L’atout de Le Pen : le « Berlusconi français » qui a fait monter l’extrême droite

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Un grand mégaphone qui diffuse des informations sur la criminalité et l’immigration, qui « insultent et divisent les Français », afin de soutenir les positions de l’extrême droite française. Ce serait la fonction de l’empire médiatique du groupe Vivendi, dirigé par le milliardaire Vincent Bolloré, qui est aux prises avec divers problèmes juridiques. A travers les chaînes de télévision, les journaux et la radio, le groupe a enflammé le cœur des Français en contribuant au succès du Rassemblement National, accusent les universitaires et les organes de contrôle des médias.

Le parti de Marine Le Pen, qui a obtenu un score historique de 33 % au premier tour des élections législatives, vise la majorité absolue pour gouverner le pays. Les multiples antennes d’information de Bolloré contribueraient apparemment à diffuser des idées anti-islamistes et ultra-conservatrices, fondées sur « Dieu, la patrie et la famille ». Ses médias ont ainsi réussi à conquérir une part importante du public et à améliorer les affaires du groupe. Une combinaison médiatique-extrême droite qui n’est pas sans rappeler celle déjà observée entre le milliardaire Rupert Murdoch et le candidat controversé à la présidentielle américaine Donald Trump.

L’empire médiatique de Vivendi

La famille Bolloré est depuis des années principalement active dans le transport, la logistique et le transport maritime, avec des intérêts répartis dans le monde entier. Après avoir dirigé Canal+, le groupe Vivendi a acquis en 2016 les premières chaînes média « pures », parmi lesquelles figurent aujourd’hui la chaîne de télévision Cnewsradio Europe 1 et enfin l’histoire papier (maintenant aussi en ligne) Le Journal du Dimanche. L’acquisition précède d’un an les élections présidentielles françaises de 2017, lorsque Marine Le Pen a affronté (et perdu) pour la première fois contre Emmanuel Macron, alors émergent. La stratégie média du groupe, longtemps déficitaire, s’est progressivement concrétisée.

Les questions typiques de la droite, comme la relation indissoluble entre criminalité et immigration, la criminalisation de ceux qui descendent dans la rue pour protester, la tendance à ridiculiser les mouvements écologiques et féministes, sont devenues le pain quotidien de ses journalistes. Selon certaines études, les animateurs des émissions phares de Cnews auraient tendance à amplifier le message politique du Rassemblement national et à laisser une large place aux représentants du parti d’extrême droite. Le dernier exemple en date est offert par une récente interview fluviale exclusive du candidat au premier ministre Jordan Bardella, « Mon ambition pour la France » sur Journal du morcheavec des citations clés amplifiées par CActualités et par radio Europe 1.

Une richesse de plus de 8 milliards

Le virage à droite a récompensé les plateformes d’information, avec une augmentation des audiences et des revenus. Le net CActualitéspendant des années à perte, a réussi à générer des bénéfices, réussissant à battre son principal concurrent pour la première fois en mai BfmTv. Le succès des animateurs de télévision parvient aussi à dynamiser Europe 1, la radio du groupe qui perd des auditeurs depuis des années. Selon l’indice Bloomberg Billionaires, Bolloré dispose désormais d’une valeur nette totale de 8,4 milliards de dollars, la holding familiale détenant environ 30 % de Vivendi. Du média pur, Bolloré passe ensuite à la production et à la distribution de films, de publicité, de livres et de magazines. La même empreinte reste dans tous les circuits économiques : des idées décalées vers la droite et de nature conservatrice.

La campagne médiatique pour Le Pen

Ceux qui ont remarqué et étudié la stratégie du groupe Vivendi sont d’abord des universitaires, qui ont constaté la normalisation et l’amplification des messages d’extrême droite. « Le choix des invités et la façon dont le contenu est structuré peuvent servir à légitimer une certaine vision du monde », a-t-il déclaré à l’agence. Bloomberg Safia Dahani, chercheuse spécialiste de l’extrême droite à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Les chercheurs soulignent qu’il n’est pas possible de démontrer un lien direct entre le contenu et le comportement des électeurs. Il reste clair qu’une fois que le public est bombardé de certaines informations et idées, celles-ci ont tendance à devenir prioritaires sur l’agenda électoral. Il appartenait alors à l’entreprise primée Le Pen-Bardella d’exploiter les bénéfices de cette publicité en termes de votes.

Problèmes judiciaires

Selon l’analyse des chercheurs, également relancée par le journal Le Monde, l’offre médiatique de Cnews est semblable à celui de Renard, la chaîne de télévision américaine dirigée par le milliardaire Robert Murdoch, qui a soutenu la montée en puissance de l’ancien président Donald Trump, désormais candidat à nouveau à la Maison Blanche. La combinaison médias-ultra-droite fonctionne également en France. Le docteur Berlusconi. À cet égard, Bolloré lui-même a tenté d’acquérir Mediaset Premium en 2017, mais a fait l’objet d’une enquête pour manipulation de marché et l’opération a été bloquée. Les problèmes juridiques les plus récents de Bolloré remontent au mois de juin dernier.

Le Parquet national financier a demandé que l’homme d’affaires soit traduit en justice pour corruption dans l’enquête sur l’attribution frauduleuse de la gestion des ports de Lomé au Togo et de Conakry en Guinée entre 2009 et 2011. L’homme d’affaires breton pensait fermer ses portes. en payant « seulement » une énorme amende, mais les juges ont jugé opportun d’engager une procédure pénale. La gauche française tente d’exploiter ce scandale pour démontrer que le magnat anti-immigrés de son pays est plutôt disposé à faire des affaires avec les Africains, même en leur versant d’importants pots-de-vin.

Des amendes inutiles

Le deuxième fils de Vincent Bolloré, Yannick, a nié tout lien officiel avec le Rassemblement national, affirmant que son père était un « chrétien-démocrate ». Le fait est que le comportement déséquilibré des médias et des présentateurs a également attiré l’attention des autorités transalpines de contrôle des médias. Les amendes imposées, qui varient entre 50 000 et 200 000 euros, n’ont même pas réussi à porter atteinte aux intérêts bien plus larges de la famille Bolloré. Sa fortune d’un milliard de dollars lui permet de continuer sereinement à « insulter » une partie des Français, comme le rapporte le 3 juillet une femme interrogée par la chaîne. Cnews.

« J’ai honte pour la France, je ne sais pas comment vous n’avez pas honte. Vous avez totalement échoué dans votre mission fondamentale, qui était de bloquer l’extrême droite », a-t-elle déclaré. « Vous nous avez divisés, vous avez divisé la France. Vous n’avez jamais cessé de nous insulter. Moi-même, en tant que féministe, je me suis sentie insultée par vos émissions », a ajouté la femme. Mais on sait que l’action récompense l’insulte et non le sens des responsabilités.

La victoire de Le Pen affecte donc les ambitions de Meloni