Découverte rare sur une plage : pourquoi ce poisson géant venu des mers chaudes fascine et inquiète les scientifiques

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Imaginez-vous en promenade sur une plage tranquille de l’Oregon… et soudain, vous tombez nez à nez avec un poisson géant, clinquant comme une boule à facettes version aquatique. Fascinant et, avouons-le, légèrement inquiétant, ce colosse mystérieux venu des mers chaudes en a laissé plus d’un bouche bée, scientifiques compris !

Un visiteur hors norme échoué à Seaside

Mercredi 14 juillet 2021, la petite ville côtière de Seaside, dans le nord-ouest des États-Unis, a fait une rencontre peu banale. Un poisson d’environ 45 kilos, au corps rond recouvert d’écailles rouge orange et grises, s’est retrouvé sur l’une de ses plages. Pas une raie ou un saumon de plus au tableau, mais un lampris royal, ou lampris-lune (aussi connu sous le nom d’opah).

Cette découverte n’est pas passée inaperçue : les spécialistes de l’aquarium local se sont immédiatement empressés d’étudier le spécimen, comme le rapporte le Washington Post du 18 juillet 2021. Un tel animal, d’ordinaire hôte des mers tropicales et tempérées chaudes selon l’Ifremer, n’a franchement rien à faire dans les eaux de l’Oregon, bien plus frisquettes que celles qu’il fréquente habituellement.

Où nage vraiment ce géant à sang chaud ?

D’après l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), Lampris guttatus – le nom savant du lampris royal – se rencontre de plus en plus souvent en Méditerranée occidentale. En France, on le croise dans les eaux de la métropole, mais aussi au large de Mayotte, de la Polynésie française ou de La Réunion. Le Muséum national d’histoire naturelle confirme sa vaste répartition.

De l’autre côté de l’Atlantique, il fréquente plusieurs régions de la côte Est américaine, ainsi que les eaux du Pacifique autour d’Hawaï, d’après l’Agence nationale américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA).

Mais en Oregon ? C’est plutôt l’exception que la règle. Bien qu’un opah ait déjà été pêché là-bas en 2009 (nous apprend The Oregonian), la chose reste rare, témoigne Heidi Dewar, chercheuse en biologie à la NOAA. D’où l’effervescence à chaque nouvelle apparition !

Le mystère plane sur sa présence et sur son mode de vie

Ce poisson découvert à Seaside est arrivé dans un « bon état de conservation », ce qui indique qu’il est mort tout près des côtes, explique Tiffany Boothe, cadre à l’aquarium local. Les raisons de sa présence dans le nord-ouest des États-Unis ? Les scientifiques restent perplexes mais avancent, prudents, la piste du réchauffement climatique, qui ferait migrer ces animaux là où on ne les attend pas.

Ce qui intrigue encore davantage les chercheurs, c’est que « très peu de recherches ont été menées sur l’écologie ou la biologie de base de l’opah », selon la NOAA. Aujourd’hui, aucune estimation n’existe sur la population mondiale de ce poisson mystérieux. Impossible, pour le moment, de dire s’il est en danger, en expansion ou s’il joue à cache-cache à l’échelle planétaire.

  • Présence rare en Oregon, mais signalée dans d’autres régions chaudes ou tempérées du globe.
  • Peu étudié malgré ses particularités remarquables.
  • Sa population mondiale reste inconnue.

Un poisson « à sang chaud » qui trouble la science

La surprise ne s’arrête pas à sa taille ou à sa couleur tape-à-l’œil. En 2015, plusieurs scientifiques américains ont publié une étude dans la revue Science, s’appuyant sur des spécimens pêchés au large de la Californie. Leur conclusion : le lampris-lune est le premier poisson identifié à sang chaud ! Ça vous chauffe la curiosité ? Chez la plupart des poissons, la température corporelle reste identique à celle de l’eau. Mais chez l’opah, elle grimpe en moyenne 5 °C au-dessus de la température ambiante. De quoi réchauffer les débats scientifiques autour de son adaptation et de ses stratégies de survie.

Pour l’instant, le spécimen de Seaside a trouvé refuge… au congélateur. Pas pour une recette de poisson royal, mais pour être préservé en vue de la rentrée scolaire. Il pourrait alors servir de terrain de jeu scientifique pour les écoliers de la région, en étant disséqué à des fins éducatives, comme l’a indiqué l’aquarium sur Facebook. Un « cours de sciences » que les élèves ne risquent pas d’oublier !

Si vous arpentez les plages et que vous tombez sur une créature venue d’ailleurs, sachez-le : chaque découverte est une fenêtre ouverte sur les mystères, parfois dangereux, du vivant. Et parfois… cette fenêtre a des écailles flamboyantes et pèse 45 kilos !