La Bulgarie adopte l’euro, l’inquiétude des citoyens : "Il y aura une augmentation de prix"

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

La zone euro aura un nouveau locataire. La Bulgarie adoptera l’euro à partir de demain, le 1er janvier 2026, disant définitivement adieu à l’ancien lev. Pour les partisans de la transition vers la monnaie unique, il s’agit d’une démarche décisive pour soutenir le pays – qui est le plus pauvre de l’Union qu’il a rejoint en 2007 -, pour soutenir l’économie et pour disposer d’un « bouclier » contre la Russie. Mais pour les opposants, l’introduction de l’euro aura des effets dévastateurs sur les prix, touchant particulièrement les citoyens des zones rurales les plus pauvres de Bulgarie, là où l’extrême droite pro-russe alimente depuis longtemps les doutes et les protestations contre le gouvernement de Sofia.

Ce qui va changer pour l’économie bulgare

Les images sur les pièces resteront les mêmes : une sculpture rupestre, le saint patron, un frère patriote. Ce qui va changer, c’est la monnaie mais aussi la vie quotidienne de la Bulgarie qui, depuis un certain temps – suite à l’hyperinflation des années 1990 – a entamé le long processus d’adhésion à la zone euro. Sofia avait lié le lev d’abord au mark allemand, puis directement à l’euro, donc déjà de facto dépendante de la BCE. Mais désormais, la Bulgarie pourra participer au processus décisionnel au sein de l’union monétaire. Le mois dernier, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a souligné les avantages de l’euro pour la Bulgarie : « Des échanges commerciaux plus fluides, des coûts de financement plus faibles, des prix plus stables », a-t-elle expliqué, avec des économies d’environ 500 millions d’euros par an en commissions de change pour les entreprises et une impulsion substantielle pour le tourisme, un secteur qui représente à lui seul 8 % du PIB bulgare. Les hausses des prix à la consommation, toujours selon Lagarde, seront modestes – généralement entre 0,2 et 0,4 % – et ne dureront en aucun cas longtemps.

Le scepticisme des Bulgares face à la hausse des prix

Ces assurances n’apaisent pas les craintes et le scepticisme des citoyens : selon Eurobaromètre, près de la moitié (49%) des Bulgares auraient volontiers gardé le lev dans leurs poches, qui semblait déjà diminuer de mois en mois. Selon l’Istat local, en novembre dernier, les recettes des supermarchés ont augmenté de 5 pour cent par rapport à l’année précédente. Bref, l’inflation se fait sentir avec un salaire moyen qui dépasse à peine les 1 200 euros. Afin d’assurer une transition sans douleur vers la monnaie unique, le parlement de Sofia va créer cette année des organes de contrôle habilités à enquêter sur les augmentations et également à surveiller les poussées redoutées et injustifiées de la monnaie unique. Des stratégies pour rendre plus acceptable une transition qui a aussi, en élargissant notre regard, une signification géopolitique claire : l’euro nous rapproche de l’Occident et nous éloigne de Moscou.