Le pneu ou le pneu, la boulette ou la boulette : la règle derrière l’utilisation des articles

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le pneu ou le pneu ? La boulette ou boulette? Derrière ce doute se cache l’une des règles les plus trahies de la langue italienne : celle qui décide si l’on doit mettre l’article « il » (ou « un ») ou « lo » (ou « uno ») devant un nom masculin.

La bonne nouvelle, c’est que derrière les quatre articles masculins (le pour le définitif, un/un pour les formes indéfinies et plurielles respectives), il existe une seule règle phonétique générale, qui ne dépend pas du sens du mot mais du son par lequel commence le terme suivant – et qui a quelques exceptions d’usage.

Déterminant et indéterminé : à quoi servent-ils ?

Tout d’abord, quelle est la différence entre le et a ? LE’article défini (« il », « lo », « la »; au pluriel « i », « gli », « le ») indique quelque chose de déjà connu ou identifié : « malheureusement la glace à la fraise est finie » – cette saveur spécifique, pas n’importe laquelle. LE’article indéfini (« un », « uno », « una ») introduit à la place quelque chose de générique ou mentionné pour la première fois : « Je voudrais une glace ». Les deux couples déménagent en parallèle: là où nous utilisons lo, nous en utiliserons un ; là où nous utilisons le, nous utiliserons a.

La différence réside dans le pluriel. Celui du déterminé est régulier : « il » devient « i » (chiens), « lo » et « l’ » deviennent « gli » (étudiants, amis). L’indéfini, cependant, le pluriel n’existe pas: on ne dit pas « un seul livre ». Pour le faire, l’italien utilise des articles partitifs (dei, degli) ou des adjectifs indéfinis comme certains, certains : « J’ai acheté des livres », « des étudiants ». Même l’expression « l’un et l’autre » ne fait pas exception : dans ce cas « l’un » n’est pas un article, mais un pronom.

Quand les utiliser : dépend du son par lequel commence le mot suivant

Le choix entre « il » et « lo », « un » et « uno », dépend uniquement du son initial du mot qui suit immédiatement, s’il s’agit d’un nom, d’un adjectif, etc. : disons « l’étudiant », mais « le bon et le mauvais élève », car ce qui commande, c’est ce qui vient immédiatement après l’article.

Schématiquement résumée, la règle est la suivante :

  1. si le mot suivant commence par une voyelle, en tant qu’ami, on utilise /gli et un, donc : l’ami, les amis, un ami, des amis.
  2. si le mot suivant commence par une simple consonneou avec un groupe de consonnes dont le deuxième élément est « l » ou « r », on utilise « il » (le chien, le train, le pré, le pinson, le climat) et « un » (un chien, un train, un pré, un pinson, etc.).
  3. si le mot suivant commence par un « s- » impur, c’est à dire suivi d’une consonne (il/un étudiant), avec palatin « sc-« . (le/un shérif); avec « z- » (le/un sac à dos, le/un oncle), avec « gn- » (le/un gnome ou la/une boulette), avec « ps- » (il/un psychologue), avec « pn- » (le/un pneu), avec « x- » (le/un xylophone), avec « o- » (le/un yaourt, bien que certaines grammaires acceptent également « le »), avec « i- » semi-consonantique (le/un hiatus, le/un mauvais sort) ou avec liens rares « pt-« , « ct-« , « ft- » (le/un ptérodactyle, le/un cténophore, le/un phtalate), puis « le » et « un » sont utilisés.

Le boîtier pneumatique : l’usage a rendu les deux formes correctes

Le mot « pneu » est né comme un adjectif, du grec pneuma« souffle, air » (au sens philosophique également « esprit ») : littéralement, cela signifie donc « relatif à l’air ». Le pneu de voiture est à l’origine l’enveloppe pneumatique, c’est à dire la chambre remplie d’air.

Selon la règle, pneu commence par « pn- » et signifie donc « le pneu », « un pneu », « les pneus ». Pourtant, presque personne ne parle ainsi : en utilisation réelle, le pneu, un pneu, les pneus prédominent. Dans l’usage oral, le groupe initial « pn- » a souvent tendance à être simplifié ou perçu comme moins marqué que les autres groupes initiaux, favorisant l’utilisation de « il » et « un ».

Les linguistes acceptent cela, comme une question de registre : leAcadémie Crusca a précisé que le(s) pneumatique(s) appartiennent à un usage plus familier, tandis que le(s) pneumatique(s) appartiennent à un registre « plus adapté à l’écrit et aux usages plus formels » ; et ajoute simplement que « rien ne nous empêche d’utiliser l’un ou l’autre ».

Treccani confirme que des écrits comme le pneu « ne font plus l’objet, en fait, de censure ». La nouvelle grammaire de la langue italienne de Maurizio Dardano et Pietro Trifone, basée sur l’usage réel, constate que le pneu est désormais plus répandu que le pneu : dans le discours, presque personne ne dit « j’ai crevé le pneu ».

L’affaire gnocco (frit) : la licence de la table

Même son de cloche pour la connexion « gn-« . La norme grammaticale prescrit seulement une boulette, la boulette, les boulettes. Mais en Italie du Nord, et notamment en Émilie-Romagne, l’expression « il gnocco fritto » est très répandue, avec le pluriel « i gnocchi ». Cette exception vient du dialecte : à Modène on dit au gnoc, qui traduit littéralement produit « la boulette ». Cette variante est si profondément enracinée qu’elle est même entrée dans la littérature gastronomique : le plat est connu depuis des siècles sous le nom de « gnocco frit » et est resté le plat habituel.

En réponse à un énième débat social, le Dr Monique Alba (boursier de l’Accademia della Crusca pour la rédaction d’un glossaire artusien sur la science en cuisine et l’art de bien manger par Pellegrino Artusi et professeur contractuel de linguistique italienne à l’Université Carlo Bo d’Urbino), a précisé que «d’un point de vue grammatical, il n’y a aucun doute sur la forme correcte qui est gnocco»; cependant l’expression « doit être lue dans son contexte », car « le gnocco est utilisé dans de nombreux dialectes ». La Crusca précise que la forme avec le/s «peut apparaître dans des contextes mal encadrés, alors qu’elle est définitivement à éviter dans des registres plus contrôlés». En dehors de la tradition gastronomique locale, le « gnocco » reste une erreur.

Dans le cas du mot « suocero », l’orthographe correcte prescrite par les grammaires italiennes est « il padre ». Contrairement à ce qui se passe avec les gnocchis et les pneus, il existe aussi un usage régional et populaire, celui du « beau-père ».