifiques ont alors découvert que l’IPN n’agit pas seul, mais à travers deux circuits distinctschacun avec une tâche spécifique. Une partie des neurones de l’IPN communique avec le noyau tegmental latérodorsal (LDTg)une autre région du cerveau qui envoie des signaux excitateurs aux zones cérébrales impliquées dans la curiosité, la motivation et l’exploration. La connexion IPN-LDTg utilise le GABA comme neurotransmetteur et est donc inhibiteur : en réduisant l’activité du LDTg, l’IPN « endort » temporairement les comportements exploratoires lorsque la menace apparaît pertinente.

Une autre population de neurones dans l’IPN, ceux qui expriment somatostatine (Sst)semble plutôt responsable des comportements d’évitement. Ces neurones, contrairement aux précédents, ils ne correspondent pas: Ils continuent de s’activer même lorsque la menace n’est plus dangereuse. Quand les chercheurs les ont »éteint« , les souris ont montré moins de peur et plus d’explorationmême dans des situations nouvelles. Ceci suggère que les neurones Sst pourraient contribuer àanxiété généraliséece sentiment de danger constant qui persiste même en l’absence de menaces réelles.