Le « ius primae noctis » ou « droit de la première nuit » a-t-il réellement existé ? Non, c'est un canular

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Avec l'expression latine « jus primae noctis»littéralement « dès la première nuit »signifie un privilège présumé que certains seigneurs féodaux de l'Europe médiévale auraient exercé sur les leurs Les agriculteurs quand ces ils se sont mariés. Il est également connu sous le nom de « droit du seigneur », expression dérivée du français droit du seigneur; en Espagne, on l'appelait l'arrière de la prenada. Ce droit aurait permis au noble de coucher avec la mariée la nuit de noces à la place de son mari. En fait, c'est vrai il n'a jamais existé: c'est un fantasme né de quelques malentendus nés entre les XVe et XVIe siècles concernant l'interprétation juridique des droits féodaux, conditionnés par préjugé négatif que les érudits de la Renaissance et de l'époque moderne avaient envers le Moyen Âge.

le jus primae noctis n’a jamais vraiment existé

Démystifions : lo jus primae noctis c'est un fantasme

Bien qu'il s'agisse d'une prétendue loi médiévale, elle jus primae noctis il n'est jamais mentionné dans aucune source médiévale historique, juridique ou notariale. Le manque de mentions et de sources à ce sujet est déjà en soi éloquent sur la non-existence de ce droit, compte tenu de la diffusion qu'a eu le sujet au cours des époques ultérieures. Au Moyen Âge européen, en effet, s'est développée une tradition juridique raffinée qui a permis de reconstruire avec précision une grande partie des lois, des droits et des obligations qui régissaient la vie à cette époque. Dans l'énorme quantité de connaissances que nous possédons, le jus primae noctis il n'apparaît jamais. Mais s’il n’a jamais existé, comment est né ce fantasme ?

Comment est né le canular jus primae noctis?

Pendant Renaissanceentre les XVe et XVIe siècles, les études juridiques se développent également grâce à la redécouverte dedroit romain antique. Pendant le'Âge moderneavec le renforcement des monarchies absolues, un processus de érosion des droits féodaux par les rois, dans le but d'exercer un plus grand contrôle sur les nobles. C'est pour cette raison que les juristes de cette époque ont commencé à étudier avec un profond intérêt les lois, les droits et les devoirs des siècles précédents, dans certains cas sans pouvoir les comprendre pleinement, parce que le passage du temps avait modifié ou fait oublier le sens précis de certains mots ou concepts juridiques médiévaux. Ces savants avaient évidemment tous lesintérêt démontrer à quel point le passé avait été un période sombre et oppressante et la possibilité de le faire de manière malveillante oui a abouti à une fausse représentation de certains droits féodaux.

Parmi les nombreux droits qu'un seigneur exerçait auprès de ses paysans, la plus grande partie était d'ordre économique. LE serfs ils étaient tenus de payer un loyer au propriétaire du terrain, c'est-à-dire le Seigneur féodal, qui avait donc tout intérêt à ce que ses agriculteurs continuent à travailler. Il existait à cet effet un droit, certainement attesté dans la France du XIIIe siècle, qui permettait au seigneur féodal de opposer son veto au mariage entre une de ses paysannes et un homme d'un autre villagepour qu'ils ne soient pas là comme ça problèmes liés à l'héritage et à la succession du loyer du terrain.

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Dans un document relatif au village de Version et daté du 1247, les paysans et le seigneur parvinrent à un accord selon lequel, moyennant le paiement d'un impôt, le seigneur féodal renonçait à son droit de veto. Ce mécanisme selon lequel les paysans payaient des impôts, y compris ceux sur les mariages, en échange du renoncement à certains droits féodaux, est assez courant dans les derniers siècles du Moyen Âge. Dans les études juridiques ultérieures, non sans malice, les juristes de la Renaissance ont voulu voir une forme de jus primae noctis.

Cette tendance malicieuse était également influencée par le manque de connaissance de l'origine de certaines terminologies de langage juridique médiéval. Voici quelques exemples d’impôts sur le mariage confondus avec le jus primae noctis par les juristes : fou et le culagium. Le fodro était un impôt payé pour financer le les écuries du roi et le mot a une étymologie germanique : il est en fait apparenté au terme anglais fourrage, « fourrage ». Ignorant le fait linguistique, des siècles plus tard, à la fin du XVIIIe siècle en Italie, un érudit interpréta le mot fodro comme une contraction du mot « gaine », le comprenant comme synonyme de l'organe génital féminin. Le mot culagium il dérive plutôt du latin colligare, « rassembler », et était utilisé dans les textes juridiques médiévaux pour désigner la perception destinée au paiement de certains impôts dans le royaume de France, dont certains sur le mariage. Ne comprenant pas l'origine du mot, les juristes de l'époque moderne l'ont interprété sur la base d'une assonance obscène.

Dans Âge moderne donc l'existence du jus primae noctis il s'est cristallisé dans la culture, à tel point que certains nobles, encore aux XVIe et XVIIe siècles, pensaient que certains impôts de mariage qui leur étaient dus par les paysans existaient parce que leurs ancêtres au Moyen Âge avaient accepté d'échanger le droit de coucher avec la mariée en échange de La taxe . Dès lors, il jus primae noctis il restait une fantaisie utile pour caractériser le Moyen Âge comme un âge sombre.